‹ Bel-Abbès et son arrondissement; histoire, divisions administratives, travaux publics, services publics, statistique, topographie, agriculture, commerce et industrie depuis leur création jusqu'a nos jours. Avec cartes, plans, tableaux synoptiques et chronologiquesChapitre 4 sur 82 · MISE A EXECUTION DES PROJETS. CREATION DE BEL-ABBES · texte numérisé non relu

MISE A EXECUTION DES PROJETS. CREATION DE BEL-ABBES

TRAVAUX d'intérêt GENERAL. — COLONISATION. ADMINISTRATION. SITUATION GENERALE.

Résumé des principaux faits qui intéressent l'Algérie de 1848 à 1857.

Commo nous ravons dit , à la première partie de cet exposé , la guerre n'a plus lieu que par imprévu et pour réprimer des insurrections partielles, dans le double but d'assurer à la colonisation toute la sécurité dont elle a besoin et de lui procurer de nouvelles terres.

Dans tous les cas , elle ne saurait arrêter un développement qui prend, chaque jour, une ])lus grande importance.

Les principaux faits militaires ou de colonisation peuvent se résumer ainsi de 18i8 à l8o7 : soumission d'Achmed-Bey, ancien bey de Constantine (I8i8); mort de Bou-Sif, prise de la capitale du Ziban , mort du chérif Bouzian et du marabout Si-Moussa , occupation de Bou-Saada ( 1 8 i9) ; prise de Narali (1850); mise en déroute de Moula-Ibrahim et de Bou-Bargla; fondation par le P. Abram d'un orphelinat à Misserghin ( 1 8o 1 ) ; prise de Laghouat après une lutte opiniâtre (I8.")2); occupa-

tioiide Onnrg-la(1853); occupation de Tuggiirt (185i); conquête de la Kabylie du Djurjura, soumission des Beni-Raten, construction de Fort-National (1857).

L'administration continue h se préoccuper de la colonisation en créant de nouveaux villages qui permettent aux immigrants de marcher en avant et de peupler successivement des territoires fermés jusqu'alors à l'élément européen.

Un des faits principaux de cette époque, et qui ne saurait être passé sous silence , est celui qui a trait aux colonies agricoles établies, au nombre de cinquante, surtout par raison d'État.

Un décret du 19 septembre 18i-8 permit de disposer de cinquante millions, répartis sur les budgets de ISiS à 1851, pour assurer le succès de ces établissements destinés à recevoir la partie de la population parisienne qui se trouvait sans travail , en raison de l'état précaire des affaires et du contre-coup des journées de juin. Mais cet essai ne répondit pas d'abord h Tattente de ceux qui en avaient eu l'idée , et les résultats obtenus ne furent pas à la hauteur des sacrifices que le pays s'était imposés , par suite de l'insuffisance des terres mises à la disposition des attributaires, du peu d'aptitudes agricoles de ces derniers , et des malheurs et des maladies qu'ils eurent à supporter. Ce n'est qu'avec la seconde génération que les villages ainsi créés devinrent réellement prospères.

Le maréchal Bugeaud , dans l'application de son s^^stème de colonisation, s'était, avant tout, préoccupé d'attacher au sol la population qui sollicitait des concessions , tandis qu'actuellement on recherche , en premier lieu , la mise en valeur de la terre , quel que soit l'instrument de cette amélioration ; et c'est sous l'empire de cette nouvelle préoccupation que le maréchal Randon fait approuver , le 2G avril 1 85 1 , en qualité de Ministre de la guerre , un projet de décret dont il dut assurer lui-même l'exécution, comme Gouverneur général.

La nouvelle législation consacrait le régime de la concession gratuite, mais en substituant au titre provisoire un titre de propriété immédiate et transmissible , avec clauses résolutoires

auxquelles restaient soumis ceux en faveur desquels les attributaires avaient disposé de leur concession.

Cependant la colonie devient prospère par suite de la tranquillité presque générale et de la sécurité qui permet aux colons de circidermême isolément; et, tandis que de nombreux centres se créent, la population s'accroît , le développement économique progresse, la culture se perfectionne et les travaux publics reçoivent une très-grande impulsion, notamment en ce qui concerne le dessèchement des marais et les voies de communication qui relient entre eux les principaux points colonisés.

Historique de Bel-Abbès. — Période d'exécution.

Après les tâtonnements inséparables d'une création quelconque, nous arrivons enfin à une période mettant au grand jour la vitalité do notre centre qui , d'année en année, verra grandir son im})ortance et sa prospérité.

Ces dix années constituent pour Bel-Abbès la période d'exécution , proprement dite, qui succède à celle d'organisation , et jiendant laquelle la plupart des travaux publics sont achevés , l'administration et la colonisation développées , les principaux services publics instîillés , tandis que l'agriculture , le commerce et l'industrie cherchent le meilleur parti à tirer de cette situation nouvelle.

Tel est l'ordre que nous suivrons désormais , passant successivement en revue ces différentes améliorations, suivant leurs natures bien déterminées, pour éviter de nuire à l'intelligence du récit, comme cela aurait eu lieu si nous nous étions simplement borné à reproduire tous les fîiits suivant leurs dates , ou-

bliant que la conception et Texécution de projets complètement opposés et dissemblables ont lieu le plus souvent à la même époque (1).

Travaux publics. — Fortifications. — Bâtiments militaires.

— Premières constructions aiviles. — Plantations. —

Irrigations. — Voirie urbaine. — Voies de communication.

Les bâtiments militaires et les nombreux travaux dont les projets avaient été préparés avec le plus grand soin , comme nous l'avons vu précédemment , sont entrepris de tous côtés et poursuivis avec vigueur.

Pendant l'année 184-8 on établit la partie de l'enceinte destinée à couvrir les établissements militaires du côté le plus dangereux , et l'on construit le quartier de cavalerie sur trois des côtés du rectangle qui le compose , avec deux écuries simples et deux bâtiments d'accessoires.

Une des principales préoccupations de cette époque consiste à installer les postes télégraphiques reliant , entre eux , Oran , Tlemcen et Bel-Abbès, et h construire leurs enceintes, avec l'intention d'en faire des dépôts de vivres très-utiles sur ces routes dépourvues de population. Parmi eux se trouvent le poste de la Mekerra qui , commencé en 1 847 , doit servir de vigie et éclairer les abords de la place du côté du Tessalah et de TOued- Sarno , pays dont la vue est masquée par la ligne de crêtes des versants de gauclie de la Mekerra ; Tingmar , qui doit aussi servir de vigie, à onze kilomètres de Bel-Abbès; Aïn-Anfres, entre Tlemcen et Bel-Abbès , où la situation de la contrée dé-

fi) Dans fc qui suit nous nous sommes borné à un sinjple résumé des faits principaux el le ierieur, désireux de posséi er des dor.nées et des détails plus complets, devra se reporter aux diiïérents chapitres du second livre.

serte et exposée aux incursions des Marocains , exige un certain développement dans la construction. Dans ces deux années, 83,i7G francs ont été de la sorte dépensés aux six postes de la Mekerra, de Ting-mar, d"Aïn-Anfres, de Seddra, de Felalis et de Djebel-Hadid.

