XX NOTICE
accusations de lègitimisme, d'obscurarUisme, d'intolérance ; l'utilité pratique des associations religieuses depuis la naissance jusqu'à la mort, l'honneur qu'elles répandent sur la pauvreté, les services qu'elles continuent à rendre à l'agriculture, au commerce lointain, à l'intelligence ; les vrais dangers de la société présente et l'importance dont il est pour elle de faire, non pas grâce, mais justice au dévouement religieux.
Cette apologie des associations religieuses, si courageuse alors et si neuve, même après l'admirable plaidoyer du P. Lacordaire pour le rétablissement des Frères Prêcheurs, fut suivie d'un grand et sérieux travail sur l'enseignement des langues anciennes, puis de nombreux articles inspirés par les périls de ce temps-là : M. Lenormant ne se lassait pas de faire entendre dans le Correspondant le loyal accent d'une voix impartiale et conciliatrice. Aussi, quand il eut sacrifié sa chaire au sentiment de sa dignité et à sa foi, nous éprouvâmes le besoin de lui offrir, non pas certes une compensation, mais un hommage, et nous le mîmes à notre tête. 11 y est resté neuf ans (1846-1855), et durant ces neuf années, à travers des événements plus forts que les hommes, il a toujours tenu les r^nes d'une main ferme et sûre. C'est ainsi qu'au début d'un pontificat, le plus spontanément, le plus loyalement réformateur et libéral qui fut jamais, et bientôt le plus indignement trahi dans sa clémence comme dans ses aspirations réformatrices, M. Lenormant publia son article Grégoire XVI et Pie IX, article capital, digne en tout point d'un ami de la liberté vraie, d'un ami éprouvé de l'Italie, mais trop sincère et trop sensé pour flatter la cause qu'il voulait servir. C'est ainsi qu'en 1847 il soutint contre Gioberti, aujourd'hui si misérablement déchu, mais qui était alors le mauvais génie de son pays, une lutte désespérément glorieuse. C'est ainsi qu'en 1848 il écrivit de nobles pages sur la révolution de Rome et la captivité de Pie IX. C'est ainsi que, durant les mauvais jours, les bulletins hebdomadaires de M. Lenormant retrempaient les âmes honnêtes, soutenaient les espérances^ organisaient, dirigeaient et
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multipliaient les courages. C'est ainsi enfin qu'après la victoir^ du parti de Tordi'e il préserva tout à fait le Correspondant de tout ce qui pouvait compromettre dans l'opinion des indécis l'intérêt sacré de la religion : l'esprit de réaction n'y trouva aucun accès. Nous résistâmes consciencieusement, avant comme . après l'encyclique de 1853, à tous les entraînements qui nous semblaient fâcheux pour la cause catholique, et, par exemple, à la croisade contre les classiques, jugée malheureuse à Rome, quelques égards qu'on y#ait gardés pour les intentions de ceux qui l'avaient entreprise.
En politique, M. Lenormant n'avait pas fait de lâcheté durant la lutte : quand elle eut cessé, il resta fidèle à lui-même, il se tint debout. Pour avoir fait son devoir contre l'anarchie, il ne se crut pas le droit de calomnier la liberté. 11 ne donna à qui que ce soit le droit de dire que ceux qui tenaient la bannière catholique en iSkk avaient changé de religion politique. De 1846 à 1855, le Correspondant ne flatta personne : s'il n'eut pas toujours son frano-parler, toujours du moins il eut son franc-taire ; au point, de vue politique, il ne fit ni la guerre ni la cour.
Il ne semble pas que les événements aient donné tort à cette attitude. Assurément, elle n'a point empêché les c^joses de suivre leur cours ; mais, à notre sens, elle a sauvé du moins l'honneur du drapeau. C'est quelque chose.
En 1855, des travaux d'un autre ordre sollicitaient l'ardeur de M. Lenormant; l'érudition réclamait ses droits : il résigna. la direction du Correspondant. Mais il ne fut point un seul instant séparé de nous ; il resta membre, et un membre fort actif du comité de rédaction; jusqu'au dernier jour presque, il continua d'enrichir ce recueil de communications de l'intérêt le plus élevé K
Cependant, la science n'avait point perdu M. Lenormant.
1. Nous rappellerons^ entre autres, son remarquable article sur les Catoh combes.