Correspondance , p
2. Briefwechsel zwischen Gœthe und Zelter [éà. Reclam, Leipzig), I, 3a8.
de Saxe-Weimar une souscription à la Messeen ré. Les trois années 181 3 à 181 5 marquent, pour Beethoven, l'apogée de son existence. Maëlzel (i 772-1838) le célèbre inventeur à qui nous devons le métronome, venait d'inventer d'abord une sorte de grande boîte à musique, à timbres multiples, le Panharmonica : sur sa demande, Beethoven composa pour cet instrument une grande symphonie descriptive : la Victoire de Wellington ou la bataille de Vittoria (op. XGl), qu'il transcrivit bientôt pour l'orchestre, un orchestre auquel s'ajoutent des coups de canon, décharges de mousqueterie, etc. L'œuvre se divise en deux parties : i ** la Bataille : d'un côté du théâtre résonne le Rule Britannia, annonçant l'armée anglaise, de l'autre Marlborough s'en va-t-en guerre, annonçant l'armée française ; la bataille se déchaîne et se déroule par les répétitions d'un même motif, de degré en degré ; 2° la Symphonie de victoire, oîi intervient le God save the King. L'ensemble ne manque pas de puissance sonore, mais cette gigantesque amusette musicale ne soutient pas la moindre comparaison avec VHéroïque : dans l'œuvre de Beethoven elle reste en marge. Or, exécutée le 8 décembre i8i3 au profit des blessés de Hanau' quelques
I. La bataille de Hanau avait été livrée le 3o et le 3i octobre.
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mois après la bataille des Nations, au moment oîi l'Autriche, cette vieille favorite delà défaite, faisait nombre à la curée et s'en attribuait l'honneur, la Victoire de Wellington fut accueillie par des transports extraordinaires que n'avaient connus ni VHéroïque, ni la Pastorale, ni Léonore. On dut la rejouer le 12 décembre, le 2 janvier, le 27 février, le 25 mars. Beethoven se vit illustre comme un général vainqueur. Du coup on s'avisa que Léonore n'était peut-être pas un si mauvais opéra : remanié par Beethoven, repris le 21 mai 18 14 sous le litre de Fidelio, il obtint un succès digne de lui, et vingt-deux représentations dans la même année. On fit de Beethoven le musicien officiel du Congrès de Vienne qu'il célébra dans une cantate le Moment glorieux (op. CXXX VI) composée en septembre 181 4, exécutée le 29 novembre : il chanta de même les deux prises deParis, en 1814 et i8i5, par deux chœurs \di Résurrection de la Germanie et Tout est accompli! œnvves, pompeuses, aussi étrangères à son génie que la Victoire de Wellington. Fêté ainsi à contre-sens, et comme si lui-même eût vaincu Napoléon, Beethoven semble s'être quelque peu délecté h cette adulation : dans une lettre à Amenda, le 12 avril 181 5, ne lui écrit-il pas négligemment, en post-scriptum : « En m'écriyant, lu n'as besoin de nulle autre suscription
que mon nom^. » Sans aucun doute, cela le flatte.
Un événement de famille allait bouleverser son existence et en réduire les onze dernières p.nnées à une suite ininterrompue de soucis domestiques, dont le détail pourrait remplir plusieurs volumes.
Le 1 4 novembre i8i5, son frèreCaspar-Anton- Cail, employé à Tadministration de la dette pu- ])li*[ue, mourut de phtisie, âgé de quarante et un ans. Il avait épousé en 1806 la fille d'un tapissier, Jo! anna Reiss, qui ne tarda pas à mener une conduite fort légère; des scènes très violentes se succédaient dans ce ménage, où un fils, Cari, était né le 4 septembre 1807. A la veille de sa mort, le malade, dans un codicille, avait remis en commun à sa femme et à son frère — recommandant à celle-ci la complaisance, à celui-là plus de modération — la garde du petit Cari. Mais Beethoven, très sévère sur les mœurs, et sachant l'indignité foncière de sa belle-sœur, décida de lui enlever l'enfant. Tel lui apparut son devoir, et dès lors il en poursuivit l'accomplissement par tous les moyens — de droit et de
t. Correspondance, p. lai.
