Lettre du comte de Waldstein, deiioun, le 29 oct. ijya
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faire. Au mois de décembre 1790, Haydn, qui se rendait à Londres, passa par Bonn où, de longue date, ses symphonies et ses oratorios étaient en honneur. Une réception solennelle lui fut faite, une de ses Messes exécutée à la chapelle de la Cour, si bien qu'au retour de Londres, en juin 1791, il s'arrêta de nouveau à Bonn. L'orchestre électoral le fêta, à Godesberg, en un banquet où Beethoven lui soumit sa cantate funèbre sur la mort de Joseph II. Haydn en fit de grands éloges, encouragea le jeune homme à approfondir ses études, se déclara prêt, sans doute, à l'accepter comme élève. Bref, dix-huit mois plus tard, au commencement de novembre 1792, Beethoven prenait une seconde fois le chemin de Vienne, mais non pas plus que la première sans esprit de retour : Max-Franz l'y envoyait achever ses études et lui conservait, avec son titre, son traitement d'organiste. Pour répondre aux vœux du prince, Beethoven devait se perfectionner dans la théorie musicale aux leçons de Haydn, accompagner celui-ci à Londres, où il dirigeait des con* certs importants, et revenir ensuite définitivement à Bonn en qualité de directeur de la chapelle électorale. Il n'est pas douteux qu'à ce moment Beethoven entrât dans ces vues : son père étant mort le 18 décembre 1792, il écrit de Vienne à l'électeur, pour demander le transfert
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sur sa tête de la pension paternelle, et il signe encore : organiste delà Cour. Son traitement lui fut payé en effet pendant seize mois, jusqu'au jour où la Révolution française, gagnant le Rhin, chassa de Bonn Max-Franz qui, le i*"" mars 1794» se vit contraint de licencier théâtre et orchestre pour se retirer à Munich, puis à Mergentheim, enfin à Dillingen.
Le voyage, pour gagner Vienne, dut être particulièrement long, car il fallait traverser un pays sillonné par les armées françaises ou les armées allemandes qui se retiraient devant elles après la prise de Mayence (21 octobre 1792). Dans un fragment de journal, qui rappelle son passage à Remagen, Andernach, Coblence, Beethoven se fâche d'avoir dû donner un thaler de pourboire à un cocher qui le jeta en pleine armée hessoise. Tout se borne à une mésaventure comique. Les spectacles de guerre dont il put être le témoin n'avaient rien d'affreux : il semblait que la Révolution française pénétrât en Allemagne moins par la force de ses armes que par la vertu d'un enthousiasme communicatif. Dans le pays rhénan, beaucoup accueillaient avec sympathie les idées et [)romesses de liberté qu'apportaient les vainqueurs. Beethoven dans
l'ardeur de ses vingt-deux ans, éprouva cette séduction, si forte sur tant de ses compatriotes : le voyage de 1792 est un obscur prélude de la Symphonie héroïque.
Les quatre premières années de Beethoven, à Vienne, furent faciles et heureuses. Les relations de famille qui unissaient Max-Franz à l'empereur François II, les liens de parenté ou d'amitié qui existaient entre la petite Cour électorale et la grande Cour impériale, assurèrent au jeune protégé de l'archevêque-électeur et du comte Waldstein un accueil particulièrement empressé dans cette riche aristocratie viennoise, où chaque grand seigneur se croyait obligé d'être dilettante et de jouer au Mécène. Il est vraisemblable aussi, étant donné l'esprit viennois, que la particule van, qui précédait le nom de Beethoven, rapprocha des princes, comtes et barons, ce jeune homme si intéressant, qui peut-être n'était point roturier. En quelques mois, Beethoven devint l'enfant gâté de la gentry viennoise. 11 fut d'abord introduit chez le baron Gottfried van Swieten, fils du médecin de Marie-Thérèse, directeur de la Bibliothèque impériale, personnage important dans les deux sens du mot, assez rustre d'esprit, mais fastueux et qui se piquait de musique au point d'avoir signé sa douzaine de sympho-
