‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 18 sur 49 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

autochlhone, née du sol, mais qu'elle avait apporté d'une terre étrangère des souvenirs, des traditions, un commencement de civilisation qui, se développant sur une terre nouvelle, avec des conditions nouvelles, revêtit une forme également à part et singulière. Il avait pu même déterminer d'une manière précise différentes époques dans l'histoire primitive de l'Egypte : d'abord celle des Pyramides, dont l'aspect, la physionomicvlient l'Egypte d'une manière indubitable à la civilisation des bords de l'Euphrate ; celle de la construction du Labyrinthe, qui marque un progrès dans la science astronomique, et à laquelle on peut attribuer la fixation régulière de la chronologie ; celle de la fondation de Thèbes, cette ville sur le terrain de laquelle les éléments asiatiques ont achevé de se transformer, grâce à l'influence du sacerdoce local, de ce sacerdoce dont les idées ont éloigné de plus en plus l'Egypte du type asiatique, qu'elle avait d'abord fidèlement reflété. Le point de vue de M. Lenormant avait changé, il le confessait de bonne foi : l'Egypte pouvait offrir des, points de ressemblance avec d'autres pays, tels que la Grèce, sans pour cela leur avoir rien directement prêté; des deux côtés ce pouvait être le résultat d'un emprunt fait au fonds asiatique. L'Egypte n'était donc plus pour M. Lenormant l'institutrice de la Grèce, et, sans nier absolument les colonies d'Inachus, de Danaùs et de Cécrops (car, pour lui, toute tradition historique reposait plus ou moins sur un fonds réel), il soumettait cesr traditions à un nouvel examen, et il y trouvait une explication qui laissait à la civilisation égyptienne son caractère d'isolement.

Voilà où en étaient les notions sur l'Egypte en 1837. Que dirai-je des études hiéroglyphiques? En proie à une sorte de sentiment divinatoire qui le poussait sans cesse en avant, ChampoUion, j'en ai pour garant M. Lenormant lui-même, avait négligé la méthode ou s'en était fait une qui ne pouvait convenir qu'à lui : mort, il emportait son secret. Sa Grammaire égyptienne restait comme une ébauche de génie ; mais on avait perdu jus-

SUR M. LENORMANT. xnv

qu'à ses papiers, que M. Lenormant ne retrouva que par miracle en 18£|0'. Or, non-seulement ses travaux étaient incomplets, ' inachevés , et par conséquent remplis d'énigmes ; mais l'instrument avait péri, l'instrument exercé, perfectionné, seul capable (le mettre en œuvre des matériaux hérissés d'inextricables difficultés. L'étude des hiéroglyphes fut à peu près abandonnée. Aujourd'hui, quelle différence! Nous assistons comme à une renaissance des lettres égyptiennes. Depuis ldl|9, de grands travaux en ce genre se sont produits, de plus gninds travaux s'annoncent et se préparent. Qu'il nous soit permis de croire que la chaire d'égiptologie du Collège de France est pour quelque chose dans ce réveil, inespéré il y a dix ans.

Mais, pour ta postérité, ce qui fera surtout la gloire de M. Lenormant, ce sont ses fa^vaux sur les médailles et sur la mythologie. L'étemel honneur de son nom, ses deux monuments, comme les a nommés M. Wallon, c'est le grand ouvrage qui a pour titre Élite des monuments cèramographiqves, publié avec la collaboration de M. J. de Witle; c'est enfin le Trésor rfe numismatique et de glyptique, dont M, Len<irmant est l'unique auteur. Avouerai-je que, rien qu'en jetant les yeux sur les notes de la Galerie mythologique (l'un des vingt volumes in-folio dont se compose le Trésor), j'ai éprouvé un véritable éblouissement î 11 semble qu'une vie de bénédictin aurait suffi à grand'pcine à cette œuvre gigantesque (le mot est de M. Mérimée). Or, l'auteur était académicien, professeur, historien, critique d'art, et en même temps homme d'action et de lutte; il était de plus homme du monde. N'y a-t-il pas là un tour de force d'intelligence qui tient du prodige?

La céramograpiiie offre des difficultés toutes particulières.

De toutes les parties de l'art chez les anciens, il n'en est aucune dont l'étude ait suivi une marche plus singulière que celle

1. Notice !ur h$ manuscriti autographes de CftampoHion Ujtune (perdus en igsiet retrouvés en i84o),par M. Chinnpollion-Figeac.

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