I. Correspondance, p
a. Un autre amour de Beethoven, pour Thérèse Malfatti, embrouille encore, grâce à la similitude des prénoms, l'histoire déjà si hypothétique de sa passion pour Thérèse de Brunsvik.
3a BEETHOVEN
rins, ainsi que le I)éné{ice de la recette à la troisième représentation de chacun de ces opéras.
2° Il s'oblige à livrer annuellement gratis une petite opérette ou un divertissement^ des chœurs^ des morceaux de circonstances, selon le désir et les besoins de l'honorable direction ; pourtant il nourrit la confiance que l'honorable direction n'hésitera pas, pour des travaux particuliers de ce genre, à lui assurer un jour dans l'année pour un concert à son bénéfice, dans un bâtiment du théâtre*. » Par bonheur, la direction eut la maladresse de refuser. Peu de temps après, le roi Jérôme de Westphalie offrait à Beethoven un traitement annuel de 600 ducats pour diriger les rares concerts de sa Cour, à Gassel. Beethoven fut à la veille d'accepter : « Je ne suis même pas obligé, écrit-il, de diriger les opéras que j'écris. De tout cela il ressort clairement que je puis me consacrer entièrement au but de mon art : écrire de grandes œuvres. Et aussi un orchestre à ma disposition. » Mais un concert, donné par Beethoven le 22 décembre 1808, avec les cinquième et sixième symphonies, et la Fantaisie chorale, venait justement démontrer mieux que jamais la vigueur et l'éclat de son génie. La société viennoise s'émut à l'idée
i. Correspondance, p. 63.
de le perdre et quelques amis, la comtesse Erdôdy, Gleichenstein, le D' Dorner, s'employèrenî à le retenir : après bien des négociations, en 1809, une rente de 4.000 florins lui fut assurée par l'archiduc Rodolphe (i.Soo fl.), le prince Lobkowitz (700 fl.) et le prince Ferdinand Kinsky (1.800 fl.). Les signataires s'engageaient à servir cette rente, sans conditions, aussi longtemps que Beethoven n'aurait pas obtenu une situation officielle équivalente, et à la lui continuer au cas même où l'âge et la maladie l'empêcheraient d'exercer son art. Beethoven, de son côté, s'engageait à ne quitter Vienne que temporairement, pour des villégiatures ou des tournées. On lui laissait espérer qu'à ces avantages matériels s'ajouterait bientôt le titre de chef d'orchestre impérial.
4. 000 florins représententau moins 10. 000 francs de monnaie actuelle : l'aff'aire paraissait donc bonne pour Beethoven ; elle fut très mauvaise. L'archiduc Rodolphe (1788-1831), jeune prince aimable et bon, mais malingre, chétif, souffreteux, n'aimait pas seulement l'art musical : il le cultivait et fit payer à Beethoven, en leçons fréquentes, les i.5oo florins de sa contribution annuelle. Jusqu'en 1828 \ Beethoven dut se
I. Même après son installation au siège archiépiscopal d'Olmûtz, en 1820, Rodolpfc>,e séjournait souvent à Vienne.
Chantavoinb. 3
rendre deux ou trois fois par semaine à la Burg, auprès de son impérial élève, pour lui enseigner le contrepoint et corriger ses essais de composition. Il n'est pas douteux que Beethoven eùl de l'affection pour son « petit archiduc » ; il n'en souffrait pas moins d'une servitude dont il essayait de se libérer souvent par mille excuses, mais qui l'excédait, l'irritait, et le réduisait presque à la « mendicité », en lui prenant un temps précieux.
Le prince Kinsky étant mort, le 3 novembre j8i2, d'une chute de cheval, Beethoven dut engager avec sa succession un long et pénible procès qui se termina, en 1814, à son avantage : mais, pendant un an et demi, il n'avait rien touché des dix-huit cents florins. Quant à Lobkowitz, après s'être montré fort irrégulier dans ses paiements — Beethoven toucha en 181 5 un arriéré qui remontait à 181 1 — il mourut en 18 16, et l'annuité de six cents florins, représentant sa quote-part, fut désormais perdue pour Beethoven. De plus la détresse financière causée par la guerre de 1809, amena l'État autrichien, en mars 181 1, à décréter un Finanzpatent qui réduisait considérablement la valeur réelle du papier-monnaie. Beethoven fut ainsi menacé de voir son traitement tomber à seize cents florins, et il fallut de nou-
veaux efforts pour en obtenir le maintien intégral. On le voit, cette fameuse « Constitution » de 1809, qui devait assurer à Beethoven la tranquillité matérielle, fut pour lui une cause de soucis perpétuellement renouvelés.
Il souffrit doublement de la guerre, en 1809 : après la prise de Vienne, Napoléon, pour en détruire les fortifications, fit jouer la mine sous le glacis devant lequel demeurait Beethoven, dans la maison du baron Pasqualati : ses oreilles en pâtirent, tandis que la ruine de sa patrie adoptive affligeait et indignait son cœur.
