LÉGENDE
Broussailles d Palmiers
ce vaste terrltoîre clans un état (ral)anclon que nous aurions de la peine à décrire , si ce que nous voyons encore à une certaine» distance de nous , ne nous donnait une idée très-exacte du passé.
Depuis l'occupation romaine, attestée par des ruines nombreuses, l'incurie et l'insouciance des habitants de cette contrée l'avaient placée dans un état de délaissement tel que l'action de la nature elle-même était impuissante à produire un effet utile quelconque devant certaines pratiques très-nuisibles au développement des plantes.
L'oued Mekerra, abandonné à lui-même, avait son cours arrêté , en divers endroits , par la chute de quelques arbres formant autant de barrag-es naturels , et avec la reproduction des mêmes faits revenant d'une façon périodique, cette rivière était devenue tro}) étroite pour renfermer ses eaux , soit en hiver, où le plus petit cours d'eau de\ieiit un torrent , soit à l'époque des crues très-fréquentes de ce côté.
Aussi un vaste marais s'était-il primitivement formé dans toutes les parties basses , peu éloig-nées du maraljout de Sidi-Bel- Abbès, constituant un véritable foyer pestilentiel, abrité par des herbes hautes, et rendant insahibre une certaine étendue des environs. Les mêmes faits, pour les mêmes raisons, s'étaient reproduits dans l'ensemble du territoire , chaque fois qu'un cours d'eau , si faible qu'il fut , permettait l'enchaînement des phénomènes naturels que nous venons d'esquisser (I).
De toutes parts , le palmier nain s'était vigoureusement emparé du sol et y rég'uait en maître absolu , si ce n'est dans les
cédés en fcrmos de 50, 50, GO et 99 liuclarcs.
Au Khomis (Tcss:ilalO, 2,000 lierlaies attribués à MM. Abdallah (i9 lu-ct.}, Voiiu'll('(l.">0 licct.i, NaboMiie ('2rK) bect.), Estébe Ci">0 l'CclO. l'écuyis fiOO bert.,), I'. Abram (t,(MK) lieit.j
Aux Ouled-Ali, MM. Chaise-Martin ("nioulin) , fiodet , Sarda, Itordenave, Oonneux, Manefiat, Léoni, Calmels, on tout 108 hectares divises en fermes de l'2 à V.t het lares.
A Zelifa, MM. Giienout, Dess^arnicrs, Veuve Iteys, Armand, Second, .\biJer-llazza};, Vellard, Harbut, Vausiee, Veuve Rideiki, firiK lie. tares', par lots de '2."> a iC» liectaies.
A Sidi-Ali-I!en-Vi)ub, MM. Ucibin, Martini, lîennal, l'errin, Clauzel, Itidal, .Maillard, Hamas, Viiilleiniel, lUdinard, Meynier, Surel, 'lerlrais, Vuillemin, Colin, «irnella, Siirrel, Itauiiy, l'oni.sul, Uuussillon, Cnurml, lilanc et Malberun (lAM lu'cl.;, Amios, .MegroJ, (l,GÔO beclaresi, concèdes en lois de '2."), .Ml et iî'.t hectares.
A Sidi-l!raliini, la grande exploitation de .M. Illeu/.e.
(i; Voir 1,1 c;irte de Ilel-Abbes en IH'i.-..
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endroits où les indig'ènos mettaient cliaqne année le fen , comme un moyen économique^ , mais imprévoyant, de procurer à leurs bestiaux une herbe nouvelle au printemps.
La disparition successive des forêts, l'occupation du sol par des broussailles , d'autant plus basses que les dents des chèvres nuisaient sans cesse h leur développement, et une sécheresse devenant de plus en plus g-rande avec un climat fort chaud , étaient les résultats d"une semblable incurie.
Au milieu de ce paysage et contre le marais, un camp français , où nos soldats seuls montrent que notre nation entreprend une œuvre dans le nord de l'Afrique, et sur le reste du territoire , de loin en loin , quelques douars , véritaljles agglo mérations de tentes , réunies entre elles par des branches de jujubiers sauvages, de manière à former un cercle servant la nuit de refuge aux bestiaux.
