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CHAPITRE IX

Le château de Beire et ses anciens seigneurs.

Le double dessia du château de Beire, que nous avons tenu à reproduire ici, renseignera mieux le lecteur sur cet antique manoir que toute description possible, si fidèle qu'on puisse la supposer. — Toutefois, il nous semble bon de faire remarquer que la partie historique et vraiment ancienne du château est la vieille tour carrée qui figure dans ces dessins, et qui donna son nom à Beire-le-Chàtel. Elle doit dater du XIP siècle ; et , en tous cas , il en est certainement fait mention dans deux pièces authentiques du milieu et de la fin du XIIP siècle^ conservées aux archives de la Gôte-d'Or. — C'est spécialement des seigneurs de l'ancienne maison forte de Beire que nous entendons parler : bien que nos recherches relatives aux seigneuries de Vesvrotte et de la Chaume soient incomplètes, il est certain pour nous que la maison de Beire l'a toujours emporté sur les deux autres, et que faire son histoire, c'est faire en même temps celle du village. Qu'onfnous permette, à l'appui de notre assertion,

lia LE CHATliAU DE BEIRK

de citer un témoignage précieux, celui d'un habitant de Beire, dont le nom nous est toutefois resté inconnu, attendu que plusieurs feuillets manquent au volume qui contient sa déposition dans l'information de 15G8, déjà plusieurs fois invoquée par nous.

Voici cette déposition, telle qu'elle existe dans ce volume incomplet: «Sur les vingt ung et vingtdeuxiesme articles des tierces escriptures du second arbitrage , à prendre de ces mots : qui a esté cause jusques à la fm/- dict qu'il y a environ ung an qu'il ouyt dire a Estienne Camuset, Pierre Amyot, ]\r Berthault Loppin, Estienne Sordoillet et plusieurs autres hommes et subjectz dudict sieur de la Chaulme, que ledict sieur de la Chaulme les vouloit contraindre aller faire le guet au chastel de ladicte Chaulme, ce qui leur greuvoit fort, pour ce que ledict chàtel dudict Beire leur estoit plus commode, mais que néantmoincsils metroient leurs biens audict chastel de Bère comme estant le lieu jAus asseuré. Ce que le desposant a entendu avoir esté faict au dernier passage des reistres ennemys ; et autre chose n'en pourroit déposer » (1).

Ajoutons encore, qu'à partir de la fm du XV* siècle, la maison seigneuriale de Beire possédait Beire-la-Ville en entier et les cinq neuvièmes de Beire-le-Châtel , les quatre autres neuvièmes faisant l'apanage des seigneurs de la Chaume : tout cela est nettement établi par les diverses pièces du procès de 1568. — Il n"y a donc pas lieu de contes-

(1) Archives du château.

ter la prédominance, dans la commune, de la maison forte de Beire sur celles de Vesvrotte et de la Chaume. — Nous croyons, à bon droit, rester dans le vrai, en nous attachant spécialement à la première de ces trois seigneuries. A la fin de nos chroniques, si nous avons découvert assez de documents , nous pourrons consacrer un chapitre particulier aux deux sections de la Chaume et de Vesvrotte, ainsi que nous l'avons promis.

Nous ferons , relativement aux anciens seigneurs de Beire, les observations que nous avons faites à l'endroit de nos prédécesseurs , savoir : qu'il ne nous sera pas possible d'en dresser la liste complète.

Si noml)reux que soient encore les titres seigueuriaux conservés aux archives de la Côte-d'Or, et qui figurent dans l'ouvrage analytique de Peincedé, il est certain que la plus grande part a dû disparaître.— EtpuiSjilenétaitdesseigneursdumoyenâge comme des prêtres : ils ne signèrent, au début, que de leurs noms baptismaux les actes qu'ils nous ont laissés. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple entre mille, un acte datant du commencement du XI* siècle, et qui fut inséré dans le recueil du moine Jean, est clos en ces termes « : Hi sunt testes, en présence de : Girard, comte ; Gauthier ; Nerduin ; Aldon ; Odon ; Hugues, comte ; Odilon » (1).

Jusqu'cà la fin du XV' siècle, c'est à la Chronique de Bèze, à Pérard et à Peincedé que nous deman-

(1) Patrol., vol. CUXII, p. R98.

derons nos renseignements. — A partir de là, les terriers et les manuels à cens du château suffiront presque à notre travail.

.Voici maintenant la liste des anciens seigneurs de Beire, dressée dans les conditions et sous les réserves que nous venons de poser :

I. — Le chevalier Milon de Beire (de villa quae dieitur Beria) (1015).

Il ne fut sans doute pas le premier seigneur de Beire. Toutefois, nous le placerons en tête de notre liste, par la raison qu'il est le premier chevalier de ce lieu qui nous soit positivement révélé par des documents certains. — Le plus ancien de ces documents est une charte de l'an 1015 environ, que nous avons déjà rapportée au troisième chapitre de ce volume, et où on voit que le chevalier Milon de Beire, de villa quœ dieitur Beria, reçut de Guillaume, alors abbé de Bèze, la troisième partie des revenus de l'église dudit Beire, à charge de services mihtaires.

Ce chevalier Milon est très probablement celui dont le nom figure dans une sentence rendue, l'an 100 i, en assemblée solennelle, par Brunon, évêque de Langres, lequel enjoignit à Milon, sous peine d'excommunication , de rendre aux relideux de Saint-Etienne de Dijon la chapelle de Vesvrotte qu'il avait accaparée (1).

(1) Notice sur le hameau de Vesirotle , par M. Alphonse de Vebvrotte.

