JO BEETHOVEN
vécut avec Beethoven dans une amitié très intime. Les quelques lettres que lui a plus tard écrites son ami témoignent d’une affection pleine de respect, et comme celle d’un jeune frère pour un frère aîné. C’est que Beethoven devait probablement à Amenda l’achèvement de son éducation intellectuelle. Chez les Breuning, il avait appris à connaître les chefs-d’œuvre classiques : maintenant c’étaient les hauts problèmes de la philosophie qui lui étaient découverts. Son ami, théologien et philosophe, l’initiait au monde de la pensée spéculative : il lui expliquait Platon et Kant; il lui apprenait à mettre sa curiosité audelà des choses de la vie. II laissait ainsi en lui un germe que bientôt la solitude allait faire éclore, et qui devait contribuer puissamment à remettre son art dans la droite voie. Impossible de se rendre compte autrement du caractère particulier que présente l’amitié de Beethoven pour Amenda. Des violonistes plus forts, il n’allait pas manquer d’en trouver : s’il préférait celui-là au reste des hommes, c’était pour les horizons nouveaux qu’il avait ouverts à son esprit.
Et bientôt allait venir le bienfait suprême:
cette « bienheureuse surdité », comme l’a justement appelée Wagner. Elle devait éloigner Beethoven d’un monde où il s’égarait, le forcer à s’isoler, d’abord par honte, puis par besoin,
LA JEUNESSE DE BEETHOVEN 11
lui donner ainsi l'occasion de mieux voir au dedans de lui-même, et de promouvoir la musique à une destination supérieure. Peu à peu, les fâcheux effets de la vie brillante de Vienne allaient s'effacer de son œuvre; et Beethoven allait pouvoir créer, en toute indépendance, l'art merveilleux qu'il avait pressenti aux premières années de sa jeunesse.