Ces différents travaux , réclamant de nomljreux matériaux de construction , nous amènent à ouvrir un chemin carrossable jusqu'au pied du versant sud du Bou-Anech ( I ), où existent de belles carrières de pierres de taille et de plâtre, chemin qui, à partir du Sarno , se confond avec la route muletière dont nous avons parlé.

Le nombre de colons , réunis dans Bel-Abbès , démontre déjà la nécessité de différentes créations indispensables h toute agglomération de population : un cimetière , un marché , un aljattoir , et il est question d'augmenter le sj^stème de nos voies de communication, à l'aide d'un nouveau chemin muletier réunissant la vallée du Tlélat à la plaine de Mléta j)ar les gorges du Tafaraoui.

Enl8ï-9, après avoir entrepris de nouvelles plantations et continué les levers et les nivellements des environs de la place , on org'anisc les bastions 1 0 et 1 avec embrasures à portières ; on assure l'écoulement des eaux à travers les fossés et en dehors des glacis, et l'on élève à quatre mètres les escarpes de la ville militaire , sur un développement de 800 mètres partant de la porte de Daya.

Les deux tiers de l'espace destiné à ce quartier sont ainsi enveloppés, le surplus et tout le quartier civil se trouvant protégés par une fortification provisoire en terre.

Quant aux bâtiments , on remet , tout d'abord , en état , Làpresque totalité de l'ancien baraquement de la redoute , et l'on pose sur socles en maçonnerie les baraques destinées à l'établissement du Génie.

Les constructions du quartier de cavalerie i)euvent recevoir 700 hommes, et les écuries doubles sud et nord étant achevées ,

{\) Lo Tessalali.

cette dernière est provisoirement livrée au service de l'hôpital , qui cède au casernement les baraques qu'il occupait dans l'ancienne redoute.

Les écuries simples ouest et le bâtiment destiné à compléter les accessoires pour l'hôpital sont poursuivis avec activité , tandis, que l'on commence le mur de clôture du quartier , le magasin à org-e avec silos , et que l'on termine le bâtiment rjui doit servir à la fabrication et à la distribution du pain , les trois faces du mur de clôture du parc aux bœufs et la charpente des hangars-écuries.

D'après les Tableaux de la situation des établissements français en Algérie , auxquels nous empruntons la plupart des chiffres que nous donnons dans cette partie , la dépense s'est élevée de 1817 h 1849 h 544,350 fr. , dont 119,000 fr. pour les fortifications, 29 i-, 400 fr. pour le casernement des troupes et 1 3 1 ,350 fr. pour les service.^ des subsistances et du campement.

Les constructions civiles commencent aussi à prendre de l'importance. Le règlement des pentes et l'empierrement de la rue qui réunit les portes d'Oran et de Daya sont exécutés, et l'on fait ce même travail dans les rues secondaires sur lesquelles se trouvent les façades des maisons construites ou en construction; enfin le cimetière est entouré d'un mur de trois mètres d'élévation, les postes télégraphiques, auxquels sont venues s'ajouter trois stations établies par le service d'Oran , sont soumis à des travaux d'entretien , et l'assainissement de la contrée, commencé en 1844, est complètement terminé par la régularisation des rigoles et par les plantations exécutées sur les parties desséchées. La longueur des canaux principaux est alors de 2,100 mètres, celle des rigoles de 800 mètres, et la surface des terrains desséchés de 24 hectares.

Ajoutons que l'on procède, en ville, h l'édification d'un immeuble destiné au bureau arabe et qui , dans le principe , n'est qu'un grand rectangle de quarante mètres sur vingt , construit avec les produits de la touiza de 1849, d'après une décision du Gouverneur général , du 25 septembre.

Des essais de puits sont faits dans toute Tétendue du plateau

— sodé Bel-Abhèf^ , et leur plein succès, qui ne laisse rien h désirer sous le double rap})()rt de la quantité et de la qualité des eaux obtenues, démontre l'urgence d'en revêtir et d'en garnir de pompes et d'abreuvoirs un nombre suffisant pour les besoins de la population .

Nous n'insisterons pas sur l'état des travaux en 1 8o0, concernant plus particulièrement le quartier militaire ; il nous suffira de dire que la construction du quartier de ca^'alerie se continue avec l'édification des deux pavillons à étages à l'une des entrées, et la mise en place des deux grilles qui constituent la fermeture des issues principales de cet établissement ; qu'à la fin de cette année la caserne d'inftmterie , entreprise pour ini l)ataillon, est en cours d'exécution , que le parc aux bœufs renferme des bâtiments provisoires affectés à l'emmagasinement des farines et des vivres de campagne, ainsi C[ue l'installation du service du Génie , et que la manutention est , en grande partie . construite avec ses accessoires : quatre fours de trois cent soixante rations, bluterie , paneterie , pièce à distribution , et cave qui règne sous toute la longueur du bâtiment et qui peut contenir cinq cents bordelaises.

Une partie des magasins avec silos pouvant renfermer dix mille quintaux d'orge et de blé sera complètement achevée dans le courant de l'année , époque à laquelle on choisit également l'emplacement du cercle militaire, et où l'on construit , dans un des bastions, un magasin pour y déposer quinze mille kilogrammes de poudre,

La dépense, s'appliquant cette année-là aux fortifications, a été de 3i-,750 fr., celle des bâtiments militaires de i27,8ii- fr.

Mais les préoccupations de l'administration militaire ne se portent pas seulement sur les bâtiments à construire, et l'état de la route d'Oran à Bel-Abbès, de plus en plus fréquentée , provoque un entretien d'autant plus utile que l'on a dû surmonter certaines difficultés auTlélat, à l'Oued-Imbert et au confluent de l'oued Sarno et de la Mekerra , pendant les années précédentes, et qu'elles exigent encore la construction d'un pont sur le Sarno et d'un ponceau sur l'oued Tlélat.

Pendant les années 1818 et 1849, un pont est établi sur la Mekerra, à l'entrée du village de Sidi-L'Hassen, avec une charpente du système américain et des bois du pa^^s , et un autre sur l'oued Rizan qui traverse la route de Daya , dont la tête des voûtes et le couronnement des parapets sont en pierres de taille, la maçonnerie intérieure en moellons ordinaires, et la partie extérieure en moellons smillés et jointoj^és.

C'est pendant cette période que deux puits avec pompe sont établis sur la place des Quinconces et sur celle qui regarde l'église, et qu3 trois fontaines sont créées en réunissant les eaux du fond de la vallée en avant des murs de la place.

La nécessité d'entreprendre des travaux d'une autre nature est non moins pressante, et porte sur la construction d'un chemin de colonisation sur la rive droite de la Mekerra , allant jusqu'à la limite du lotissement , et sur les moyens d'amener l'eau à la chute d'un moulin et dans l'intérieur de la ville.

