CHA.P1TRE III
ACHEVEMENT DES TlîAVAUX MILITAIRES. — ADMINISTRATION CIVILE. — EVENEMENTS MALHEUREUX. PROGRÈS DIVERS
Résumé des principaux faits qui intéressent l'Algérie de 1858 a 1867
Pendant ces dix années , la colonie est soumise à une série d'épreuves de nature h ralentir un moment son développement, sans l'abattre toutefois ; sa haute administration subit aussi un changement complet, et des essais sont tentés d'un nouveau mode de colonisation et d'attribution des terres.
Fidèle à notre manière de procéder, et n'ayant que pou de lignes à consacrer à ce résumé indispensable à la cohé.<ion qui doit exister entre les événements qui intéressent la colonie en général et ceux plus particuliers à notre centre , nous donnerons d'abord la simple nomenclature des faits militaires de cette époque : tentative de soulèvement dans l'Aurès et dans la Kabylie (août 18oïi); occupation d"El-Miliah (30 novembre); défaite de Si-Saddok (13 janvier l8o9) ; insurrection des Angad et des Maïa (août); campagne des Beni-Snassen : camp de rOued-Kiss (20 octobre), combat d'Ain-Taforalt, soumission
des Beni-Snassen , châtiment des Angad et des Maïa (novembre) ; rébellion et répression des tribus du Hodna' (mars 1860) ; soulèvement des Ouled-Sidi-Cheikh (mars 1864) : massacre du camp de Bou-Allem , mort du colonel Beauprêtre et de Si-Sliman (8 avril), déroute de Aïn-Legta (26 avril), défaite de Si-Mohammed-ben-Hamza, à Chabet-el-Almar (13 mai), entrée dans Stitten (14 mai), soulèvement des Flitta avec Si-Lazreg à leur tête , qui brûle le caravansérail de la Raouïa (24 mai) , pille et détruit Ammi-Moussa (27 mai) ; prise d'El-Gricha (2 juin), destruction d'El-Mâia (4 juin), défaite et mort de Si- Lazreg à Dar-ben- Abdallah , fin de la campagne (27 juin).
L'administration générale du pays est , de son côté , l'objet de modifications provoquées par l'application de systèmes nouveaux , dont les principaux résultats peuvent se résumer ainsi : décret du 24 juin 1 858 , créant un ministère de l'Algérie et des colonies; suppression, le 31 août, du Gouvernement général, mais nomination d'un commandant supérieur des forces de terre et de mer ayant une certaine part dans l'administration du pays ; remaniement de l'organisation administrative ; création des Conseils g-énéraux et du Conseil supérieur (octobre); constitution des tribunaux civils musulmans (décembre 1859); institution du Crédit foncier, réorganisation du service des Postes , législation commerciale ; conflits de chaque jour entre les autorités civiles et militaires, séjour de l'Empereur à Alger (17 septembre 1860), suppression du Ministère spécial et rétablissement du Gouverneur général (24 novembre); vive polémique à la suite de la déclaration du 6 février 1863, portant que l'Algérie est un ro3^aume arabe ; sénatus-consultf du 22 avril sur la constitutioa de la propriété eu territoire indig'ène ; décret du 7 juillet 186i- qui confie à l'autorité militaire seule l'administration de la colonie et lui subordonne l'autorité civile; nouvelle visite de l'Empereur en Algérie (3 mai 1865), et, à la suite de ce voyage, difi'érentes mesures s' appliquant à l'état des personnes et à la naturalisation (décret du 1 4 juillet 1 865), à la délimitation d'une zone de colonisation (21 mai 1866), à la marine marchande (8 juin), à la création d'une Société générale algérienne (15
octobre) , àrorg-anisation de la justice musulmane (3 décembre), à l'institution du régime communal (26 décembre) , à la création enfin d'un archevêché et de deux évêchés (9 janvier 1867).
C'est aussi pendant ce temps que l'on adopte, comme moyen de colonisation , le mode d'aliénation des terres à prix fixe , aux enchères ou de gré à gré , suivant les circonstances dans lesquelles la vente doit se produire.