C'est là que vit, non pas le possesseur du terrain , mais bien le simple occupant ; car , sans cesse en lutte avec le voisin et poussé par la nécessité d'abandonner le lieu de campement dès qu'il renferme un excès de matières nuisibles, ses déplacements sont fréquents.
Pour relier ces diverses populations il n'existe aucune voie de connnunication , mais de simples pistes tracées par le pied de Ihomme ou celui de la bête de somma , en se détournant de la moindre petite broussaille et en allongeant considérablement les distances , dont l'indigène ne tient aucun compte, le temps a3ant peu de valeur chez ce peuple nomade , haljitué à une vie de repos et dont le khammès seul est chargé des travaux que réclame la culture la plus élémentaire.
Les oueds , privés de pont , ne se passent qu'au gué , et si l'eau devient trop forte il n'est plus possible de se porter d'ime rive à l'autre .
La production se borne aux céréales nécessaires à l'alimentation , blé dur et orge, et lorsque la richesse naturelle du sol et l'influence favorable du climat donnent une bonne récolte , l'excédant est mis dans des silos pour les années de pénurie ; ajoutons le lait de la brebis et surtout de la chèvre , quelques
citrouilles , un peu de maïs , de beclma et de tabac dans les coins de terre où l'eau arrive facilement en été , de loin en loin un certain nombre de figuiers de Barbarie , et nous pourrons nous représenter ce qu'était alors l'agriculture locale.
Les animaux de toutes espèces, à l'exception du cheval, privés de tout soin d'une nature particulière et des abris indispensables sous ce climat , sont tenus de chercher eux-mêmes une maigre nourriture.
En fait d'instruments aratoires, une simple charrue, des plus grossières et primitives, attelée d'une façon bizarre et égratignantàpeinele sol dans le parcours de sillons très-courts, qui forment autant de figures variées que l'exigent les détours destinés à éviter les palmiers et les broussailles.
L'indigène ne produisant que pour son alimentation , nous ne retrouvons pas ici de commerce à proprement dire , mais bien quelques échanges avec les tribus du littoral , a^-ant pour bases d'un côté l'excédant des céréales et de l'autre quelques objets de première nécessité laissés sur la côte par les peuples qui entretiennent des relations commerciales avec la Régence d'Alger.
L'industrie n'existe pas dans le sens propre du mot, car elle ne comprend que la fabrication de quelques grossiers ustensiles de ménage et la confection , dévolue exclusivement aux femmes , des tentes en laine et bourres de palmier , et des vêtements de laine pour la famille.
Dans des conditions semblables, qui n'empruntent rien à l'exagération , il est aisé de se rendre compte de l'état général du pays à cette époque , et des ravagées que la maladie faisait parfois chez une population dont les mœurs avaient déjà produit un état morbide chronique.
Avec cela , aucun lien social , aucune prévoyance , aucune tentative possible d'amélioration , par la raison que les Turcs ont intérêt à favoriser cet état de choses pour faire rentrer plus facilement l'impôt , en s'appuj'ant sur cet affaiblissement moral et physique de l'individu , en même temps que sur la division et les rivalités des tribus.
Mais en 1 857 l'aspect général est bien changé , et le pays
s'est complètement modifié , sous l'action bienfaisante de notre œuvre s'appliquant sans relâche pendant seize années à cette contrée que nous avions trouvée insalubre et dépourvue de toute ressource.
La tâche accomplie est d'autant plus belle , constatons-le encore une fois, qu'elle fut entourée au début de nombreux obstacles.
Le commencement fut tout entier employé à installer nos troupes, qui, bientôt à l'aide de plusieurs canaux, et grâce à des efforts dévoués , facilitèrent l'écoulement des eaux et firent disparaître les causes d'insalubrité en même temps que le marais dont nous avons parlé , auquel ils substituèrent une belle pépinière couverte d'arbres de toutes les essences.
Déjà en 1 81-9 les intervalles compris entre les fossés d'assainissement sont cultivés en jardins , les canaux d'irrigation sont régularisés , et , d'année en année , ces bienfaits s'étendent pour enfermer la ville dans un véritable bouquet de verdure.