La colonisation prenant un développement rapide , l'année 1 8o 1 voit mettre en état les chemins allant aux hameaux , aux fermes établies dans la banlieue de Bel-Abbès et aux villages en création de Sidi-L'Hassen , de Muley-Abd-el-Kader et des Amarna ; terminer la partie ravinée de la route d'Orau avec cinq ponceaux et quatre aqueducs ; entre l'Oued-Imbert et les Trembles , renouveler son empierrement , construire le pont de la Djemaà sur un affluent du haut Tlélat , réparer le passage de la ïenira sur la route de Daya, et améliorer la partie du chemin du Sig à Bel-Abbès , comprise entre cette ville et le village en création de Sidi-Brahim.

La ville, qui, depuis deux ans, prend une extension considérable , a ses rues macadamisées et ses rigoles pavées au fur et à mesure de la construction de nouvelles maisons ; la grande rue qui réunit les portes de Tlemcen et de Mascara est ainsi terminée , et ce travail se continue , sans interruption , suivant les progrès de la cité ; l'écoulement rég'ulier des eaux pluviales se trouve de la sorte constamment assuré à la surface même du sol. Mais la pente disponible n'étant pas suffisante pour Tévacuation des eaux ménagères, la construction d'un g-rand égout

sous le talweg" de la ville est devenue un ouvrage de première nécessité ; aussi , la moitié du crédit nécessaire à l'exécution de toute la partie correspondante aux quartiers civils , déjà construits, ayant été accordée, on commence ce travail, et, en attendant son achèvement , un ég"out provisoire, couvert en rondins, fascines et terre , fonctionne dans les quartiers habités , la partie faite à ciel ouvert ne commençant qu'en dehors de la ville et sous le vent des habitations. Un canal de dérivation des eaux de la Mekerra , de cinq mille mètres de long-ueur , qui s'exécute en ce moment , permettra bientôt de donner des chasses d'eau dans les rues et dans les égouts.

Suivant en cela ce qui avait été commencé l'année précédente , on installe un puits avec pompe sur la place du Marché , et l'on remet à neuf une fontaine anciennement établie par les Arabes, et depuis long-temps réputée pour la qualité de ses eaux.

On continue activement les fortifications , dont 2,562 mètres sont élevés à une hauteur de quatre mètres , ce qui complète une première organisation défensive de la partie de la ville cpii correspond au quartier militaire.

La caserne d'infanterie est entièrement achevée , et l'on met en train la construction d'une g-endarmerie à un étag-e avec écuries pouvant contenir neuf chevaux.

7 i,iOO francs ont été dépensés pendant cet exercice aux travaux de fortification, et 237,200 francs à ceux des bâtiments militaires.

Peu de détails intéressants sont à inscrire à l'avoir de l'année 1 8o2, Les travaux commencés se poursuivent seuls, et quelques projets sont élaborés concernant la construction des portes d'entrée de la ville, celle d'un abattoir et d'un marché couvert pour lequel M. Mariet, entrepreneur, présente des plans et devis, et l'établissement d'une smalah de spahis à Bou-Kanéfis, dont le capitaine Cauro commande l'escadron.

Les smalahs , composées d'indig-èues pris dans les tribus circonvoisines , étaient destinées à fournir les ag-ents nécessaires à la police et à ladministration du pays ; sur six escadrons, un

devait être placé à Bel-Abbès avec détachement à Daya, et les antres à Mostaganem , à Mascara, à Tiaret et deux à Tlemcen.

Le 2o mars de cette môme année, le chef du bureau arabe fait remise au Génie de l'immeuble construit en ville , afin qu'il puisse , à l'avenir , être entretenu et réparé à l'aide des fonds accordés, dans ce but, à ce service.

La dépense affectée aux fortifications a été de 3G,000 francs, et celle des bâtiments militaires de 16G, 175 francs.

Le quartier de gendarmerie est entièrement fermé , et peut contenir une brigade à pied de cinq hommes , dont un brigadier , et une autre à cheval de six gendarmes , dont un maréchal-des-log'is , avec tous les accessoires nécessaires ; les combles sont disposés de manière à loger , au besoin , cinq gendarmes de plus.

Le canal d'irrigation , creusé l'année précédente , vient d'être muni de prises d'eau en maçonnerie avec pertuis régulateurs qui permettent la distribution du surplus des eaux entre les jardins da sud de la ville ; les irrigations de Muley-Abd-el-Kader et de Sidi-L'Hassen sont ég-alement l'objet de certaines améliorations, par la réfection des prises d'eau et la mise en état des canaux existants.

Citons encore la construction d'un pont sur le ravin dit du Grand- Cassis, affluent de l'oued Imbert.

En 1 853 les dépenses des fortifications s'élèvent à 22,400 fr . , celles du casernement, quartier de cavalerie et caserne d'infanterie, à 107,550 fr. ; tous les fronts de la place se trouvent portés à un-^. hauteur de 3'" 50 à 4™, qui est celle du fond des créneaux, les bastions ont leur complément d'organisation, et l'enceinte, dont la dernière hauteur n'est pas encore atteinte, ferme entièrement la ville.

A cette époque les casernes définitives , avec locaux accessoires, peuvent renfermer 1,185 hommes, et les écuries , 429 chevaux. La manutention réunit les différents bâtiments nécessaires au service des vivres , et de nouvelles plantations sont entreprises sur le terrain militaire , en avant des fronts sud et est, les anciennes, exécutées jusqu'à ce jour, l'ayant été surtout

sur la route dOran, au Rocher, à Sicli-Brahim, à rOued-Inibert, aux Ouled-Ali, à Djenan-Mesquin, non loin de Sidi-L'Hassen et à la Tenira.

Sur deux mille mètres que présente le développement des rues delà ville, dans les quartiers déjà construits, 1 ,G00 environ sont mis à l'état d'entretien , 200 sont nivelés et préparés pour recevoir l'empierrement.

Trois cent trente-deux mètres courants d'ég-out ont été exécutés dans les rues de petite voirie, et, comme les eaux de la Mekerra sont limoneuses, on a établi, sur une des places, un abreuvoir (1) auprès d'une pompe qui donne, en tout temps, d'excellente eau.

Les travaux de l'abattoir, dont le projet est divisé en doux sections, sont commencés.

On a aussi creusé des puits sur les principales voies de communication, et placé deux norias chez les Ouled-Ghazi et chez les Ouled-Sidi-Amrane.

Quant aux routes, sur lesquelles on utilise la main-d'œuvre militaire , dont les services ont di^i être suspendus pendant deux mois, par suite des grandes chaleurs de la saison , les améliorations se poursuivent sans interruption.

Le pont qui existait, depuis ISii- , sur la Mekerra, non loin de l'ancienne redoute, et qui servait à relier Sidi-LHasseu à Bel-Abbès par la rive gauche , est reconstruit en bois de charpente du pays.

On élève un pont sur le Sarno pour rendre praticable le chemin d' Arlal , conduisant aux carrières de pierres de taille et di^ plâtre ; il est rapidement exécuté et à peu de frais , grâce à la présence de deux rochers , sur les deux rives , qui sont utilisés comme culées. Ce pont a une longueur totale de vingt-deux mètres, et une largeur de quatre mètres seulement, distance des rochers ; il se compose de deux arches , et des perrés de i-"'oO garantissent les culées en amont et en aval.

