‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 38 sur 49 · CHERUBINI ET M. LE DUC D'ORLÉANS. 3'Î · texte numérisé non relu

CHERUBINI ET M. LE DUC D'ORLÉANS. 3'Î

cette fusion du positif et de T idéal, M. Ingres n'en est point à son coup d'essai. V Apothéose d'Homère nous a déjà montré les costumes et les coiifures du temps de l.ouis XIV, au milieu des types sévères de l'antiquité; il est vrai que dans ce grand ouvrage, la multiplicité des figures rendait les transitions plus faciles ; des personnages, reculés au milieu des nuages, se fondaient dans un lointain lumineux; l'œil, attiré vers le centre de la composition, n'accordait aux masses accessoires-, qu'une attention secondaire. Tout cela n'est rien comme difficulté auprès de ce tête-à-tête de V Apothéose de Cheruhini^ qu'on déclarerait téméraire, si le succès ne l'avait justifié. On s'aperçoit qu'en élevant à Cherubini ce monument d'une vive sympathie, M. Ingres a réalisé une pensée favorite, et qui dès longtemps a dû préoccuper son esprit. Quelle distance entre un semblable travail et un portrait de commande! Ceux qui connaissent cette nature de sensitive peuvent s'imaginer ce qu'a dû être pour M. Ingres une telle entreprise. En vain les attentions les plus délicates, les concessions du meilleur goût sont venues adoucir la transition : avouons qu'elle a été rude ; les admirateurs de M. Ingres n'ont pas attendu le résultat sans inquiétude. On aurait dû pourtant se souvenir qu'entre les qualités possédées par M. Ingres, une des plus remarquables était la souplesse de l'observation. Nul de nos jours n'a poussé plus loin le génie du costume et des accessoires ; rien ne lui échappe ni du tempérament, ni du caractère, ni des habitudes de ses modèles : les philosophes, les historiens et les physiologistes, consulte-

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ront un jour ses portraits comnie des documents de la science. Et à ce propos ne faut-il pas rappeler que, parmi les anciens maîtres, Raphaël s'est montré l'imitateur le plus précis de la nature? A côté du Léon X et du Jules 11, ceux qui ont borné leurs prétentions à rendre minutieusement une nature bourgeoise manquent d'exactitude ci de vérité. Et en effet, le secret pour s'élever si haut dans le domaine de l'idéal, c'est une intelligence plus concentrée et plus réelle de la nature.

M. Ingres ne s'est donc pas mépris, et ne pouvait se méprendre sur le caractère à donner au portrait de M. le duc d'Orléans. Notre siècle et nos idées ont beau faire, il y a toujours des princes. Je crois même que l'esprit du temps, en imposant aux princes plus de réserve et de tenue, contribue à augmenter la dignité de leurs manières. M. Ingres s'est placé dans ce point de vue avec un à-propos admirable, et pourtant il n'a point fait un ouvrage de circonstance; l'élégance qu'il exprime n'a rien de futile, d'exagéré et de fugitif comme la mode ; on trouve dans ce portrait tout le sérieux d'un ouvrage destiné plus encore à l'avenir qu'au présent. Les cérémonies publiques deviennent de plus en plus rares; l'homme de nos jours se perd dans un apparat d'emprunt. M. Ingres a mieux aimé nous faire voir le prince dans sa vie de chaque jour et dans l'exercice sérieux de sa profession, revêtu du petit uniforme de lieutenant général. Le prince tfeal point seul ; on s'en aperçoit au premier coup d'œil ; il reçoit, celui qui lui parle n'est sans doute point un homme ordinaire : le prince qui l'écoute a naturellement, sans

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