Et si les colons ont hésité un moment , indécis sur les résultats qu'obtiendront leurs essais, on voit cependant, partout où ils se trouvent , la broussaille et le palmier nain disparaître , sous l'action du défricheur, chaque fois que le sol doit être soumis à la culture. Ce sont là les premiers pas des agriculteurs , nettement définis dès le point de départ , car ils permettent de compter plus de six cents hectares cultivés en 1857.
Le camp a fait place à une ville naissante , déjà pourvue des édifices les plus indispensables , et mise à l'abri de touie tentative du dehors. Tout autour , des villages se substituent aux douars , et donnent une vie nouvelle aux terres qui les environnent.
Sans que les voies de communications soient encore nombreuses , les grandes artères reliant Bel-Abbès aux centres éloignés sont ouvertes et donnent une certaine sécurité au paj's ; il en est de même des premiers chemins d'exploitation entrepris au fur et à mesure de l'installation des colons , et de quelques chemins vicinaux donnant accès aux villag'es déjà organisés ou en voie de création. Quelques ponts sur la Mekerra et sur les
autres cours d'eau évitent désormais toute interruption de la circulation.
Une population toute européenne s'implante peu à peu dans le pays , bien déterminée à produire et à faire œuvre réelle de colonisation , et sa marche en avant ne se ralentit pas , com me nous le montre le tableau placé au second livre de cette étude.
Daprès les divers arrêtés du Gouverneur général fixant le chiffre de la population de la colonie nous voyons que les habitants européens de Bel-Abbès s'élèvent à 51 G en 1849, à 855 en 1850, à 1,234 en 1851 , à 1,728 en 1852, à 2,177 en 1853, à 2,585 en 1854, à 3,315 en 1855, à 3,968 en 1856, et à 4,334 en 1857 , suivant constamment une marche ascendante, provenant surtout de l'installation des nouveaux immigrants.
Les constructions s'élèvent rapidement, d'abord en ville, puis sur les concessions mêmes dès que l'autorisation en est accordée , pendant que les maraîchers s'établissent autour de la ville et que la confiance est telle que, dès l'année 1854, de nombreuses soumissions sont faites pour construire dans la deuxième zone des servitudes militaires , avec l'obligation de détruire , sans indemnité, dans les cas prévus par les règlements.
La culture se borne à l'introduction de quelques semences inconnues dans la contrée , et notamment du blé tendre , au défrichement du sol , à la plantation d'arbres fruitiers , et à certains soins donnés aux bêtes achetées maigres aux indigènes , en vue d'en tirer profit en les livrant à la consommation une fois mises en bon état.
Mais avec nos charrues de la métropole , la terre , fortement attaquée , donne , dès les premières récoltes , les plus belles promesses pour l'avenir, et, dès l'année 1854, différentes primes , dont quelques-unes s'appliquent aux irrig-ations et aux plantations d'oliviers, sont accordées à nos cultivateurs.
Leurs produits ont aussi une bonne place à l'Exposition de Paris en 1855, préparée chez nous par les soins d'une souscommission instituée par arrêté du Gouverneur général du 3 août 1 854 , et composée de MM. le colonel commandant la sub-
division , le commandant de place , le chef du génie , le chef du bureau arabe, Rebhun, directeur de la pépinière, Jaclot, industriel, Lacretelle, Ravaud, Marini, Boulet, notables agriculteurs, Abd-el-Kader-ould-Zin, aglia, et Mustapba-ben-Brahim, kalifat.
Le commerce est encore peu développé et ne comprend que les objets de première nécessité , ainsi que les produits du sol ; le marclié arabe est toutefois très-fréquenté et donne lieu à des échanges très-suivis entre les indigènes et les européens. ■ Quant à l'industrie , elle a surtout en vue la consommation , avec les premiers moulins à eau, un moulin à vent, une brasserie et une fabrique de pâtes alimentaires ; elle compte également une tuilerie et les ouvriers d'art nécessaires aux constructions.
Mais les bienfaits inhérents à l'organisation de tout peuple civilisé se font déjà sentir dans la contrée , et les indigènes ne seront pas les derniers à en profiter.
L'Administration régulière est installée, et les différents services publics se créent chaque fois que les intérêts du paj's l'exigent. La sécurité, le travail et la possibilité de porter remède à certaines difficultés , qui résultent notamment du milieu où l'on agit et du climat , sont les conséquences heureuses de cet état de choses.