‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 39 sur 49 · CHERUBINI ET M. LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

CHERUBINI ET M. LE DUC D'ORLÉANS

contrainte et sans morgue, cette excellente attitude d'un homme bien plus pénétré de l'importance dé sa position, qu'ébloui par l'éclat de son rang, bienveillant sans familiarité, cherchant à plaire et non à séduire. Toutes ces nuances de la conception morale du portrait sont soutenues et comme nourries par une imitation de la nature, fidèle et pleine de charmes. Jamais l'unité de la carnation n'a été mieux saisie, jamais le pinceau n'a reproduit avec plus d'intelligence et de souplesse la délicatesse des foriçes et la pureté des traits : le modelé du front surpasse tout.

lly a dans la carrière des artistes un jour d'épanouissenaent, où le talent fleurit tout entier ; cette apparition a été souvent précoce, et l'homme enfin devenu maître par l'expérience regrette presque toujours la fraîcheur et la limpidité de ses premières inspirations. En voyant le portrait de M. le duc d'Orléans, tout le monde dira que M. Ingres a refleuri. Jamais il n'a été plus habile et plus sûr (Je lui-même; jamais il ne s'est montré si jeune. Rien que la vue donnera une idée de la spontanéité, de la confiance qui régnent dans cet ouvrage. Tout y est conduit avec une harmonie, un équilibre de moyens dont le maître n'a pas donné un autre exemple. La distribution du jour et de l'ombre, joint une précision rigoureuse à une incomparable suavité, let l'efl'et total arrive à ce degré de magie, où l'observateur perd la trace des procédés employés par le peintre. Je ne connais pas un ouvrage dans lequel l'émail, les métaux et les rubans aient plus de valeur et d'éclat. Quelquefois M. Ingres,

à côté d'accessoires d'une belle couleur, a laissé dans les chairs quelque chose de mat et de plombé; ici Tharmonie des étoffes et des chairs, dans la tête surtout, ne laisse absolument rien à désirer.

Faul-il maintenant que je parle des détails auxquels, dans le premier moment, mon impression n'a pas complètement acquiescé? Déjà, à une seconde visite, je ne pensais pres(|ue plus ce que j'avais cru devoir penser d'abord, de la direction du regard et de la proportion du bras placé dans l'ombre. 11 est plus prudent, je croia^ de ne pas demander compte à M. Ingres de la manière dont il a vu la nature, et c'est incontestablement de lui-même qu'il doit attendre les plus salutaires avertissements. Quant à nous, avant de chercher ce qui est défectueux, tâchons de comprendre ce qui est beau. C'est là le côté vraiment difficile de la critique. Bien peu de mains savent tresser une couronne.

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