L'oued Matha et l'oued Sarno , réunis près de leurs emlmu-

(\) Suiiprinie en KS78, luis do la coiislriirlioii de la juslicc de iidix el du collllni^sarial de police.

chures dans la Mekerra , et qui sont à sec en été , interceptent fréquemment les communications dans les grandes crues d'hiver ; aussi construit-on , en cet endroit , un pont de deux arches , de six mètres chacune d'ouverture , et d'une long-ueur de vingt-deux mètres , culées comprises , avec une larg-eur de sept mètres.

Sur le chemin de Tlemcen à Mascara , 4,200™ ont été ouverts en 1 852-1 8o3, avec quelques parties empierrées depuis le pont de la Saf-Saf, qui vient d'être restauré, jusqu'au premier affluent de l'Amig-huier.

En185i-, le Génie construit la porte d'Oran, avec double passage et double porte dans chaque passage , et celle de Da^^a , avec un seul passage , mais également avec double porte , ainsi que le corps de garde de ces deux portes, les logements des portiers-consignes et le dépôt de pompes. Il commence la partie ouest du pavillon central de l'hôpital qui devra renfermer deux cent vingt-cinq malades, achève le bureau arabe, destiné à devenir plus tard notre sous-préfecture , et élève le pavillon qui contient le corps de garde , une salle de police et un logement de concierge , à l'entrée de la caserne d'infanterie.

31,100 francs ont été dépensés pour les fortifications, et 145,400 francs pour les bâtiments militaires.

A cette époque nous possédons déjà : tout le mur d'enceinte à une hauteur de 3'"oO à 4 mètres , neuf bastions sur onze , les portes d'Oran et de Da3^a , une seule caserne d'infanterie pour huit cent quatre-vingts hommes , avec bâtiments accessoires , le quartier de cavalerie, pouvant contenir actuellement deux cent quatre-vingt-huit hommes et trois cent soixante-dix-neuf chevaux , les magasins de manutention en entier , sauf les hangars pour les combustibles, mais avec des silos pour 3,736 quintaux de blé , et les locaux nécessaires pour une année de vivres de toutes natures pour trois mille hommes , le mag'asin à fourrag-e, moins quelques clôtures, un magasin à orge avec seize silos contenant de huit à dix mille quintaux, et le magasin à poudre.

De 1847 à 1854, la dépense des travaux de fortifications

s'est élevée à 317,200 francs, celle des bâtiments militaires à 1,385,750 francs, décomposée comme suit: casernement 809,100 francs, hôpital'! 70,500 francs, service des subsistances 322,050 francs, mag-asin de poudre 17,500 francs.

Un lavoir public est alors construit sur les bords de la Mekerra , près du pont d'Oran , les puits de Graïr et de Tiliouïn sont creusés sur la route de Mascara qui en était dépourvue , et le marché couvert est mis en train vers la fin de la même année.

Les ég-outs de la ville ont aujourd'hui 3,019 mètres et ont coûté 55,000 francs; les dimensions de l'égout collecteur vont en aug-mentant de l'amont à l'aval , mais la moyenne est de 0'»70 de larg-eur sur 'l'"2a de hauteur sous clef. Les ég^outs secondaires , débouchant dans le précédent , ont été établis dans les quartiers les plus populeux , avec une largeur de 0™35 sur O-^IO de hauteur ; ils sont recouverts en dalles.

De 1818 à 185i, la g-rande voirie de Bel-Abbès compte 1,310 mètres, qui ont été achevés au prix de 2i-,500 francs ; les deux rues qui aboutissent aux quatre portes, dont la larg-eur est de 25 mètres , ont été complètement nivelées , empierrées et bordées de rig'oles pavées. Les rues secondaires , qui comportent un développement total de i-,iOO mètres, ont plus de 1,000 mètres à l'état d'entretien ; le reste est, en grande partie , nivelé et préparé pour recevoir l'empierrement.

Pendant la même période iO,000 francs ont été dépensés pour assainir la contrée , et l'on a construit , à l'aide de cette somme , 30,000 mètres de canaux principaux et 7,000 mètres de rigoles , sur une superficie de li-1 hectares. Des canaux ont, en outre, été établis pour la mise en mouvement de quatre moulins et l'arrosage des jardins de Sidi-Khaled, de Sidi-L'Hassen , du Rocher , de Sidi-Brahim et de Bou-Kanéfis.

A la fin de 185i- , sur 51,000 mètres de route , de Bel-Abbès au Tlélat, 33,000 mètres peuvent être considérés comme à l'état d'entretien , 0,000 mètres sont empierrés, mais réclament plusieurs ouvrages d'art, 15,000 mètres enfin .sont simplement ouverts par des travaux de campagne, comme cela a lieu éo-alement pour le chemin de Daya.

Ajoutons qu'à Mekedra (1), sur la route cVOran, à l'aide de deux châteaux-d'eau , de 190 mètres de conduite et de 3,000 francs, on a établi une borne-fontaine et deux al)reuvoirs , en utilisant des sources qui formaient un petit marais sur la route.

En 1853, 20,230 francs ont été dépensés à quelques travaux de fortifications, et notamment à la construction des portes de Tlemcen et de Mascara , sur le modèle de celle de Daya.

La partie ouest du bâtiment central de Tliôpital est mise sous toiture , les combles du magasin des vivres de la manutention sont planchéiés pour diminuer le déficit des contenances de cet établissement, par suite de l'augmentation du cliifFre de la garnison normale; le parc à fourrag-es est construit dans la ])lace , et l'on élève les corps de garde des deux dernières portes de la ville. Ces différents travaux donnent lieu h une dépense de 122,000 francs.

Cette année-là voit préparer les études concernant l'édification d'une église.

Un premier projet, estimé à 70,000 francs, est tracé sur le terrain et soulève de la part du curé Preire et du commandant supérieur des protestations, en raison de son exiguïté, six cents fidèles seulement pouvant y être contenus, et ce chiffre ne répondant pas à l'importance de la population, qui va sans cesse en augmentant.

Un nouveau projet, s'élevant à une première évaluation de 136,000 francs, est établi sur le même plan , mais de façon à permettre l'entrée de l'église à douze cents personnes ; on prévoit la fin de son exécution pour 1857-1858 , et, dans tous les cas , la remise ne doit en être faite au service civil que lorsque l'on sera arrivé à la naissance du clocher. A la fin de l'année , la maçonnerie est élevée à 3 mètres au-dessus du sol avec une dépense de 27,000 francs.

Pour faciliter le parcours dans la ville , on s'est vu dans la nécessité de recouvrir de plaques de fonte deux des cassis de la

(Ij I.cs I.auricrs-Rost'S.

rue de Mascara , ainsi que celui placé à l'intermédiaire des rues Bonaparte et Montag-nac.

L'ég'out principal a été conduit jusqu'à la rencontre du terrain naturel , à l'extérieur de la ville , et le développement des égouts .secondaires a atteint 2,700 mètres.

