‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 44 sur 49 · LE FRONTON DE UX MADELEINE · texte numérisé non relu

LE FRONTON DE UX MADELEINE

M. Lemaire n'a pas pensé à cette bizarre coïncidence. Mais par quelle fatalité, ou plutôt par quelle nécessité, se fait-il que la juste et noble expression du Christ soit devenue pour nos artistes impossible à saisir? Poussin aussi réussissait mal à peindre le Christ. On trouvait que son Jésus, du Miracle au Japon, rappelait plus le Jupiter foudroyant que le paisible législateur de la montagne. C'est que Poussin, voyez-vous, sentait déjà son philosophe d'une lieue.

En attendant qu'on nous refasse des .Christs vraiment Christs, gloire à M. Lemaire, qui ne s'est pas montré indigne^de la. plus belle place, qu'aucun sculpteur ait pu obtenir en ce siècle, pour y développer une grande et monumentale composition ! 11 ne nous arrivera pas, en passant devant la Madeleine, ce qui nous arrive auprès de certains monuments, de baisser les yeux, de rougir, d'éviter les regards des étrangers qui, par aventure, nous accompagnent. Il nous est permis d'être fiers de la Madeleine, non comme d'un monument approprié à sa destination religieuse, non comme d'une conception originale et profondément marquée d'une empreinte de nouveauté et de génie, mais comme d'une riche et magnifique imitation des plus beaux temples romains, imitation exécutée sur une échelle si gigantesque qu'on ne trouve à lui comparer, parmi tous les exemples antiques, que le temple élevé au Soleil par Aurélien, et dont les débris gisent sous les buissons de laurier du jardin Colonne : encore ce temple ne fut-il jamais achevé.

Au milieu de toutes les vicissitudes qu'à subies le mo-

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nnniont de la Madeleine, il est encore heureux et glorieux pour la France de le voir ainsi arrivé au port de salut et d'achèvement avec son plan et ses colonnes de temple de la Gloire, avec sa frise et ses frontons d'église chrétienne. On sait Thistoire presque fabuleuse du concours qui eut lieu sous l'empire ; parmi les prétendants se trouvaient deux architectes du nom de Vignon : l'un, Barthélémy Vignon, homme d'une réputation faite, l'autre presque inconnu. Barthélémy Vignon était l'architecte de Murât, et en cette qualité avait été vivement recommandé aux juges. Il arriva à l'empereur de remarquer le projet de l'autre Vignon ; les juges confondirent la recommandation de Murât avec la remarque de l'empereur ; le Vignon, qui n'était pas Barthélémy, confondit dans sa personne les titres de son homonyme avec les siens, aussi douteux peut-être. Il repose aujourd'hui dans l'église de la Madeleine, après avoir été, contre toute prévision, Tarchitecte du temple de la Gloire. Heureusement pour ce temple qu'il a trouvé, après la mort de son premier auteur, dans la personne de M/Huvé, un habile, un persévérant continuateur. Heureusement que la loi des 90 millions est venue au secours des colonnes qui gémissaient faute de cannelures, de la frise qui déplorait sa nudité. •Grâce à l'équitable décision d'un ministre une fois bien inspiré en fait de dépenses, la Madeleine s'est tout d'un coup revêtue d'un manteau de sculpture et d'orneroents qui charme la vue, qui ravit la pensée, qui décore noblement la ville, et iu^pose aux constructions voisines une obligation inévitable de magnificence, La frise de M, Huvé

LE t'RONlON DE LÀ MADELEINE. m

n*est peut-être pas d'un goût assez sévère ; au lieu de ces enfants tout plats qui s'enroulent mignardement dans les guirlandes, j'aurais aimé à voir quelque chose de plus simple, de moins chargé et de plus naturellement approprié à la destination religieuse de l'édifice. Mnis si l'on étudie sous d'autres rapports l'édifice de la Madeleine, on reconnaîtra que M. Huvé s'est montré architecte plein de goût, constructeur à la fois prudent et hardi, et l'on se plaira à associer son nom à celui de M. Lemaire, pour les inscrire tous deux dans le r^ng le plus honorable aux fastes de l'école française.

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