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force. Entre lui et celle qu'il appelait la « reine de la nuit* », commença une série de procès et d'intrigues, avec appeUi, contre-appels, enquêtes, etc. En premier lieu il attaqua la décision du tribunal de la Basse Autriche qui partageait la tutelle de Garl entre la mère et l'oncle ; il réclama pour lui seul cette charge ; éclairé sur la veuve, le tribunal donna gain de cause à Beethoven, le 9 janvier 18 16, et le nomma tuteur exclusif: « Considère G[arl] comme ton propre enfant, écrit alors Beethoven dans son journal. » Il le mit d'abord en pension, le 28 janvier 1816, chez M. et M™^ Gaétan Giannatasio del Rio. Il allait souvent l'y voir% le ramenait chez lui, prenant soin de sa santé, de ses études, de son linge. Mais il eut des scrupules : « Verum gutta cavat lapidem^ écrit-il encore dans son journal.. Mille beaux moments disparaissent quand des enfants sont dans un pensionnat brutal, alors que chez de bons parents ils pourraient recevoir les impressions qui rempliraient leur âme et dureraient jusqu'à l'âge le plus avancé. » II reprit donc Garl chez lui, le 24 janvier 1818. Mais Garl,
I . Allusion à la Flûte Enchantée de Mozart, où le grand prêtre Sarastro enlève à la Reine de la Nuit sa fille Pamina.
3. M^i^ Fanny Giannatasio del Rio, qui s'intéressa tendrement à Beethoven, a laissé un journal publié par Nohl [Eine stille Liebe zu Beethoven, 1857), source importante pour la biographie du maître.
excité par sa mère qui venait le voir en cachette chez Giannatasio, s'enfuit de chez son oncle pour rentrer chez elle, La « reine de la nuit » obtint alors que Garl lui fût rendu, sous la subrogé-tutelle du syndic municipal Nussbôck ; celui-ci ayant vite jugé à sa valeur la misérable Johanna, résigna ses fonctions, et Garl entra, en mai 1818, àla pension Blôchlinger. Beethoven réclama de nouveau la tutelle, adressant de longs mémoires à la municipalité pour soutenir sa cause. Débouté le 4 novembre 18 19, il alla en appel, et obtint satisfaction entière au commencement de 1820.
Tant de procès entraînaient bien d'autres soucis : le soin de Garl occupait fort Beethoven. Il se donnait à cette tâche avec un dévouement incroyable, — et une maladresse égaie. Tantôt tendre et tantôt violent, il ne savait comment réprimer chez le malheureux enfant certains traits assez fâcheux de caractère, spécialement une forte tendance à la dissimulation ^ De plus, pour garder avec lui l'enfant, Beethoven devait vivre chez lui, se monter un ménage, afin d'offrir à Garl un autre foyer que l'institution Giannata-
I. Les historiens de Beethoven ont tous chargé Cari, à qui mieux mieux, avec un excès de partialité, contre lequel nous avons essayé ailleurs de nous élever. Voir : Le Neveu de Beethoven, dans Musiciens et Poètes (Paris 1912, librairie Félix Alcan).
sio, OU celle de Blochlinger. Il fut alors la victime et la proie des domestiques, gouvernantes et cuisinières : malgré le secours de son amie M"*® Streicher et de son famulus Anton Schindler ^ sa maison était dans un état de perpétuel naufrage. Faut-il citer ce mémorandum pour Tannée 1820 : « 17 avril, la cuisinière est partie ; mauvais jour le 19^. Mai, le 16 la cuisinière a donné congé ; le 29 elle est partie ; le 3o, la femme est entrée. Juillet, lundi i", la cuisinière est entrée... 26, congédié la cuisinière, le 28 au soir la cuisinière s'est éloignée ; le 3o, la femme de Unterdôbling est entrée. Août, 6, la bonne est entrée ; les quatre mauvais jours, 10, 11, 12, i3, mangé à Lerchenfeld aux « Six Cruches » ; 28, fin du mois de la femme », etc., etc. Dix lignes de pareils détails sont vite fastidieuses : que l'on songe aux années qu'ils représentent. Ce mémorandum ridicule, c'est une symphonie ou un quatuor de moins. De fait, il y a, pendant ces quatre années, un très sensible fléchissement dans la production de Beethoven : il écrit peu. Ses ennemis le prétendent usé : er hat sich
I. Beethoven avait connu Schindler (1796-1864) en 1814, alors que, étudiant en droit, le jeune homme venait de faire un oeu de prison à la suite d'une manifestation libérale : ce martyre bcnin lui avait gagné la sympathie de Beethoven dont il devint vite le factolum.
a. C'est-à-dire ; rien à manger à la maison.