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nies. Van Swieten eut du moins le mérite d'apprécier Beethoven : il ne se lassait pas de l'entendre toute une soirée, et le priait même de venir « avec un bonnet de nuit dans son sac ». La faveur et l'intimité de ce seigneur contribuèrent d'une façon décisive au lancement de Beethoven dans la société viennoise. Plus précieuse encore lui fut l'amitié des deux frères Lichnowsky, le prince Cari et le comte Moritz, tous deux anciens élèves et amis de Mozart : la princesse Garl, née comtesse Ghristiane Thun, entourait Beethoven d'attentions : « Peu s'en fallait, dit-il plus tard, qu'elle ne me mît sous cloche, pour me soustraire au contact ou au souffle d'un indigne. » Bientôt, l'intimité de Beethoven avec les Lichnowsky fut assez grande pour qu'il fît de longs séjours chez eux, dans leur palais de l'Alsergasse, de 1794 à 1796. Le prince n'estimait pas seulement chez Beethoven le virtuose : il étudiait ses premières compositions. Enfin, chaque vendredi soir, le quatuor à cordes de Schuppanzigh, Sina, Weiss et Kraft, donnait chez le prince un concert intime. Plus tard c'est à de telles séances que, dans la même maison, furent exécutés pour la première fois par les mêmes artistes maints quatuors de Beethoven. Grâce aux Lichnowsky, Beethoven connut bientôt un autre de ses protecteurs, le
comte (devenu ensuite prince) André Cyrillowitch Rasumowsky, envoyé (1793) puis ambassadeur (1797) de Russie à Vienne, beau-frère de Garl Lichnowsky par son mariage avec la comtesse Elisabeth Thun. Dans cette hospitalière famille, Beethoven fut traité avec la plus intelligente délicatesse : on admetùiit les inégalités de son humeur, toujours sujette aux raptus^ la négligence de sa coiffure ou de sa toilette, les provincialismes de son langage. De son côté il s'efforçait aux manières du grand monde : ses papiers de l'époque mentionnent des emplettes somptuaires, pardessus, bottes, souliers, bas de soie noire à un ducat, pommade, poudre. Dans l'écurie du prince, il entretient un cheval de louage, il caracole au Prater ; il note l'adresse d'un professeur de danse ! Beethoven va tourner au petit maître ; pourtant cette existence quelque peu parasitaire ne le grise ni ne l'absorbe : il s'en amuse, mais il regrette les contrées du Rhin et le caractère sérieux de l'Allemagne septentrionale, parmi ces Autrichiens légers que le despotisme policier ne révolte pas pourvu qu'on leur laisse « leurs saucisses blanches et leur bière ». Lichnowsky est et restera longtemps « son ami le plus chaud », l'un « parmi les plus éprouvés », mais ce ne sont que des « pgnis viennois et de simples instruments dont
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il joue, Il songe au mariage et demande à l'éditeur Simrock si l'une de ses tilles — elles ont dû grandir, depuis le temps î — ne ferait pas l'affaire \
Surtout, envoyé à Vienne pour y travailler, Beethoven n'oubliait pas le but de la mission qu'il put d'abord croire temporaire. Dès son arrivée dans la capitale , muni d'une recommandation de l'électeur, il fut mené chez Haydn par cet excellent baron Zmeskall von Domanovecz, qui devint plus tard un de ses familiers. L'enseignement commença aussitôt, jusqu'au moment où Haydn, partant pour Londres (janvier 1794) remit Beethoven aux mains du théoricien Albrechtsberger (i 736-1 809) qui lui donna des leçons, trois fois par semaine, jusqu'en mars 1795. Nous aurons à examiner plus loin la matière et la nature de cet enseignement, et l'influence qu'il put exercer sur la formation artistique de Beethoven. Les rapports personnels entre Haydn et l'impatient disciple qu'il appelait le « Grand Mogol » ne furent pas sans nuages ; Haydn trouvait Beethoven trop audacieux dans ses premiers essais ; Beethoven jugeait Haydn négligent. Outre les leçons d'Haydn et d'Albrechtsberger, et quelques conseils de Schenk, de
I. Voir Frimmel. Neue Beethoveniana et Correspondance, passim.
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Forster, Beethoven s'instruisit auprès de Salieri dans la composition vocale ; une note de ses papiers nous incline à croire qu'il travailla le violon avec le gros Schuppanzigh, (1776-1830) dont le nom désormais reste inséparable de celui de Beethoven comme ayant été le premier interprète des quatuors. Enfin, Beethoven ne néglige pas l'étude du piano : sa virtuosité est encore son plus beau titre de gloire, il la cultive; il se flatte de pouvoir seul exécuter certains passages scabreux ^ Son jeu est hardi, brillant, plein d'une fougue qui en compromet parfois la netteté ; bientôt il rivalisera avec le pianiste Wôlfl aux longs doigts, et Vienne se passionnera pour ce tournoi comme Paris, vers i836, se partagera entre Liszt et Thalberg.
Entre temps, s'il étudie encore, déjà il compose et publie, dès 1793, ses variations de piano et violon sur le Se vaol baUare de Mozart, des variations de piano à deux mains [Es war einmal), à quatre mains (sur un thème du comte Waidstein) ; en 1795, les trois trios, op. I, pour piano, violon et violoncelle. Ses compositions causent quelque étonnement : on lui reconnaît un peu de génie ; il y a dans sa musique un accent qui surprend les timides et irrite les envieux. Haydii