ET SES ANCIË.NS SEIGNEUBS ^"'^

J/aii de r Incarnation de Notre Seigneur 1026, le même Milon de Beire fait don, à saint Pierre du monastère de Bèze, in monasterio fontis Bezuœ, à titre de fondation pieuse, pro remedio animœ suce^ d'un manoir sis à Beire, avec neuf arpents de terres labourables y attenant et une soiture de pré, iina seduraprati. Il y ajoute le serf Lambert, sa femme et ses enfants, atlachés à ce petit domaine pour le cultiver. — Les témoins de cette donation furent : Guy; Bernard; Aldon; Lambert; Grimejus; Romarus et Hugues, ce dernier fils d' Aldon (1).

IL — Aduin de Bsite, fils du chevalier Milon (1013).

On le voit, étant probablement déjà majeur, intervenir dans le contrat de l'an 1015, passé entre son père et le monastère de Bèze, à l'effet d'en approuver la teneur qu'il jure d'observer.

Il apparaît en second lieu, comme témoin de la donation que Pvaynauld, seigneur de Châtillon, fit à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, de l'église de Saint-Julien-sur-Norges, au pays des Attuariens : Raynauld fait don de cette église, avec toutes ses dépendances, à l'abbé Halinard, le jour de son entrée en religion a qui me eodem die monachum fecit », du consentement d'Elisabeth, son épouse et d'Humbert, son fils. — L'acte en fut passé le samedi, 2 septembre 1038, indiction VI, épacte xii, Henri I'' étant roi de France, et Robert, son frère, duc de

fl) Patrol., vol. CLXn, p. 911.

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Bourgogne, en présence de : Hugues, évoque de Langres ; de Bérald, évêque de JSoissons; de Garnier , prévôt des chanoines de Saint-Etienne de Dijon; de Guy de Grancey; de Milon de Frolois ; d'Aduin de Beire « Aduimis Beroensis » (1).

Enfin, après Tan 1060, selon l'ordre chronologique observé par le moine Jean dans sa Chronique de Bèze, ce môme Aduin de Beire fait don au monastère de Saint-Pierre de Bèze, d'un manoir situé audit Beire, avec toutes ses dépendances. Suivant la coutume d'alors, il lui donne en même temps le sert Algrim, attaché à ce manoir. — Cette charte eut pour témoins : Walon, Garnier et Milon (2).

Plusieurs fois encore nous avons rencontré le nom d'Aduin, au bas de chartes correspondant à la même époque, mais sans la moindre qualification qui le déterminât. Il est probable qu'il s'agissait là, néanmoins, de notre Aduin, fils du chevalier Milon de Beire.

m. — Walon, seigneur de Beire, senior Beriœ (1052).

Nous avons vu, dans l'article consacré à Aduin de Beire, qu'après l'an 1060, c'est-à-dire, pour suivre l'ordre de la Chronique du moine Jean, de Tan 1060 à l'an 1076, un personnage appelé Walon avait été témoin d'une donation faite au monastère de Bèze par Aduin de Beire.

(1) Pi-raUD,)!. 18(i et 1S7.

(•2) PatroL, \A. Cl. XII, p. 931,

A la même époque, on le voit, à son tour, faire don à la même abbaye d'un manoir sis à Beire, avec toutes ses dépendances. Il y avait ajouté un serf du nom de Hugues de Vado, sa femme et ses enfants (1).

Vers l'an 1110, Walon réapparaît, comme témoin d'une autre donation, faite encore au même monastère de Bèze, par Hugues de Ghimissins. L'acte en fut rédigé en présence : d'Avin de Beire ; de l'abbé André, curé du même lieu; de Gauthier de Beire et de plusieurs^autres témoins (2).

Dans les trois actes que nous venons de rappeler, rien ne nous apprend, il est vrai, que Walon doive être rangé parmi les seigneurs de Beire. Mais on ne saurait cependant lui contester ce titre, en vertu de l'acte d'une donation faite au monastère de Bèze, de l'an 1052 à 1060, par le chevalier Humbert : on y voit ce dernier faire don à ladite abbaye de toute la part de son alleu sis sur la paroisse de Beire, lequel consistait en terres, prés, eaux et forêts. Ce chevalier n'avait pas d'enfants, et il avait fait le partage des biens de sa mère avec ses frères Huçjues et Ulric. — Peut-être ce frère Hugues devint-il plus tard le chevalier de Ghimissins, l'auteur de la donation de l'an 1100, rappelée plus haut. En tout cas, il était certainement de la parenté des seigneurs de Beire, ainsi que l'attestent un grand nombre de chartes de cette époque; et il possédait, à ne pas

(1) Patrol.,\cA. CLXII, ii. 031.

(a) Id., p. 933.

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en douter, une partie de ses biens patrimoniaux sur cette paroisse. — L'acte dont nous nous occupons (de 1052 à 1060) porte le sceau de ce Walon, seigneur de Bcire, « sigilhim Wallonis, senioris Beriœ » (1).

Nous aurions hésité à traduire, comme nous venons de le faire, le mot senioris, mais trois témoins sont qualifiés de la même façon dans cette pièce, savoir : avec Walon de Beire, Fulcon de Beaumont et Gilbert de Rosières. Et puis nous voyons, vers le même temps, le moine Jean donner à Pierre de Montsaugeon, seigneur de Mirebeau, indifféremment le titre de senioris ou de domini de Mirihello (2).

Nous avons en outre rencontré plusieurs fois le nom de Walon au bas de nombreuses chartes intéressant la famille seigneuriale de Beaumont, qui était sans aucun doute alliée à celle de Beire.

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