Mais ce nouveau système , fort simple puisqu'il désintéresse l'Etat en laissant une grande part à l'initiative privée , ne donna pas alors les résultats que l'on en espérait , et , en présence des achats de terre relativement restreints , l'Administration se vit dans l'obligation , pour ne pas entraver le mouvement d'immigration ou pour créer de nouveaux villages, d'accorder de nombreuses concessions g'ratuites qui , en principe , n'avaient été tolérées que pour être utilisées exceptionnellement.
Cependant, en présence du sénatus-consulte du 22 avril 1 863 , ayant pour but de permettre aux européens l'acquisition des terrains indigènes , la concession gratuite fut complètement supprimée par le décret du 3 1 décembre 1 864 , qui prescrivit la vente à prix fixe et à bureau ouvert , avec paiement en cinq annuités, comme seul mode à adopter dans l'aliénation des terres.
En somme, nous constatons un temps d'arrêt résultant tout à la fois de l'application de systèmes d'administration variés, d'insurrections sérieuses, d'une invasion considérable de sauterelles et de fléaux de toutes sortes : tremblements de terre, choléra, sécheresse persistante, famine, typhus, qui soumirent la colonie à de dures épreuves dont elle se ressentit quelque temps.
Historique de Bel-Abbès.
A Bel-Abbès les importants travaux qui sont dus au Génie et à l'administration militaire sont ou terminés ou en voie d'achèvement. La création étant faite, l'organisation exécutée, les services publics successivement installés , c'est à ces derniers qu'incombe la tâche de continuer ce qui a été si bien conduit dans le passé.
Le service du Génie pourra encore creuser des puits dans certains endroits , poursuivre différents embellissements ; mais ses efforts se concentreront , d'une façon plus particulière, sur les bâtiments militaires, tandis que son concours à l'œuvre de colonisation sera reporté sur des territoires où l'élément civil ne saurait encore avoir d'action directe , en raison de l'état g'énéral du pays. Ce n'est pas un désintéressement de sa part, mais bien un simple déplacement du champ de son activité , qu'il exercera plus loin , après avoir remis ce qui existe entre les mains du service des Ponts et Chaussées.
Travaux publics. — Casernement. — Ecoles. — Magnanerie. — Théâtre. — Barrage. — Voies de communication.
Les grandes dépenses occasionnées par la création de Bel- Abbès étant terminées en quelque sorte , il ne reste pendant ces deux dernières périodes , qu'à pourvoir aux exigences natu-
relies d'une colonisation , hier naissante mais dont l'importance grandit chaque jour.
Dans ces conditions on comprend vite que les principales préoccupations de cette époque consistent à améliorer nos voies de communication , sans lesquelles tout le monde se plait à reconnaître qu'il n'y a pas de progrès possible.
C'est dans cet esprit qu'en 1 858 un vaste classement est soumis au Conseil général , récemment créé , ce qui nous permet de relever les propositions suivantes qui nous concernent : 1 "^ la route d'Oran à Bel-Abbès , devenant une route provinciale , doit être remise aux Ponts et Chaussées, dès que le personnel en sera augmenté ; d'après les renseignements fournis par le Génie auquel elle est actuellement confiée , une somme de 150,000 francs est suffisante pour la terminer ; 2** les chemins de grande communication de Tlemcen et de Mascara h Bel-Abbès, non encore ouverts si ce n'est aux abords de ces trois villes , mais dont on prévoit l'importance , sont abandonnés en entier aux Ponts et Chaussées ; 3° celui de Bel-Abbès h Daya doit être conservé au Génie pendant longtemps encore.
Au mois de septembre un nivellement est exécuté sur la route d'Oran , du Tlélat à Bel-Abbès , et , fait curieux à enregistrer en vue d'une comparaison ultérieure, les observations des Ponts et Chaussées , pratiquées pendant neuf mois sur les quatorze kilomètres confiés à ce service, portent le nombre des colliers qui circulent sur cette voie de communication à 147,20, se répartissant en 14 colliers 70 s'appli(|uant aux voitures de roulage, 35,80 à celles d'agriculture , 7 à celles de marchandises , G2,20 îi celles de voyageurs, et 3,5 à celles de particuliers.
