LES CONCERTOS
OÙ s'annonce parfois la cinquième symphonie. Le merveilleux concerto en 50/ majeur, op. LIX, écrit vers i8o5, a une tout autre importance : proposé parle piano solo, le thème, si simple, est ensuite repris et traité par le tutti avec une poésie tout à la lois et une ampleur, dignes des symphonies. Le développement se pare, au piano, de figures plus légères et plus hardies que les concertos précédents, et se termine par une charmante coda où le thème initial s'évanouit peu à peu dans les arabesques du piano. Mais la page capitale de ce concerto, celle de tous les concertos de Beethoven, celle peut-être où le genre même du concerto a atteint les limites de son éloquence, c'est le court andante con moto. Nul étalage de virtuosité, nul appareil de technique instrumentale : Beethoven voit dans le concerto cette opposition de deux principes, qui partout le hante, et qui se présente ici avec toute sa rigueur. Les basses attaquent un thème rude, durement rythmé, qui affirme par saccades une volonté brutale : timide et comme craintif, faible, isolé, le piano lui répond par une plaintive prière : et le dialogue continue entre l'obstination opiniâtre de l'orchestre et la voix suppliante du piano. Peu à peu, le principe violent cède et s'apaise, à mesure que les supplications du soliste se font plus pressantes : le thème ini-
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liai, de rudesse et de dureté, se morcelé, s'afFaiblit et laisse bientôt la parole au solo, dont la voix désormais victorieuse, s'épanche dans une phrase large et sereine qui, après un grondement lointain où expire l'écho des colères vaincues, s'achève sur un accord rêveur, auquel s'enchaîne immédiatement le finale, d'une vivacité aérienne, où le soliste se dépense en arpèges brisés dont la hardiesse étonna les contemporains de Beethoven.
Le concerto en mi bémol, op. LXXIII, s'il ne renferme pas de page aussi profonde que l'andante du concerto en sol^ a une ampleur et une puissance de sonorité beaucoup plus grandes, La transition entre l'adagio et le rondo final, est aussi une des plus originales que Beethoven ait imaginées : le rythme même de ce rondo étonne parle plus surprenant mélange de pompe et de grâce, de puissance et de coquetterie.
Dans le concerto de violon en ré majeur, op. LXl , le tutti du début rappelle par sa grâce insinuante le passage correspondant de l'op. LIX, et le rondo final est d'une allure capricieuse fort agréable. Plus tard, Beethoven a transcrit pour piano la partie de violon : mais au lieu d'en donner un équivalent, comme feront plus tard Schumann et Liszt avec leurs Etudes d'après Paganini, Beethoven s'est borné à une