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ausgeschrieben, disent-ils, et on est près de les croire.
Le gain de ses derniers procès au sujet de Cari n'apporta guère de soulagement à Beethoven : fils d'un père malade et très emporté, d'une mère dont la conduite devenait un scandale public, élevé par son oncle avec des alternatives d'abandonetde dureté égalementexagérées, Cari, malgré une vive intelligence et certaines velléités d'affection, prenait le chemin de devenir un mauvais garnement. Beethoven en souffrait dans son cœur et dans son orgueil déçu, car, regardant Cari comme son fils, il aurait voulu élever, avec lui, un « monument à son nom ». Sa santé déclinait aussi : ses crises d'entérite ne diminuaient pas de fréquence ; une bronchite, qui le retint au lit une partie de l'hiver 1816 à 18 17, lui laissait depuis lors un catarrhe chronique ; en 1821, il avait eu la jaunisse, « maladie dégoûtante » ; en 1828, une conjonctivite lui retira presque, pendant plusieurs semaines, l'usage de ses yeux ; au printemps de 1825, il souffrit aussi d'une sérieuse inflammation d'entrailles où son médecin, le D'Braunhoffer, paraît avoir vu le symptôme d'une affection plus grave. Enfin la surdité était devenue complète, au moins par moments : depuis i8iq, on ne s'entretenait plus avec Beethoven que par écrit, sur ces fameux Cahiers
de Conversation dont Schindler, qui en fut le dépositaire, a laissé environ onze mille pages à la Bibliothèque Royale de Berlin.
Depuis 1820, Beethoven vit dans un incessant désastre, dont ces Cahiers nous donnent l'image confuse, mesquine et désolée. Son frère Johann, retiré du commerce après s'être enrichi pendant les guerres de i8o5 et 1809 sur les deux armées, vit à Vienne avec sa femme (qui le trompe sous son propre toit) et sa fille (qui est peut-être celle d'un autre), Souillon et Bâtarde, comme dit Beethoven. C'est un parvenu vulgaire et prétentieux : il se teint les cheveux, il promène dans les rues de Vienne un équipage qui voudrait imposer et qui fait rire. Il bat monnaie avec le génie de son frère : « Ah ! s'écrie-t-il, si j'étais le Beethoven compositeur, je nagerais dans les millions ! » Il spécule sur les embarras pécuniaires de Ludwig, lui prête de l'argent dont il se paye avec des œuvres inédites qu'il négocie ensuite pour son propre compte, mais sous le nom de son frère, avec une rouerie et une âpreté de maquignon. Beethoven le méprise, le déteste, et puis il se reprend à penser qu'après tout c'est son frère, et il ne déchire pas les « liens sacrés de la nature ». Schindler vaut mieux : c'est un brave ami, qui ne manque pas Je dévouement ni d'un certain bon sens, mais
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une tête vide ; il excède parfois Beethoven : otium est vitium. Cent autres mouches du coche bourdonnent autour du maître sourd : on le repaît de niaiseries, de racontars, de cancans où il se perd. Chacun éveille sa méfiance contre les autres. En vain Beethoven essaye de s'arracher à cette vase où il s'embourbe : il voudrait faire comme Haydn, aller à Londres, d'où il reviendrait riche : il possède là-bas des amis, ses anciens élèves Ries et Moschelès, Neate, Thomson. Là aussi la Victoire de Wellington l'a sacré grand homme. Le plan, chaque année caressé, est chaque année remis à Tannée suivante, et ne se réalisera jamais. Ou bien, il voudrait aller revivre au soleil du Midi : « Sûdliches Frankreick, dahin, dahin », écrit-il en iSaS. Ses meilleurs amis sont morts, ou ont quitté Vienne.