Les années suivantes apportèrent à Beethoven des amitiés nouvelles, et un regain de célébrité : cette période plus heureuse se traduit dans son œuvre, par le trio op. XGVII (à l'archiduc) , les septième et huitième symphonies, etc. Au printemps de 1810, Bettina Brentano, la jeune amie de Gœthe, se trouvant de séjour à Vienne, connut Beethoven qui faillit bien détrôner Gœthe dans son cœur : « A toi je puis bien avouer, écrit-elle au grand poète, que je crois à un charme divin qui est l'élément de la nature spirituelle ; ce charme, Beethoven l'exerce dans son art... Tous les jours il vient ou je vais chez lui. J*en oublie la société, les musées, le théâtre et; même la tour de Saint- Etienne... 0 Gœthe, aucun empereur et auctm
roi n'a, comme ce Beethoven, conscience de sa puissance, et de ce que toute force vient de lui... Si je le comprenais comme je le sens, je saurais tout \ » Beethoven, de son côté, s'intéressa passionnément à cette jeune fille de vingtcinq ans que l'amitié du grand Gœthe illustrait. Jamais encore il n'avait rencontré chez aucune femme un esprit si cultivé, si brillant : s'il ne l'aima pas, il s'enthousiasma pour elle et lui fit même... un sonnet, — lequel certes ne vaut pas a un long poème ». Après qu'elle a quitté Vienne, il lui écrit : « Je suis en société comme un poisson sur le sable, qui se retourne, se retourne, et ne peut s'en aller jusqu'à ce qu'une bienfaisante Galathée le rejette dans la puissante mer. Oui, j'étais bien au sec, très chère amie, j'ai été surpris par vous dans un instant où le découragement était tout à fait maître de
moi, mais vraiment il disparut à votre aspect
Combien chers me sont les quelques jours où nous bavardions, ou plutôt correspondions ensemble ; j'ai gardé tous les petits papiers où sont vos spirituelles , chères , très chères réponses, ainsi je dois donc à mes mauvaises oreilles que la meilleure partie de ces causeries passagères soit écrite ^. » C'est sans doute
ï. Gœthe's Briefwechsel mit einem Kinde, passim.
y.. Correspondance p. 8a et suiv. j c'est la première appa-
à l'instigation de Bettina que Beethoven composa alors tant de vers ou de textes de Goethe, entre autres, Mignon, Nouvel Amour\ Egmont, etc. En 181 1, Beethoven, envoyé par son médecin aux eaux de Teplitz près de Carlsbad, en Bohême, y rencontra une société brillante de princes, de nobles, d'écrivains et d'artistes Le poète Tiedge s'y trouvait avec son inséparable amie, la comtesse Elise van der Recke, accompagnée d'une jeune cantatrice berlinoise Amélie Sebald, pour laquelle Beethoven paraît avoir ressenti une vive inclination. L'année suivante il retourna donc à Teplitz, y retrouva M"^ Sebald, mais surtout il y connut Goethe. Cette rencontre, dont il se promettait les joies les plus hautes, fut une déception : il s'en ouvre à Bettina dans une lettre bien curieuse : « Hier en rentrant, nous rencontrâmes toute la famille impériale ; nous les voyions venir de loin et Gœthe se dégagea de mon bras, pour se mettre de côté ; j'eus beau dire tout ce que je voulais, je ne pus le faire avancer d'un pas ; j'enfonçai mon chapeau sur ma tête, boutonnai mon paletot, et je donnai, les bras derrière le dos, en plein milieu du tas ; princes et courtisans ont fait la haie, le duc Rodolphe m'a tiré
rition dans la vie de Beethoven, des « Cahiers de conversation ».
son chapeau, madame l'impératrice m'a sr.lué la première. Ces messieurs me connaissent ; je vis avec une vraie joie la procession défiler tout du long devant Goethe ; il se tenait de côté, chapeau bas, et profondément courbé ; alors je lui
ai lavé la tète Dieu! si j'avais pu passer
auprès de vous un aussi long temps que luiy croyez-moi j'aurais produit beaucoup plus de grandes choses... » etc. ^ Gœthe de son côté, déjà mis en méfiance contre Beethoven par son informateur musical Zelter, mortifié peut-être de ce que Bettina Brentano admît Beethoven au partage d'un piédestal jusqu'alors incontesté, Gœthe, après cette scène, tint Beethoven pour une sorte de fou : « J'ai fait connaissance de Beethoven à Teplitz, écrit-iP. Son talent m'a rempli d'étonnement ; mais c'est malheureusement une personnalité tout à fait indomptée, qui n'a sans doute pas entièrement tort de trouver le monde détestable, mais qui certes ne le rend ainsi plus agréable, ni à lui-même ni aux autres. »
Désormais, il l'ignora, et négligea même de répondre, en 1823, à une lettre où Beethoven lui demandait son appui pour obtenir du grand-duc