NAUFRAGE DU PAQUEBOT LE PHÉNIX
Dans le Canada, er 1820.
D’après la narration du marin échappé au naufrage du Superbe, la jeune Hortense répéta son exclamation, qu'il fallait un grand courage pour s’exposer sur mer, et qu’elle était bien décidée à ne jamais entreprendre que de petits voyages agréables, tels que celui-ci.
— Eh bien ! ma chère nièce, lui dit M. Durfort , je vais te prouver que l’on serait dans des craintes perpétuelles durant tout le cours de la vie, si lon songeait à tout redouter; car il y a des exemples que l'on court aussi des dangers sur de jolis bâtimens comme ce bateau à vapeur. Je
386 | NAUFRAGE vais raconter la déplorable aventure du Phénix, paquebot américain qui a péri dans le Canada, en 1620. Il avait à bord une cinquantaine de passagers, hommes, femmes et enfans, qu'il transportait du lac Champlain au port Saint-John ; il naviguait de nuit. Un des passagers ayant besoin de manger, alla dans l’office où il eut l'imprudence de laisser une chandelle allumée sur une tablette au-dessus de laquelle était une planche légère qui prit feu sans qu’on s'en doutät, parce qu'il ne se trouvait là personne; c'était à une heure du matin ; chacun sommeillait. Lorsqu'on s’apercut du feu, tout l'office était embrâsé ; on y courut, et la porte n'en fut pas plus tôt ouverte, que l’air donnant de l’activité à la flamme, l'incendie se communiqua aussitôt à la chambre des femmes, et gagna rapidement toutes les partics du paquebot.
En un. instant tout le monde fut sur pied; l'air retentit des cris d’effroi des