En 1823, il tente de gagner quelque argent, avec la Messe en re, en organisant une souscription aux premiers exemplaires, dans les Cours étrangères. Le résultat reste médiocre. La Société des Amis de la Musique lui a commandé un oratorio la Victoire de la Croix : il ne peut pas même le commencer. Le poète Grillparzer lui apporte un beau livret d'opéra, Mélusine • il y réfléchit, fait des plans, et il mourra sans en avoir écrit la première ligne. Il borne ses souhaits à écrire encore quelques quatuors, peut-
être, après la Messe en ré, une autre Messe en ut dièze mineur, et surtout Faust, « le plus important pour l'art et pour lui ». De tout cela, il ne laissera que les quatuors.
En mai 1824, après le concert triomphal où Beethoven a dirigé la Symphonie avec chœurs sans en pouvoir entendre une note, ni les acclamations qu'elle soulève, trompé dans son espoir d'une recette brillante, il soupçonne Schindler d'infidélité, et le met à la porte. La danse des cuisinières reprend de plus belle : nous voyons Beethoven, désemparé, inscrire sur ses cahiers des notes de ménage, des recettes pour blanchir les gilets de flanelle. Un nouvel ami se hisse au premier rôle, Cari Holz, violoniste aux nombreuses heures perdues que lui laisse une vague fonction de gratte-papier. Brillant causeur, aimable compagnon, Holz séduit Beethoven par ses façons de Viennois spirituel : mais surtout il l'exploite, l'entraînant chaque jour au café, où Beethoven paye. Plus tard — trop tard — Beethoven jugera Holz, son influence pernicieuse, et l'appellera son Méphisto. Evincé et remplacé, Schindler ne paraît plus qu'à de rares intervalles.
En 1826, Garl « devenu pire à mesure que son oncle voulait le rendre meilleur a — parole profonde où on a voulu voir un abîme de malice et
OÙ il y a surtout un abîme de misère — Cari, dans un jour de découragement, après des déboires successifs, ss tira lu front un CGup de pistolet qui le blessa fort peu. Ce fut le dernier chagrin de Beethoven : Cari une fois rétabli, il l'emmena à Gneixendorf, près Vienne, dans la propriété de Johann ; ils y passèrent la fin de l'automne, en attendant que le jeune homme, qui embrassait l'état militaire, entrât dans le régiment du baron de Stutterheim *.
Beethoven quitta Gneixendorf pour rentrer à Vienne, le i*"" décembre 1826 : son frère Johann lui ayant refusé sa voiture fermée, il n'en trouva qu'une ouverte, prit froid, et ce refroidissement détermina chez lui une véritable débâcle organique. Ce fut d'abord une congestion pulmonaire, avec toux sèche, fièvre, points de côté, suffocation, crachements de sang. Une médication décongestive énergique, instituée par le D"^ Wawruch, eut vite raison de ce premier accident : au bout de huit jours Beethoven pouvait quitter le lit et reprendre quelques occupations, lorsque survint une attaque de diarrhée avec vomissements. L'ictère se déclara, et l'hydropisie, avec œdème des membres inférieurs. Le liquide ascitique se développant avec rapidité,
I. Beethoven témoigna sa reconnaissance à Stutterheim en lui dédiant le Quatuor op. CXXXI.
yJBANTAVOINB. A
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une ponction dut être opérée le 20 décembre par Wawruch et Seybert. Elle devait être suivie de trois autres, les 8 janvier, 2 et 27 février 1827. Autour de ce lit — où Beethoven était incommodé par les punaises ! — se joua alors une navrante tragi-comédie entre les médecins et Johann, l'ancien apothicaire, qui voulait imposer à Wawruch des remèdes de bonne femme, et s'entêtait pour administrer au malade de la digitale. Cari avait dû gagner son régiment : Schindler, oubliant tout malentendu, redevenait Tami dévoué de jadis. Sous l'action de son entourage, Beethoven perdit vite confiance en Wawruch et voulut revoir un de ses anciens médecins, Malfatti, avec lequel il était brouillé. Une consultation eut lieu entre eux, où Malfatti parut d'abord triompher : il flatta les préjugés de Beethoven en lui permettant, pour se soutenir, l'usage de spiritueux, tels que le punch glacé. Puis Malfatti, indisposé, délégua un de ses assistants, Rôhrich, qui tomba d'accord avec Wawruch pour supprimer le punch, dont on abusait. Malfatti reparut, et Beethoven se crut sauvé (17 mars).