Quant aux bâtiments publics , l'assemblée provinciale prévoit aussi la nécessité de construire une prison, estimée 90,000 francs , et un commissariat civil dont les devis se montent à 80,000 francs. Les bureaux de cette administration sont en effet logés dans une maison particulière , ;i défaut d'hôtel spécial, ce qui motive l'inscription d'un crédit annuel au budget , tandis que la commune paie cinq cents francs pour la partie de cet immeuble affectée au service de la police.
Le commandant supérieur habite déjà le bâtiment édifié en ville pour le bureau arabe qu'il n'abandonnera plus dans la suite , laissant ce dernier s'installer , à son tour , dans un immeuble situé en dehors du mur d'enceinte et dans la première zone des servitudes militaires.
A défaut de réparations extérieures que cette construction ne peut recevoir à cause de sa situation , il est question de la mettre intérieurement en état de conserver son affectation pendant plusieurs années encore.
Ajoutons que l'hôpital militaire est achevé cette même année, avec ses enduits, ses puits, les cuisines et le mur de clôture.
Pendant les années qui suivent nous trouvons beaucoup moins de travaux publics à signaler ou de mesures nouvelles à inscrire concernant cette branche de prospérité , les principaux efforts tendant surtout à réaliser les entretiens nécessaires pour conserver ce qui existe et dont nous n'avons pas à nous occuper autrement.
Toutefois, pour tenir compte de l'état de la colonisation locale, qui exige que Ton ne s'occupe plus uniquement que des grandes artères, la commune de Bel-Abbès fait approuver, par arrêté du 1 6 avril 1 859, le classement des six chemins vicinaux d' Aïn- Sofra, du Sig, d'Hadjar-Zerga, de Frouda, de Sidi-Braliim par Muley-Abd-el-Kader , et de ceinture , autour de la ville.
Dans l'impossibilité , pour le moment , de donner suite aux projets de l'année précédente , le département loue , à partir du 1" mai, un immeuble dans lequel il installe la prison civile de notre centre, tandis que, le 27 août, le conseil municipal vote une somme de sept mille francs pour la construction d'une magnanerie de 25 onces, et d'une filature de 10 bassines, et que, quelque temps après, le Conseil général met à sa disposition trois mille francs à la condition qu'ils serviront exclusivement à cette construction et non aux frais d'une régie directe par la commune.
Le service du Génie termine leségouts de l'hôpital, installe les bains et la buanderie , fait certains nivellements , puis réunit , par une grille, les pavillons d'entrée qu'il vient d'achever.
Il complète encore les écuries du quartier de cavalerie, et établit le mur de clôture qui se trouve à F ouest du quartier d'infanterie dont il fait le soubassement du bâtiment C.
Pendant l'année 1 860 la municipalité traite avec la maison Pochet pour l'éclairag-e de la ville à un prix déterminé par bec et par heure , la fourniture de tout le matériel devant être faite gratuitement , et le 3 1 mai le Conseil approuve les conclusions du rapport d'une commission qui nous permet de nous faire une idée de l'état des bâtiments affectés alors aux écoles communales.
A Sidi-Brahim Técole est installée dans l'immeuble qui a servi autrefois aux officiers chargés de la garde du camp des transportés ; elle y est déjà à l'étroit , et il est surtout nécessaire d'agrandir le logement de l'institutrice au moyen de la partie du même bâtiment affectée à l'habitation du desservant.
L'exiguïté du local où se tient l'école mixte de Sidi-L'Hasseu, par suite du grand nombre des élèves et de l'âge des enfants des deux sexes qui la fréquentent, impose l'obligation de créer sans retard une école spéciale des filles.
Pour des raisons d'hygiène , et pour faire participer un plus grand nombre d'enfants aux bienfiiits de l'instruction , il est également question d'agrandir rétablissement scolaire des frères , tandis que les religieuses trinitaires pourront occuper , avant la fin de l'année , l'édifice spécial que leur fait construire la commune moj'ennant 70,000 francs.
