I. Seyiried op. cit., p. 3a
ni très profonde, ni surtoul; très durable' : chez lui, tout vient du dedans, et s'il a subi un instant le Doids de la tradition, c'est oonr en rei»»ter le joug, une fois sourd, comme Samson aveugle abattit les colonnes du temple. L'esprit de Mozart hante sans doute les premières œuvres de musique de chambre, mais c'est moins l'esprit d'un homme que celui d'un temps, et l'accent personnel domine déjà. Quelques rencontres mélodiques assez précises avec Mozart peuvent n'être que fortuites : ce sont le premier motif de V Héroïque emprunté à l'ouverture de Bastien et Bastienne^ Vandante du Quintette op. XVI, qui reproduit l'air de Zerline, Batti^ batti, de Don Giovanni, et le rondo de la Sonate pour piano et violon, op. XXIV, dont le thème se trouve dans l'air de Vitellia, Non piii di fiori, de la Clemenza di Tito. — Les trios à cordes et les premiers quatuors témoignent d'une grande familiarité avec Haydn et certains finales ont cette prestesse menue qui caractérise l'inventeur du quatuor,maislaressemblance, toujours lointaine, s'abolit bien vite. Pour Bach, Beethoven l'a pratiqué dès son enfance. Il l'a moins imité qu'interprété : comme pianiste d'abord, nous savons
I. Voir cependant la belle étude de M. Heinzich Jnlowetz B's Jugeiidwerke in ihren melodischen Beziehungen zu Mozart, Haydn iind Ph.-E. Bach (Sammelhdnde der I. M. G. Xil= année, livr. 3).
àS BEETHOVEN
qu'il donnait aux lugues du Clavecin bien tempéré un relief et une vie extraordinaires*. La fugue pour lui n'est pas un exercice d'école, mais une sorte de démonstration ou d'action dramatique : c'est ce qu'il voyait dans Bach, c'est ce qu'il a pris de Lui. Une des œuvres trouvées dans sa bibliothèque, la célèbre Toccata et fugue en ré mineur, a pu lui donner aussi des modèles de développement libre et de grande fantaisie, comme on en trouve dans les dernières sonates. Du reste, Beethoven connut de Bach surtout sa musique instrumentale : vivant en pays catholique, il n'eut peut-être aucune occasion d'entendre les Cantates, et il mourut avant que la Passion selon Saint-Mathieu fût exhumée par la Singakademie de Berlin. C'est au contraire de musique vocale qu'il s'agit sans doute, lorsque Beethoven exprime souvent pour Haendel une admiration qui paraît être une préférence, mais qui se traduit à peine par quelques formules de récitatifs dans le Christ au mont des Oliviers et dans la première version de Léonore. Plus tard, Beethoven, devenu sourd, fut à l'abri de toute influence extérieure : si, avant de composer la Messe en ré, il feuilleta Palestrina
I. Dans une conversation des Cahiers, avec Cari Holz, il semble se vanter d'avoir un secret personnel pour tirer d'une: fugue ce que les autres n'y voient pas.
et Cherubini, où il aflîrmait tour à tour trouver le modèle achevé de toute musique religieuse, il n'emprunta rien ni à l'un ni à l'autre.
Depuis sa dernière année d'études avec Albrechtsberger, Beethoven ne doit donc plus rien qu'à lui-même. Dès lors, nous verrons se modifier, selon un même rythme, sa conception de la musique et la manière dont il cherche à la réaliser, son idéal et sa méthode, partant son œuvre ; mais ce progrès spontané n'est plus le fruit d'aucun enseignement, l'effet d'aucun exemple : il émane d'une source plus intime et plus profonde, la vie même de Beethoven.
La première ambition de Beethoven adolescent fut de tenir un jour à Bonn la place de son professeur Neefe, de jouer auprès de l'Altesse Electorale le rôle de maître de chapelle et de compositeur attitré. Lorsque les suites de 1 i Révolution française , lui coupant toute retraite vers le Rhin, le fixèrent à Vienne, dans ce « misérable pays de Phéaciens », son ambition changea de place, sans changer tout à coup de nature : quinze ans plus tard nous en voyons subsister les traces dans la requête à la direction des théâtres impériaux et royaux de la Cour, où Beethoven se déclare prêt, moyennant un
traitement annuel de 2.400 florins, à fournir chaque année un grand opéra et une opérette ou un divertissement avec chœurs. En 1809, nous le voyons à la veille d'accepter un engagement de cette nature à la Cour éphémère de Westphalie. A défaut d'une situation fixe auprès d'un souverain, Beethoven, tout en maugréant contre la légèreté de ses amis viennois, s'arrange d'abord d'être le fournisseur à la mode des éditeurs : « Tout ce que j'écris maintenant, mande-t-il à Amenda en 1800, je puis le vendre aussitôt cinq fois et en être bien payé* » ; et à Wegeler, il écrit le 29 juin de la même année : « Depuis l'an dernier, Lichnowsky m'a assuré une somme de 600 florins* que je puis toucher tant que je n'aurai pas trouvé une situation qui me convienne ; mes compositions me rapportent beaucoup et je puis dire que j'ai presque plus de commandes qu'il ne m'est possible d'y satisfaire. Pour chaque chose j'ai, si je veux bien m'en accommoder, six, sept éditeurs et plus encore : on ne marchande plus avec moi; je demande et on paie. Tu vois que c'est assez gentil : par exemple, je vois un ami dans le besoin, et justement ma bourse ne me permet pas de lui venir tout de suite en aide, je n'ai qu'à m'y mettre, et