Le lendemain, il eut une dernière joie : sans ressources depuis le début de sa maladie, se refusant à entamer un capital de quelques mille florins, amassé pour Cari, il s'était adressé à la Société philharmonique de Londres, afin
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qu'elle donnât un concert à son bénéfice. Grâce à Moschelès et à Sir George Smart, la Société, avant même ce concert, envoya à Beethoven une avance de cent livres sterling, qu'il toucha le i8 mars. Cette noble générosité adoucit au moins ses derniers jours. La maladie ne cédait à aucun traitement : le 28 mars, Beethoven, d'une main défaillante, signa un legs universel en faveur de son cher Garl ; le lendemain, sa faiblesse et l'altération de son visage effrayèrent Schindler : Wawruch annonça que la fin approchait. « Le médecin lui écrivit donc, rapporte Schindler, en le priant, au nom de tous ses amis, de se laisser administrer les sacrements, à quoi il répondit avec calme : « Je le ferai. » Le prêtre vint à midi... A peine le prêtre fut-il parti, qu'il me dit, à moi et au jeune Breuning : « Plaudite amici, comœdia flnita est. » Deux jours après, le 26 mars 1827, vers six heures du soir, Beethoven expirait pendant un violent orage, après une pénible agonie. Anselm Huttenbriinner lui ferma les yeux ^
I. Beethoven succombait à une cirrhose du foie, «la cirrhose atrophique de Laënnec ». Les symptômes du mal sont ici confirmés par le procès-verbal d'autopsie qui décrit un foie «granuleux et ratatiné », etc. Quelle fut la cause de cette maladie ? Le D'' W.'iwruch a dit : Sedehat et Bibebat, et le bon Schindler de s'indi^er comme d'un blaspjhème. OrWav^ruch a raison : les Cahiers de Conversation et sa relation sur la dernière maladie de Beethoven [Aerztlicher Hûckhlick, etc..
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Ses obsèques furent (célébrées le 29 mars, à trois heures, en présence d'une foule énorme, ^va|ii<i*» 9 ving't rnille perscn^es. Après an service funèbre à l'Alserkirche, le corps fut inhumé au cimetière de Wâhring oii, devant la fosse encore ouverte, l'acteur Anschiitz lut une trop brillante oraison funèbre, écrite par le poète Grillparzer*.
Telle fut, dans ses grandes lignes, la vie malheureuse de Beethoven ; quel fut l'homme ? Son portrait a tenté le pinceau de bien des peintres, la plume de bien des écrivains : aucun n'est parvenu à fixer une image définitive,
Wiener Zeitschrifi, 18431, daté du ao mai 1827) témoignent de la sûreté de son diagnostic : il reconnaît au premier coup d'oeil une affection hépatique, et contredit toute médication alcoolique. Dès 1825, le D' Braunhoffer mettaitdéjà Beethoven en garde contre le danger des boissons spiritueuses où il croyait trouver des forces, et qui, après une excitation passagère, ne faisaient que l'abattre. Sans avoir jamais encoui'ule moindre reproche d'intempérance, Beethoven, surtout depuis la funeste intervention de Holz, fréquentait trop les cafés : il y faisait des boissons alcooliques un usage, normal peut-être pour tout autre, mais que son hérédité et ses antécédents auraient dû lui interdire absolument. Ce mauvais régime a hâté sa fin : Wawruch n'a pas voulu dire autre chose, mais enle disantil a dit vrai. Sur la dernière maladie de Beethoven, voir D' Klotz-Forest, Chronique médicale (1" et i5 avril 1906).