Le système d'irrigation est toujours l'objet de soins tout particuliers ; les prises d'eau de quatre moulins ont été établies au niveau de l'étiage , et toutes les vannes secondaires nécessaires à l'arrosage se trouvent placées.

A Ben-You1) on ne tardera pas, à l'aide d'un canal d'irrigation , coûtant cinq mille francs , à arroser trois cents hectares d'excellentes terres. Ces irrigations sont tout à fait indépendantes de celles de la Mekerra; car il s'agit d'uliliser l'eau de sources très-abondantes qui , placées non loin de la rivière , ont formé précédemment un marais considérable que l'on vient de défricher au moyen d'un canal de décharge et en profitant d'une ancienne rigole arabe.

Signalons , en ce qui concerne les voies de communication , l'ouverture du chemin de Sidi-L'Hassen à Bou-Kanéfis, sur une étendue de 2,100 mètres, et l'exécution d'un embranchement de 1 , 100 mètres sur le village de Sidi-Khaled.

C'est en 1 8oG , neuf ans après l'avoir commencée , que l'enceinte est définitivement fermée.

La fortification doit consister en un mur bastionné de cinq mètres de hauteur, comprenant onze fronts; mais dans le but de protéger promptement , par un obstacle sérieux , les premiers établissements créés, on a admis pour l'enceinte deux époques de construction, dont la première correspond à une hauteur de courtine de 3'"50 à i mètres seulement, avec flanquement immédiat par les bastions correspondants , mis de suite à leur état complet d'organisation .

En ISicS et LSiO, on a porté ;\ leur première hauteur les murs d'escarpe couvrant le quartier militaire; en IS.'jOet ISol , on a élevé de la même manière la jjIus grande partie des nnn-s enveloppant le quartier civil ; en 1852 et 18o3, on a achevé de donner ;\ l'enceinte le degré d'avancement (pie comporte sa

première époque de construction , en fermant la place et complétant l'organisation des bastions ; enfin en 1 (So i- , on a construit les portes d'Oran et de Daya , et en 1 855 , celle de Tlemcen et de Mascara.

Ces travaux ont exigé une dépense de 317,000 francs.

L'hôpital est mis sous toiture , et l'on se préoccupe de l'établissement d'un château-d'eau et d'un projet de haras avec dépôt d'étalons et de remonte.

L'abattoir est ég-alement achevé , et des puits sont creusés dans différentes parties du territoire où la population indigène les réclame.

L'église est en voie de construction , et les fonds alloués permettront de la couvrir cette année. Comme grandes voies de communication, la subdivision possède les routes d'Oran, de Tlemcen, celle-ci construite jusqu'à Sidi-L'Hassen seulement et sur laquelle s'embranche celle de Sebdou, par Sidi-Khaled, Bou- Kanéfis et Ben-Youb ; de Mascara , non encore ouverte , et de Daya , ouverte seulement par des travaux de campagne.

Les voies secondaires comptent la double route de Muley- Abd-el-Kader , les chemins des Amarna, de Sidi-L'Hassen , par la rive gauche , de Frouda , du Tessalali et la traverse de Bou-Kanéfis.

En 1 857 , les travaux principaux se portent sur les ég'outs , le jardin public , les canaux d'irrigation , le creusement de quelques puits , les modifications nécessaires pour convertir la smalah de Bou-Kanéfis en pénitencier indigène , et notamment sur l'entretien des routes et des chemins vicinaux.

Avec cette année nous voyons se terminer la période dans laquelle la plupart des travaux projetés ont été commencés sur notre territoire et poursuivis avec une célérité et un succès qui font le plus grand éloge du service du génie qui les a conçus et mis à exécution.

iO —

Colonisation et arlministration. — Création do divers centres.

— Constructions arabes. — Noms des principaux colons. -

Organisation des services publics.

Si , comme il a été facile de s'en rendre compte , le.s con.strnctions et le.^ travaux de tons o-pin-o«< ont été entrepris sur une large échelle , nous verrons bientôt (pie l'admini-stralion militaire n'est pas moins soncieu.se des intérêts de la colonisation, car elle procède à la création de plusieurs villages dans les environs, et à l'établissement des divers services administratifs devenus iu've.<.- aires par l'agrandissement progressif du nouveau centre.

Une des premit'res préoccupations consiste à assurer les relations avec les places déjà existantes, et, dès l'année I8Î-8, Tadministration donne tous ses soins à l'in-^tallation des postes lélégTapliiques qu'elle met en situation de pouvoir se défendre ; puis, pour aller au plus pre.'^.-^é et ne rien lai.-^.ser en souffrance, elle installe, dans les deux bâtiments acces.soires du quartier de cavalerie, le trésor et la po?te, Tintendance, le bureau arabe.

Jusque-là, Bel-Abbès n'avait été qu'un camp militaire, lorsque les projets de création d'un centre permirent d'y attirer une population im})oriante , qui répondit avec empres.sement à l'appel qui lui fut fait. Cependant le territoire de Bel-Abbès, propreuuMit dit , étant le .seul dont le lotis.^einent fût terminé et , })ar suite, préparé pour une occu}iation immédiate par de nouveaux colons envoyés de France, on ne trouverait plus guère à y placer, à la fin de 18i-8, que cent à cent vingt familles.

Cet état do clio.^es amena la nomination duiu^ commi.^sion , créée» par ordre du colonel Mellinet, commandant sui)érieur du cercle de Bel-Abbès, et compo.<éede Messieurs Prudon, capitaine du génie, président: lîa])atel, capitaine dartilleiie: (ioyau, commnndant dt^ jdace : Midiacker, cbirurgicu-ma jor ; Met^redty,

comptable, qui proposa, tV abord, d'accorder des fonds au^: cultivateurs nécessiteux , de leur donner des bœufs , quelques S3mences , de la main-d'œuvre , et qui aborda la question de colonisation en s'occupant des moyens pratiques pour permettre de recevoir les immigrants qui demandaient déjà, en grand nombre , à s'installer en cet endroit.

Cette commission admit ensuite la nécessité de créer des centres de population autour de Bel-Abbès, de manière à produire un bon effet sur l'esprit des indigènes , toujours portés à croire que notre occupation n'était que temporaire.

Toutefois, pour éviter les inconvénients d'un refoulement en masse , elle était ég'alement d'avis de ne faire ces créations que progressivement , et de veiller , dans les nouveaux cantonnements à accorder aux indigènes revenan.t du Maroc , à ne pas les placer sur les points qui , dès maintenant , pourraient être réservés à la colonisation européenne.

Ces inconvénients étaient encore amoindris par ce foit que la population indigène n'étant reconstituée que par fractions , ne suffisait pas à cultiver toute la superficie susceptible de produire.

Revenant enfin sur une décision , précédemment adoptée , la commission proposait d'autoriser le colon à construire sur sa concession , en prenant quelques mesures de sûreté , et , pour cela, elle demandait la création d'un centre en aval de Bel- Abbès, à Muley-Abd-El-Kader , où se trouvaient déjà le camp des spahis et plusieurs autres maisons, et celle d'un autre village (1), à six kilomètres en amont, sur un mamelon qui borde la rive gauche de la IMekerra, au point où elle forme un coude, à la limite des terrains colonisés.