Dès cette môme année la nécessité d'assurer le peuplement par d'importants travaux appliqués à l'irrigation, en vue d'augmenter les terres arrosables à délivrer aux colons , se fait vivement sentir et provoque l'étude , soumise à l'examen du Préfet, d'un barrage à créer à Tabia qui, d'après les Ponts et Chaussées , offre un emplacement d'une convenance toute exceptionnelle.
Le projet d'une prison civile à Bel-Abbès est toujours l'objet d'une sérieuse attention , et le plan en est adopté avec l'idée d'écarter de cette constraction toute dépense d'ornementation , l'air dans les préaux et les chambrées étant considéré comme la chose la plus utile dans ces établissements.
Sont également approuvés les avant-projets des chemins de grande communication de Bel-Abbès à Mascara et à Tlerncen , où des travaux sont exécutés sur les points difficiles des parties fréquentées , ainsi qu'un plan de redressement de la route d'Oran entre les bornes 54 et 58.
Après avoir opéré la délimitation et le bornage des terrains des tribus cantonnées des Ouled-Ali, l'Administration fait creuser des puits dans la plaine de Melghet, entièrement privée d'eau dans le passé , à Mader-Ouled-N'Hari , où l'on peut désormais utiliser de vastes pâturages , perdus précédemment par suite de l'éloignement des eaux pour abreuver les troupeaux, enfin à Ouergla cliez les Ouled-Balagh.
On couvre aussi la caserne en construction , et l'on y pose les planchers , en affectant à ces dépenses une somme de 175,000 francs , pendant que les membres de la commission du cercle font remise au Génie de cet établissement.
Enregistrons encore , en 1 861 , la transformation du caravansérail de Ben-Youb en succursale du pénitencier de Bou- Kanéfîs , la reconstruction , sur la Mekerra , des ponts en pierre de Bel-Abbès et de Sidi-L'Hassen pour faciliter et embellir l'accès de ces deux centres , la continuation du réseau d'irrigation entrepris les années précédentes , la construction d'un magasin aux combustibles à l'hôpital , l'édification du deuxième corps du bâtiment G du quartier d'infanterie, et;, en 1862, l'ouverture du chemin de Bel-Abbès à Tlemcen , suivant son tracé définitif, sur la plus grande partie de son parcours, au moyen d'un débroussaillement et de quelques terrassements , l'achèvement d'une écurie au quartier de cavalerie, l'installation du pavillon d'entrée , des cuisines , des puits et lavoirs du quartier d'infanterie , et , sur les fonds des centimes additionnels à l'impôt arabe , la séparation du logement du poste de gendarmerie des Ouled-Ali de celui de la remonte , la réparation de la maison des Hôtes, et l'exhaussement des murs des pénitenciers indigènes.
En 1863 la route d'Oran est à l'état d'entretien sur tout son parcours , et n'exige plus que quelques gTOSses réparations ;
cent mille francs sont nécessaires pour l'achever, et alors soixante-dix mille francs suffiront à l'entretenir.
Les chemins de Bel-Abbès à Tlemcen et à Mascara demandent chacun un million de francs pour leur achèvement , et quarante cinq mille francs pour leur entretien. On estime aussi à huit cent mille francs les travaux nécessaires pour faire la route de Daya et à trente-cinq mille francs son entretien annuel.
Le barrage réservoir de Tabia est commencé avec les crédits alloués, et l'on espère l'achever avant le mois de mai de l'année suivante.
Au quartier d'infanterie on entreprend le pavillon de l'horloge avec quelques bâtiments accessoires , et l'on construit la caserne sud jusqu'au deuxième étag'e ainsi qu'un magasin à fourrage au quartier de cavalerie.
Cependant en ISGi le chemin de Bel-Abbès à Mascara est ouvert par de simples travaux de campagne , conformément au vœu exprimé par le Conseil général , ce qui le rend praticable aux voitures au moins pendant la belle saison.
On construit une fontaine à la djemâa des Ouled-Ali, un bassin pour verser les eaux d'Aïn-Mora chez les Hazedj , un abreuvoir à Ben-Youb, et l'on creuse différents puits à Si- Hamza et à Aïn-Charia, chez lesOuled-Brahim, à Bou-Douar dans la plaine des Hamj^an , et enfin à Si-el-Gharbi.