I. Qui l'a quelque peu retouchée pour l'introduire eu 1869 dans ses Souvenirs sur Beethoven.
malgré deux croquis fort poétiques de Grillparzer et de Lenau ; sans risquer une fois de plus cette gageure, mieux vaut peut-être montrer pour quelle raison elle semble vouée à un échec perpétuel. C'est que cette image est faite de perpétuels contrastes.
Au physique, Beethoven était petit ; ses premiers portraits, celui de Stainhauser en 1800, et même celui de Mâhler en i8o4-i8o5 nous le montrent assez étroit d'épaules, tandis que les suivants lui donnent une plus large carrure. Avec Letronne (i8i4) il est bourru, avec Klôber (1817-1818) rêveur; Schimon (1818-1819) lui donne un regard vague, élégiaque ; Joseph Stieler (1819-1820) un œil profond et pénétrant. D'après le moulage pris sur lui, en 181 2, par le statuaire Klein, il avait le front large, le visage osseux, le nez court et un peu aplati, la mâchoire saillante, avec une bouche arquée, la lèvre inférieure proéminente, le menton court et inégal. Ses cheveux, abondants, indociles, étaient noirs, mais grisonnèrent avant la cinquantième année. Il avait la peau trouée par des cicatrices de petite vérole, le teint d'un rouge brique, avant d'être jauni par la maladie. Sa démarche était rapide, brusque, étourdie : devenu sourd, il allait dans les rues droit devant lui, enfoncé dans le silence de son rêve ; le dessin si vivant de Lyser popu-
larisé par une statuette, donne bien une idée de cette allure précipitée ^ Sa mise^, d'abord soignée, peu à peu se néglige : Stainhauser et Mailler nous le représentent encore élégamment vêtu, avec des habits bien coupés, des cravates bien nouées ; dans un dessin de 1807 à 1808, Ludwig Sehnorr von Garolsfeld nous le montre sacrifiant à la mode avec de petits favoris. Plus tard, il boutonne à la diable des redingotes fatiguées, voire trouées, et campe sur son chef broussailleux des chapeaux raidis de pluie. Le 7 mai 1824» il devra diriger la Neuvième Symphonie en costume vert bouteille : « 0 grand maître, s'écrie Schindler, dans un Cellier, tu n'as même pas d'habit noir ! »
Si Beethoven, au physique, a beaucoup varié, au moral il est encore plus insaisissable. D'un moment à l'autre il passe aux sentiments les plus opposés, les plus extrêmes, de la tristesse à la gaîté, de la colère à la douceur, du découragement à la résolution, de la fermeté à l'indécision. Le mot de Faust semble écrit pour lui :
Zwei Seeien, ach! wohncn in raeiner Brust.
I. Les principaux portraits de Beethoven se trouvent reproduits daus la savante étude de M. Th. von Krimmel : lieethoven's àussere Erscheinung (i^' vol. de ses Beethoven Sludien).
« Deux âmes, hélas ! habitent ma poitrine. « Il aime la société, le monde, la conversation, la causerie, l'échange des idées, et voici qu'une infirmité le renferme en lui-même, le rend morose, taciturne, misanthrope. De même, ce passionné est un chaste : ses amis ne l'ont jamais connu sans un amour au cœur et souvent fort épris, mais on peut affirmer qu'il n'a possédé aucune des femmes qu'il a le plus aimées ou admirées, Giulietta Guicciardi, Thérèse de Brunsvik, Thérèse Malfatti, la comtesse Erdôdy, la baronne Ertmann (sa Dorothea-Gœcilia, son interprète préférée) Marie Bigot-Kiéné, Bettina Brentano, Amélie Sebaid. Il aspire toujours au mariage et reste célibataire : or, l'amour adultère lui répugne, et l'amour vénal le dégoûte. Il est très bon et très rude ; très délicat de sentiments et très maladroit de manières^; il aide et secourt Ries et Gzerny, se met en quatre pour eux, et leur fait des scènes violentes pour des vétilles ; à son neveu Garl, il écrira un jour : « Dieu m'en est témoin ; je ne rêve que d'être entièremeni éloigné de toi et de ce misérable frère et de cette abominable famille. ' » et plus tard : « C'est fini, viens dans mes bras, tu n'entendras pas une
1. Voir notammeut une lettre à Czerny. Correspondance p. 129.