Pour le reste du territoire les colons ne pouvaient s'installer sur leurs terres qu'à la condition de fermer leurs constructions d'un mur, et de les établir de façon à pouvoir s'y défendre. Ces précautions paraissaient suffisantes dans toute la partie en aval , et jusqu'à dix kilomètres en amont; car au-delà la nécessité était reconnue de placer une force militaire pour protéger la

(Ij Siili-I/Hasscn.

colonisation à l'ondroit où la Mekerra sort des montagnes ( 1 ) pour s'étendre dans la plaine , cette vallée étant un des débouchés le.4 plus importants pour les Arabes venant du sud.

C'est pour tenir compte de l'ensemble de ces dispositions rpie la commission met en avant l'idée de créer des centres à Sidi- Amadouch (2) , qui se trouve au confluent de l'oued Sarno et de la Mekerra, à Sidi-Braliim , sur le chemin d'Arlal et près de Bou-Aricha.

Bien que nous ayons dû reproduire ces diverses propositions , qui ont leur intérêt au point de vue de notre historique, nous nous hâtons d'ajouter que toutes ne furent pas mises à exécution par la suite. Cependant on se mit aussitôt à lever l'emplacement des centres projetés de Sidi- Amadouch , de 1 ,200 à 1 ,500 hectares, et de Sidi-Brahim, de 800 hectares, qui devaient pei-mettre d'y placer une population ag-ricole importante.

A ce moment les concessions dt'^'à faites à Bel-Abbès comportaient cinquante-cinq lots à bâtir , représentant une superficie de deux hectares, vin<>-t ares, soixante lots de jardin, de onze hectares, quarante-trois ares , et soixante-trois lots de culture, ayant ensemble onze cent quarante-neuf hectares.

Rappelons encore qu'en l8i-6 le Ministre de la g-uerre avait arrêté que le chef-lieu de la subdivision militaire d'Orau serait transféré à Bel-Abbès, en attendant la possibilité d"y installer la division, et, qu'une nouvelle décision l'ayant, en 18i-8, replacé à Oran , la connnission dont il vient d'être parlé cidessus crut devoir exprimer l'espoir que la première détermination, sans doute trop prématurée, serait de nouveau nu se à exécution , lorsque les établissements militaires deviendraient plus complets.

En 18 il), les constructions qui existaient au jtied du g-lacis . et qui, appartenant à l'ancien villa,u*e de Bel-Abbès, avaient été bâties au bas de la redoute p:-iiiiitive, sont presque toutes al)audounées ; les propriétaires eu ont employé les matériaux à

(I;. lîen-Youb. ('i) r.c's Treinblfs.

élever des maisons dans 1" intérieur de la nouvelle ville ; celles qui subsistent disparaîtront successivement, le sol n'étant pas la propriété de ceux qui le détiennent.

Le pays est assaini, grâce à de nombreuses plantations ; le défricbement des jardins qui entourent la ville est entrepris , et les colons se mettent courageusement à l'œuvre , cultivant en céréales tout le terrain environnant, et faisant des essais de tabac qui réussissent très-bien.

On compte déjà, au debors, quelques fermes importantes, l)armi lesquelles on cite celles de MM. Lacretelle, Didier et Bleuze.

Une connaissance plus complète des lieux et des moyens d'exécution amène le capitaine Prudon à présenter un projet de colonisation remanié d'après les modifications reconnues nécessaires. Les centres à créer sont les suivants : Frouda, qui peut contenir 3i familles; Berrack, 40; Bou-Aricba, 12; un bameauauRocber; Sidi-L'Hassen, 100; Hadjav-Zerga, Go ; Sidi- Klialed; Muley-Abd-el-Kader, village mixte pour européens et indigènes de la smalab ; Sidi-Brabim, 100 ; Les Trembles, 100.

Le o janvier, un décret donne une sanction lég*ale aux efforts du passé, en créant, dans la position indiquée sur le plan annexé, un centre de population européenne de deux à trois mille babitants, qui doit prendre le nom de ville de Sidi-Bel- Abbès.

Cette décision semble donner un élan nouveau à l'initiative privée; car, pendant cette année , cinquante maisons s'élèvent encore dans la ville, autour de laquelle trois villag-es se sont spontanément formés : Sidi-L'Hassen, pourvu d'un bon puits ; Frouda, au-dessus du Sarno ; Sidi-Brabim, dont une partie des terres est arrosée par d'anciens barrages arabcs.

Pour pourvoir provisoirement aux exigences de l'administration de cette population , le commandant d'armes remplit les fonctions de maire, un soldat devient garde-cbampètre , un sous-officier est cbargé d'instruire les jeunes enfants, et l'on demande un cadi pour la justice indigène, un prêtre, et un surveillant pour la pépinière créée par la Légion étrangère.

Le cimetière européen est alors transféré au N.-F.., sous le vent de la ville, et sur un terrain d'un très-facile déblai, tandis que celui des indig'ènes reste à l'ouest, près de la koubba de Sidi-Bel- Abbès , à environ 1 ,200 mètres du mur d'enceinte.

Les malades sont établis dans les bâtiments accessoires du quartier de cavalerie, et le service de santé lui-même les regarde comme convenablement installés ; le colonel de la Légion étrangère, commandant supérieur, occupe encore le bâtiment primitivement construit par les officiers de ce régiment , en dehors de la porte d'Oran , en vue d'un cercle militaire , et qui lui a été gracieusement offert par eux.

Au mois de janvier le domaine militaire est délimité, et le 4 mars un arrêté du Ministre de la guerre fixe la distribution , les alignements et les nivellements de la ville de Bel-Abbès , qui, le 23 du mèm? mois, figure, pour la première fois, sur le tableau indiquant l'époque des vérifications des poids et mesures.

Un décret du 5 avril détermine la circonscription de la subdision de Bel-Abbès qui comprend : 1 ' l'aglialick des Beni-Amer- Gheraba, composé des Douï-Rica, Ouled-Mimoun , Oule(l-."^idi- Al)delli, Ouled-Zaïr, Ouled-Khalfa ; '2'' l'aglialick des Beni- Amer-Clieraga , composé des Ouled-Sliman , Ouled-Ali , Hazedj , Ouled-Sidi-Klialed , Ouled-Brahim , Ouled-Sidi-Ali-ben-Youb ; 3' l'aglialick des tri1)us sahariennes, composé des Beni-Malar, Ouled-Balagh , Ihissasna de Mekerra.

La tribu des Ouled-Abdallah, les Cheurfa et les Guetaruia- Tahta, qui faisaient partie du cercle de Bel-Abbès, passent à la subdivision d'Oran , l't les Djafra-Gheraba à celle de Mascara.

Par cette répartition, les territoires d'Aïn-Temouchent l'ont partie de la sul)division à laquelle on retire une certaine longueur de la route de Daya , encore peu sûre, et dont la surveillance, attribuée à Mascara, beaucoup trop éloigné, de^ iendra pre.S(pie impossible.