La construction des bâtiments militaires, commencée Tannée précédente, se poursuit actuellement, et le dallage est entrepris à l'hôpital.
En 1 8G5 il devient urgent de réparer les parties du chemin de Bel-Abbès à Daya laissées sans entretien depuis le commencement de l'insurrection , par suite du défaut de la main-d"œuvre militaire , et une somme de vingt-cinq mfile francs serait affectée à ces travaux si , d'après un avis du commandant supérieur du Génie en Algérie , un nouveau tracé n'était à l'étude en ce moment, ce qui implique l'obligation de réduire ce crédit à cinq mille francs seulement.
Les sommes dépensées sur la route d'Oran à Bel-Abbès s'élèvent chaque année davantage , indiquant par cela même lac-
croissement du mouvement commercial et Timportance de cette contrée. En voici le relevé pour cette période : en 1859, 73,000 francs; en 18G0, 05,000 francs; en 1801, 225,000 francs ; en 1862, 60,000 francs; en 1863, 90,000 francs ; en 1864, 70,000 francs ; cette année, 117,000 francs, tandis que l'on y dépensera 1 10,000 francs l'année prochaine , et 100,000 francs en 1867.
Le service du Génie fait remise à celui des Ponts et Chaussées des chemins de Ben-Youb et du Tessalah , ainsi que des villages de Sidi-Khaled , de Bou-Kanéfis et de Ben-Youb.
La caserne de cavalerie , commencée dans ces dernières années , est achevée , on continue les travaux entrepris au quartier d'infanterie , on construit une étable et un mur pour séparer le logement du dh'ecteur de la cour des détenus au pénitencier de Bou-Kanéfis , et on creuse un puits au lieu dit le Grand-Ravin , sur la route de Daya.
En ce qui concerne les constructions civiles , la commune de Bel-Abbès se voit dans l'obligation , pour ne pas permettre à l'enseignement de subir une interruption , de faire l'acquisition d'une maison destinée aux frères , et dont les frais d'achat , d'acte et de travaux d'appropriation se montent à 31 ,000 fr.
Cette nécessité provient de ce que le bail du local actuellement occupé par cette école expire à courte échéance, alors que les lots demandés à l'Administration supérieure , pour y construire un bâtiment neuf, n'ont pas encore été accordés , bien que cette proposition ait été l'objet d'un accueil favorable de la part du Préfet.
A côté des œuvres utiles la municipalité sait aussi sacrifier à l'agréable , lorsque la population fortement agglomérée en cet endroit l'exige ; c'est ainsi que , sur la proposition de M. Bazin , directeur de l'ancienne salle de spectacles , placée précisément 011 se trouve le Trésor en ce moment , le Conseil municipal décide, dans sa séance du 8 juillet, la création d'un théâtre provisoire , pour ne pas aborder des proportions trop vastes.
L'ouverture des routes de Tlemcen et de Mascara à Bel- Abbès doit avoir , en effet , pour conséquence un accroissement
notable de la population de notre ville , et le gouvernement paraît désireux de faire de Bel-Abbès le centre d'une forte colonne mobile, qui augmentera, dans une certaine proportion , les habitués du théâtre , de sorte qu'il est à peu près impossible de déterminer , même approximativement , le nombre de places que devrait contenir un théâtre définitif, dont le prix s'élèverait environ à cent mille francs , somme que la commune ne peut dépenser qu'en plusieurs annuités.
Le provisoire , au contraire , servira aisément quinze à vingt années , et lorsqu'il y aura lieu de le remplacer par une salle définitive, le capital restreint, ainsi utilisé, se trouvera amorti par la somme d'agréments que le public en aura retirée.
Le 1 5 novembre suivant , les plans et devis , préparés par l'architecte en chef des Bâtiments Civils, sont approuvés par le Conseil avec cette seule modification que le théâtre sera reculé de trois mètres de l'alignement de la rue de Mascara , pour permettre, avec les trois autres mètres obtenus en abattant le périst^'le , si cela était nécessaire , la construction à peu de frais d'un foyer et de diverses autres dépendances.
