XXIV. — Jacques de Baudoncovrt
Courtépée et Boudot nous apprennent, sans nous donner d'autres détails, qu'en 1359, ce seigneur fut exécuté à Semur pour ses forfaitures et ses démérites, et que le duc Philippe de Rouvres confisqua sur lui la forte maison de Beire.
Quant à la confiscation de la maison du sire de Beire, il n'y a pas à en douter un seul instant, elle eut réellement lieu : « On voit, en effet, que le besoin d'argent qui avait engagé le duc à aliéner Laperrière pour un temps, l'obligea à vendre, avec la même faculté de rachat, la forte maison deBeyre avec ses dépendances, à Eudes de Grancey, pour la somme de 900 florins au mouton. L'acte de cette vente fut passé à Rouvres, le 7 octobre 1360 (1). » — Dom Plancher avait trouvé cette pièce dans un inventaire de la maison de S^ulx, de l'année 1448, cote 22. — « Eudes de Grancey, troisième du nom, dit-il encore, acquit du duc la terre et le château de Beire, pour la somme de 900 florins au mouton, et à la charge que le dac et ses héritiers le pourraient racheter à leur volonté, en rendant la même somme audit seigneur, qui reconnaît que le duc et ses héritiers ont le droit de retrait. L'acte est du 7 octobre 1460 (2). » — Or, comme le fief de Prangey relevait, dès cette époque, de la maison de Grancey , ainsi qu'on pourra s'en convaincre en
(i) Dom PLANcnEKj-vol. 11, p. iiO.
(2) IJ., p. 335.
compulsant l'analyse de Peincedé, il est probable qu'Eudes de Grancey n'était ici que le mandataire des enfants de Jacques de Baudoncourt, auxquels il dut rendre plus tard les biens de leur père confisqués et vendus par Philippe de Rouvres.
Toutefois, en 1366, la maison forte de Beire n'avait pas encore été restituée aux enfants de son ancien maître, car la même analyse de Peincedé nous montre qu'en cette année, le sire de Yergy, fournissant son dénombrement au duc de Bourgogne, déclare tenir en ses mains la moitié de la maison forte de Beire, confisquée sur Jacques de Baudoncourt, pour ses forfaitures et démérites (1) (c'était Guillaume de Vergy).
« Jacques de Baudoncourt , chevalier , écrit à son tour M. Jules d'Arbaumont, possédait au XIV siècle moitié de la terre de Beire-le-Chàtel, dont il fut dépouillé pour ses forfaitures et démérites. Mais ses descendants, Aimé et Nicolas, rentrèrent bientôt en possession de ce fief, qu'ils possédèrent jusqu'en 1450 environ, avec les terres de Vesvres etdePrangey. — Leurs armes sont de... à une bande, accompagnée de sept billettes mises en orle, trois en chef et quatre en pointe » (2).
Peut-être un jour, lorsque les arrêts de la Cour criminelle seront versés aux archives départementales, saura-t-on la cause de l'exécution du sire de Beire. Mais jusqu'ici on en est réduit sur cet acte de haute justice à des suppositions et à des conjec-
(1) Peincedé, vol. VII, p. C8. •
(2) La noblesse (V'X Etnts de Bnurqocjne, p. 122.
21 i I.K CHATEAU UK ItKlliK
turcs. — Il y avait deux principaux cas de forfaiture : le crime du vassal contre son seigneur, comme aurait été, par exemple, le refus du service militaire ; et le crime du vassal contre les devoirs de sa charge. — Une des obligations fondamentales imposées par le seigneur à son vassal était le service militaire ; et celui-ci devait se présenter à l'heure et au rendez-vous indiqués, muni d'armes et de vivres pour la campagne. Or, dit Chéruel(l), «manquer au service militaire quand on était convoqué par le seigneur, était un cas de forfaiture qui entraînait la confiscation du fief et la punition corporelle du vassal. » — Tel fut probablement le cas du sire de Baudoncourt.
