I. Il épousa plus tard Elconoi'e von Breuning
■i. Wegeler et Ries, Biographiscke Notizcn (éd. Kalischer), p. 14, i5.
lo BEETHOVEN
lireuning la culture de son esprit et de son cœur, en partageant, avec les jeux des enfants, les soins et l'éducation que leur donnait une mère accomplie. Jusqu'alors son instruction, réduite aux rares loisirs que lui laissait l'étude de la musique, n'avait point dépassé le niveau de l'école primaire : lecture, écriture, quelques bribes de français, et des notions d'arithmétique assurément fort courtes, puisque Beethoven fut toute sa vie gêné par les plus simples opérations : ayant à multiplier i3 par 24, nous le voyons, sur un brouillon, à l'âge d'homme, additionner douze fois avec lui-même le nombre a4. Dans un milieu plus cultivé que le sien, il connut donc, avec la gaîté de l'enfance, les manières de la bonne société, les ornements de l'esprit : il découvrit ley poètes à la mode, Gellert, dont il composa plus tard six chants religieux, et Klopstock, longtemps son favori, que seul Goethe devait détrôner dans son cœur.
Beethoven atteignit ainsi l'adolescence, sans presque quitter Bonn et ses environs. Mais, en 1787, probablement à l'instigation du comte de Waldstein, Max-Franz envoya son jeune organiste à Vienne. Nous savons que ce voyage dura quelques semaines et se termina vers la fin de mai 1787. On peut supposer que, dans la pensée de ses hauts protecteurs, Beethoven se rendait à
Vienne pour y travailler sous la direction de Mozart. Il lui fut en effet présenté, et cette entrevue historique a suscité mille récits plus ou moins légendaires. Selon l'usage, Beethoven joua d'abord un morceau de bravoure devant Mozart qui, blasé de bonne heure sur ce genre de prouesses, n'en parut pas autrement émerveillé ; piqué au jeu par cette froideur, Beethoven lui demanda un thème à variations : Mozart lui en donna un, et l'improvisation de Beethoven le frappa : « Attention à ce jeune homme, dit-il; il fera un jour parler de lui dans le monde. » Trente-six ans plus tard, la même scène se jouait dans la même ville de Vienne : l'un des acteurs, Mozart avait disparu; Beethoven tenait son rôle : lui aussi écoutait d'abord avec méfiance, et puis finissait par embrasser Fenfant prodige qu'on venait de lui amener, Franz Liszt Ries écrit que Beethoven « lors de son premier séjour à Vienne, avait reçu de Mozart quelque enseignement » ; tout se borne à leur unique entrevue, et c'est pourquoi Beethoven revint si vite à Bonn. Sur le chemin du retour, il passa par Augsbourg où il rencontra sans doute le facteur de pianos, Stein, dont la fille Nanette, devenue M"^* Streicher, fut à Vienne, dans la suite, une des plus dévouées amies de Beethoven. A mesure qu'il approchait de Bonn, des lettres de son pèie le
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pressaient de revenir en grande hâte, s'il voulait encore embrasser sa mère, parvenue au dernier période de la phtisie. Elle succomba quelques semaines après son arrivée, le 17 juillet 1787. Beethoven en éprouva une grande douleur : « Oh ! qui donc était plus heureux que moi, alors que je pouvais encore prononcer le doux nom de mère, et qu'il était entendu M » Il craignit aussi d'être lui-même atteint du mal qui venait d'emporter sa mère, et c'est une crainte dont il ne se délivra jamais.
Privé ou débarrassé de sa femme, M. Beethoven le père s'adonna sans retenue à l'intempérance, et la charge presque entière de la maison retomba sur son fils aîné. En 1789, Beethoven dut même demander la mise à la retraite de son père ; l'ancien ténor garda la moitié de son traitement, Ludwig en obtint la seconde moitié pour subvenir à l'entretien de ses deux jeunes frères ^ Il travaillait d'ailleurs sans relâche : à ses fonctions d'organiste, il ajoutait de nombreuses leçons, données à contre-cœur et non sans irrégularité ; enfin il tenait un pupitre d'altiste au théâtre de Bonn, où l'on jouait des