Enfin, en raison du chifi're actui^I de la })0])ulati()n , ini arrêté du (iouverneur général du (') juin, crée à Bel-Abbès une compagnie de milice.

Les demandes de concessions, ainsi que la niise en valeur des

lots concédés, nii instant ralenties en 1818, à la suite de la révolution de Février, ont repris leur coiu-s en l8'i-9, et, au commencement de l'année I80O, on peut dire que les concessionnaires se sont déjà empressés , en g-énéral , de remplir les conditions qui leur sont imposées.

Le nombre de^ maisons élevées en ville, h c^tte époque, est en effet de quatre-viug't-dix, estimées à une valeur de oOO,00{>fr. , sur lesquelles trente possèdent un étage.

Le quartier de cavalerie comprend toujours un hôpital provisoire pour cent quarante malades , les bureaux du commandant de place, le casernement pour une brigade de gendarmerie et plusieurs logements d'ofRciers.

Au début de cette année, le service du Domaine, de l'Enregistrement et du Timbre est installé à Bel-Abbès , et les besoins de l'execrice du culte font naître l'idée d'élever une chapelle provisoire.

En 1 80 1 , nous assistons à la création officielle de Sidi-Braliim , comme mise à exécution des projets que nous avons précédemment examinée, et la population se porte d'elle-même à Sidi- L'Hassen et h Muley-Abd-el Kader, pendant que les indigènes des Amarna se réunissent à quelques kilomètres de la ville.

A Rel-Abbès même la nécessité d'un abattoir se ftnt sentir ; en attendant qu'on puisse y pourvoir sérieusement, il est assigné aux bouchers un abri provisoire , couvert en chaume î\ leur frais, sur un emplacement choisi , en aval et sous le vent, entre la rivière et le canal des jardins, cjui, à l'aide d'une vanne, permettra de se procurer l'eau nécessaire au lavage journalier du pavé de cet établissement.

On s'occupe aussi de la grande question de la répartition des eaux d'arrosage du Tlélat , de la Mekerra et du Sig , et , au mois d'août, deux commissions sont instituées pour chercher la meilleure solution , en choisissant un point près de Bel-Abbès où l'on pourra jauger les eaux de la rivière et les endroits où devront être établies les prises d'eau.

Les proi)o^itions de cette époque portent sur cent litres à accorder à Ben- Youb, ancienne occupation romaine, dont Tim-

oo

portance stratég-ique fait prévoir la nécessité de créer un centre en cet endroit ; ving-t cinqà trente litres à Bou-Kanéfis ; cinquante à soixante à Sidi-L'Hassen , avec le projet de faire passer l'eau sur la rive gauche au moyen d'un aqueduc en bois; deux cent quarante h Bel-Abbès-ville avec les jardins, Toasis et le canal d;i moulin ; trente à quarante à Muley-Abd-el-Kader ; quinze à vingt au Rocher ; cent cinquante à Sidi-Brahim , où la vallée s'élargit entre deux parties étroites, et cinquante à Zélifa ; audelà, en territoire indigène, on doit ensuite régulariser l'usage de l'eau.

Le 1 5 janvier 1 80 1 , l'église de Bel-Abbès est érigée en succursale, et le 18 novembre, un arrêté du Ministre de la guerre fixe les alignements et les nivellements de la ville , les réserves des terrains pour les édifices publics et communaux à construire ultérieurement , le tout conforméuKnit à un plan dont une expédition doit être affichée dans le local tenant lieu de mairie, et rester constamment à la disposition d i public.

Des subventions sont aussi accordées aux colons qui en ont besoin, jusqu'à la limite de deux cents francs, ainsi que des avances de grains, à titre de remboursement , de faron à prévenir les difficultés du début.

En 18.") 2, la population s'élève à 1 ,800 âmes, dont cent cinquante arabes seulement ; de plus, sont complètement levés et allotis, avec alignements et nivellements: Sidi-L'Hassen, '2,011 hectares; Sidi-Brahim, 2,2()9;les Trembles, 2,2o^); Fronda, 8r)0; tandis que Muley-Abd-el-Kader et Sidi-Khaled sont en exécution et qu'un décret du 2\ avril fixe la circonscription territoriale à affecter à la ville de Bel-Abbès à 1(), lOi hectares.

Les céréales réussissent très-bien, et les cultures maraîchères, entreprises surtout par l'élément espagnol qui domine déjà à cette époque , donnent lieu à des échanges très-étendus avec les localités voisines.

D'autre part, deux cents transportés sont établis dans un camp près du village en création de Sidi-Brahim. et 1 <>n se préoccupe des dépenses à faire pour installer dans notre \ï\\e le dépôt du 1" régiment de la Légion étrangère.

L'aniit''e ! 853 ikjus iuiiniit une .-iérie de mesures des plus importantes et qui marquent bien la marche croissante de Bel-Abbès,

A cette époque , 1" œuvre de colonisation se dessine très-nettement , le lotissement entrepris depuis cinq ans permettant de livrer aux intéressés une grande quantité de terres, comme nous l'avons vu par le décret de l'année précédente ; aussi huit centres sur dix sont-ils en voie de création.

Ce sont : Dayn, qui a 570 h'.'ctares cultivables sur ()r)2, et où il existe déjà cinq familles de marchands ; — MuJcij-Ahd-elh'fi'lcr, qui peut comprendre 500 hectares avec 57 familles, et qui possède douze maisons construites par l'escadron des spahis qui y a résidé de 18 17 à 1850 ; — Sidi-Aiuran, exclusivement habité par les indigènes des Amarna ; — Le Rocher, dont 400 hectares sont cultivables sur 731 : on peut y installer dix familles; — Sidi-Bvahim, 1,558 hectares, dont 700 défrichés et 00 arrosables : on peut admettre cent six ramilles , et déjà , sur cinquante concessionnaires , quinze ont bâti ; — fj'S Trembles , 2,221 hectares, dont 080 cultivables, au confluent du Sarno et delà ]\[ekerra, pour soixante et une fiimilles , — Sidi- L'/Iassen, 2,0il hectares, dont U200 cultivables et de bonne qualité ; — Sidi-KJialcd, 1,250 hectares, dont 000 en prairies et en terres labourables , 00 arrosables : cinquante-six familles ])euvent 3- être installées ; trente concessions ont été accordées, et huit colons ont déjà bâti ; — Frouda, 1 ,013 hectares, dont 500 cultivables : trente et une familles à histaller.