Après la fameuse bataille de Poitiers , livrée le 19 septembre 1356, et où le roi de France, Jean le Bon, devint prisonnier du prince de Galles , les Anglais s'avancèrent insensiblement jusque sur les frontières de la Bourgogne. La noblesse de cette province fit alors des prodiges de valeur et de dévouement. On la vit se porter, en 4358 et 1359, sur la ville d'Avallon, pour barrer le passage à l'ennemi. Ses compagnies furent passées en revue dans cette ville. Mais sur les listes rapportées par Dom Plancher, listes qui ne sont pas complètes, il est vrai, nous avons vainement cherché le nom de Jacques de Baudoncourt , alors chevalier et de noble maison. — Que faisait -il et où était-il pendant ce temps? Nous l'ignorons. Tout nous
(1) Dictionnaire historique.
r.T SES ANCIENS SEIGNEUHS 21.')
porte à croire qu'il ne prit point part à la célèbre bataille de Brion-sur-Ource, près de Ghàtillonsur-Seine , où les preux et nobles chevaliers bourguignons, malgré des prodiges de valeur, furent écrasés par le nombre. — On peut nous objecter, et nous venons d'en faire la remarque, que les listes de Dom Plancher sont incomplètes, mais elles comprennent du moins les noms des principaux chevaliers de cette époque. Comment se fait-il que celui du sire de Beire n'y figure pas? Ne savonsnous pas qu'à soixante ans de là, les seigneurs de cette maison remplissaient des charges de confiance à la cour des ducs de Bourgogne?
Au moment où eut lieu ce grand mouvement de la part des seigneurs bourguignons, on sait qu'une sédition éclata dans la ville de Dijon, où quelques mécontents, s'élevant contre les officiers du duc, refusèrent de leur obéir. Cette révolte fut vite comprimée par Jean de Sombernon. Ne pourrait-on supposer encore que Jacques de Baudoncourt, puisqu'il n'était pas sous la bannière de son seigneur suzerain , faisait partie du groupe des mécontents?
Jacques de Baudoncourt, déjà chevalier en d354, était fils de Girard de Saint-Remy, mort certaine- ■ ment dès le 15 juillet 1346 (1). Cela découle d'un acte de vente de la maison forte de Bethoncourt, dans le diocèse de Besançon, consentie par lui à messire Jean de Faucogney, chevalier (2). — Ses
(1) PeINCEDÉ, vol. II, 7). 686.
(ï) Id., p. 040.
aM) l.E CHATEAU DIÎ BEIRK
armes étaient : une bande semée de billettes, et en chef un lambel à trois pendants.
Au XIV* siècle, une branche de la maison de Beire a dû s'étabUr à Aignay-le-Duc, ou du moins elle y possédait un fief : en effet, le 2 juin 1360, on voit Perrenin, fils de Jean de Bère d'Aignay, reprendre de fief à Saulx pour ce qu'il tenait à Aignay, bailliage de la Montagne (1). — Il est en outre conservé aux archives départementales de la Côted'Or, B. 11,603 « une copie de quittance donnée, l'an 1322, par Huot Darbon, damoiseau, pour ce qu'il a reçu de N. de Bère, châtelain d'Aignay, à cause de vente faite au duc de Bourgogne, de ce qui lui revenait sur la taille dudit Aignay, à cause de sa femme. — Sont témoins : Pierre de Bère, procureur du duc; Lambert de Bère et Etiennot, son fils » (2).
N. de Bère était alors probablement intendant du duc de Bourgogne. — En 1344, Etienne de Bère avait certains droits sur les foires de Chalon (3). — Par une quittance de l'an 1326, on voit que Lambert de Bère était pannetier du duc, et que son sceau portait de Bourgogne, écartelé d'un lion (4). — En 1363, il y avait, enfin, un Régnant de Beire, (jui servait dans la compagnie de Pierre de Sombernon, sire de Malain (5) .
(1) PeINCEDÉ, vol. VII, Ij. 57.
(2) Id., vol. XXV, p. 402.
(îl) Iii., vol. XXI!!, p. 267.
(4) Id-ivol. XXIII, p. 218.
(5) I.i., vol. XXIV, p. 718.
ET SES ANCIENS SEIGNEUnS 217
Plusieurs de ces derniers seigneurs pouvaient appartenir à la maison de Beire-le-Fort, canton de Genlis. Mais les documents ne sont pas assez certains pour qu'il nous ait été possible de rien préciser. Et nous revenons aux sires de la Tour de Beire, qui nous intéressent plus spécialement.