Les constructions arabes de la subdivision consistent en (piatre villages: El-Djcmnà, chez les Ouled-Ali, créé en 18 i7, au confluent du Bou-Tliareg et du ïlélat supérieur possède, sur le l)lateau , une maison de commandement qui a coûté douze mille francs, et un important marché; le K'sar (18i-7) , sur la chaîne qui borne , au sud , la plaine de la l\riéta , avec une maison (1(^ l'aglia, d'une valeur de trente mille francs ; Bon-Djehad ( 1 85 1 ), surin route du Sig : belle foret d'oliviers, quatorze maisons terminées, cinq en construction, belle maison de l'ancien caïd de la tribu , Si-Mustapha-ben-Brahim ; Midcif-Abd-el-K adar (1819), dix-huit maisons bâtie > à l'européenne par les employés

(lu bureau arab^ (jui les haljitent : iOO arbres fruitiers , moulin eu construction; — dix hameaux: Si-Bcllia (l8oi), quatre maisons avec vastes cours; Guendil, résidence de quatre des principales familles des Hazedj ; Aïn-Kebira, entre la vallée du Tlélat et la plaine d(^ ]\I"léta , trois maisons recouvertes en tuiles ; ciufj hameaux des Ouled-Ali , de trois maisons chacun , savoir en allant sur Oran : Am-lnibrc, Aïn-Sfisef, yi'/-j1MTf/m(18i-7), Djetian Mesquin (i8i-9) et Tlélal ; El-Eusiane, entre les vallées du Tlélat et delà ]Mekerra, quatre maisons habitées par les priucii)ales familles des Maadja ; Aïn-Kchiro, chez les Cheurfa, cinq maisons , beaux jardins ; — deux villag'es composés de g-ourbis : Gui'lnd (le SifJi-Ann'ane , trente gourbis près de Bel-Abbès ; Guëlna (les Oulcd-Sidi-AJi-ben-Voub, à huit lieues en amont, dans la vallée de El-Hannnam , ving-t-cinq g"oui'bis ; près de là est une vaste miison dî cjmmindsmBnt qui peut contenir une compagnie d'infanterie et un peloton de cavalerie ; elle g-arde un des principaux débouchés du sud, communique à l'aide de feux à la smalah des spahis, et a coûté ving-t-cinq mille francs; — huit fermes, dont Tune d'elles ;\ Sfîsef, possède un bassin d'arrosag'c de douze mètres de chaque côté ; — une Ijelle auberge construite par l'ag-ha des Beni-Amer, en face du village de Mekedra ; — enfin dix-neuf maisons bâties en ville , parmi lesquelles on citi^ celles de l'agha Ould-Zin, de Tagha Mohamed ben Ismaël, et deux maisons de caïds (l).

Le moment est d'ailleurs parfaitement choisi pour jirocédtH* à l'extension de la colonisation , les essais du passé permettant de fixer la valeur de la terre et d'éviter les quelques écueils insé})arables d une création, alors que les innneubles prennent de la valeur , font l'objet de fréquents échanges et que la })ropriété se constitue sur des bases solides.

Cette extension s'im])ose aussi par l'affluence des demandes de concession, et le succès des centres, dont on prépare l'orga-. nisation , paraît assuré dès maintenant.

A la lin de l'année, (piarante-cinq familles allemandes sont

(I; Tableau de la situation Jes elalilissemeiits liaiii,-iis en Algérie.

envoyées pour être placées autour de Bel-Abbès ; cette population pauvre , mais laliorieuse , donne un mouvement très-favorable à la colonisation.

Les dispositions qui nous intéressent ne manquent pas alors, et nous ne saurions omettre d'inscrire : le décret du 20 janvier, qui crée une compagnie de milice de cent hommes et une section de pompiers rattachée , pour l'action disciplinaire , a la compagnie d'infanterie ; l'arrêté du Gouverneur général du 17 mars, qui détermine la perception en argent des droits de place et de mesurage à laquelle donneront lieu les marchés quotidiens ou hebdomadaires actuellement établis dans cette ville ; l'arrêté du Ministre de la guerre du 29 juillet, qui forme une corporation , sous la surveillance d'un amin , de la population indigène flottante ; l'arrêté du Gouverneur général du

6 septembre , qui rend applicables à Bel-Abbès les dispositions de l'arrêté du 28 juillet 1812, en ce qui concerne la perception des droits de marque sur les animaux abattus ; l'arrêté du Ministre de la guerre du 5 décembre , qui comprend Bel-Abbès et fa banlieue parmi les circonscriptions médicales des territoires livrés à la colonisation européenne en Algérie , et le décret du

7 décembre, qui crée à Bel-Abbès une justice de paix ressortissant au tribunal civil d'Oran , avec la compétence et les attributions déterminées par l'arrêté du 12 décembre 1843, et dont le ressort renferme tout le territoire mentionné dans le décret du 2(> mars 1852.

Dans le courant de l'année 18')i- h colonisation s'augmente du centre de Ben-Youb ; l'on projette l'établissement du régime municipal ; l'hôpital, précédemment établi dans les écuries, est transporté dans un des corps de caserne de cavalerie nouvellement construits, et en attendant qu'une église soit édifiée, on affecte au service du culte, après autorisation, une des écuries du même quartier, à l'entrée duquel on installe la prison civile.

La subdivision occupe les bâtiments du bureau ai'abe ; le commandant de place, le trésorier et les services du campement et des lits militaires habitent des maisons prises à loyer.

Les services publics sont aussi l'objet de décisions importan-

tes que nous enregistrons suivant leur ordre de dates : nomination d'un huissier, 25 janvier; création d'un vicariat, 18 février ; nomination d'un juge de paix et d'un médecin, 20 février ; nomination du greffier de la justice de paix , 22 avril ; établissement d'un office de notaire dans la même circonscription judiciaire, et nomination du titulaire, 8 juillet; nomination du suppléant du juge de paix, 18 juillet, place créée par le décret du 7 décembre 1 8i')3 ; installation de l'administration des forets , 2 novembre ; extension , telle qu'elle est déterminée ])ar l'article 2 du décret du 19 août I8oi , de la compétence du juge de paix, \'6 novembre.

La culture se fait sur une assez grande échelle et donne de beaux résultats avec les céréales , les légumes des jardins et les produits irrigués.

Les émig'rants allemands de Sidi-Khaled et de Sidi-L'Hnssen , soutenus et encouragés par IWdministration , subviendront bientôt seuls h leurs moyens d'existence. Sidi-Brahim possède une vingtaine de maisons bien construites.

Mais 1(^ princiinil mérite revient aux colons français qui , à l'aide de petits capitaux , créent des établissements sérieux , en élevant à trente le nombre des fermes détachées , bien exploitées , dont le chiffre n'était que de douze en 1 8o3.

Le commerce a déjk une certaine importance avec l'exportation des céréales et des farines qui , produites par cinq moulins, vont toutes à Oran et de là en partie en France.

La ville possède quelques beaux magasins de quincaillerie et de nouveautés , une distillerie , une brasserie dont la bière e.st excellente.

En 1855 les irrigations de Bel-Abbèset de Sidi-Brahim sont réglementées par des arrêtés ])rovisoires , en attendant les décisions qui doivent tout régulariser, à la suite du projet de distribution des eaux de la Mekerra , en ce moment ;\ l'étude.

On constate dans notre ville 1 53 naissances , 2i- mariages et 200 décès ; tu tenant compte des naissalices, des morts, des arrivée^* et des départs , le gain pour cette colonie est de 1 , i07 individus.

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