La dépense est évaluée à 23, 1 00 francs , et doit être payée de la manière suivante : IG, 100 francs sur l'encaisse actuellement disponible , et à titre de dépenses supplémentaires imputables sur l'exercice 1865 , et 7,000 francs sur le budget de 1866.
Lors de la mise à exécution de ce projet, ces prévisions furent dépassées, le bâtiment lui-même ayant coûté 35,000 francs, et le mobilier et les accessoires , 1 0,000 francs.
Le Conseil municipal vote encore, cette même année, une dépense de 2,400 francs, affectée à l'établissement du jardin public qui se trouvait en face l'église, et sur lequel ont été édifiés depuis l' Hôtel-de-ville, le Commissariat de police et la Justice de paix. Ce crédit est utilisé à la préparation du sol, à l'acquisition et à la pose de douze bancs , ainsi qu'à l'achat et à la plantation de six cents arbustes et arbrisseaux.
En 1866 nos routes prennent une importance de plus en plus grande par suite de l'accroissement des transports, et leur entretien devient presque impossible avec les seules re^ources
du département ; mais fort heureusement la première annuité de l'emprunt , répartie entre les trois provinces , permet d'inscrire au budget un crédit de 175,000 francs pour la route de Tlemcen ji Mascara et un autre de 30,000 francs pour le chemin de Bel-Abbès au Sig" , aj^pelé à desservir les terres en ce moment mises en vente sur son parcours , indépendamment des sommes votées par le Conseil général pour nos autres voies de communication .
L'Administration s'occupe en môme temps du rétablissement du barrage de Tabia dont une dépêche du Gouverneur général du 1 8 septembre approuve le projet préparé par le service des Ponts et Chaussées , et qui a été examiné par l'inspecteur général des travaux civils.
Les modifications reconnues nécessaires ont trait au creusement d'un canal de vidange , à la construction du canal de décharge , à la pose de vannes disposées de manière à fonctionner comme déversoir de fond , dans les crues extraordinaires , enfin à la fermeture de la brèche que présente aujourd'hui le barrage, et à laquelle on ne devra procéder qu'après l'achèvement complet des canaux qui précèdent et des arches en maçonnerie qui doivent former un pertuis en tête du premier d'entre eux. Cette dépense est évaluée à la somme de 180,000 francs.
Le Génie continue à faire ses remises aux Ponts et Chaussées auxquels sont confiés cette année la route de Daya et le village de la Tenira, puis il poursuit la construction des ouvrages commencés , termine le bâtiment de l'horloge , complète les aménagements au quartier de cavalerie , établit à l'hôpital le logement de l'officier comptable , et construit deux fours Lespinasse à la manutention.
En 1 867 les travaux publics reprennent un peu partout une place importante devant la nécessité de procurer des ressources aux populations pendant les temps malheureux que traverse la colonie ; aussi des chantiers sont-ils organisés sur tout le territoire .
La route d'Oran à Bel-Abbès, dont le roulage augmente sans cesse, a besoin de travaux d'amélioration estimés à 150,000
francs, le chemin de Saint-Denis- du-Sig est ouvert par des travaux de campagne, et celui de Tlemcen à Mascara permet les transports sur d'assez grandes étendues de son tracé , car, indépendamment des frais d'entretien et de grosses réparations votés comme à l'ordinaire, 70,000 fi-ancs sont alloués sur les fonds d'emprunt, pour être utilisés sur cette voie de communication.
Le projet de reconstruction du barrage , soumis à une enquête, sera bientôt mis en adjudication, puis, à l'aide de 150,000 francs qui lui sont réservés , commencé sur des bases établies de manière à empêcher tout nouveau désastre ; mais l'impossibilité d'épuiser l'eau souterraine entravera, encore une fois , l'exécution de cet important ouvrag'e.
La municipalité de Bel-Abbès construit à Sidi-L'Hassen, alors section de cette commune , une église dont la dépense s'élève à 42,000 francs.
Le Génie militaire , de son côté , organise les locaux du quartier de cavalerie , termine les écuries , les mangeoires , le pavage et l'infirmerie.
Les sommes affectées dans notre ville par ce service aux travaux des dix années que nous venons de parcourir, se sont élevées à environ 1 ,050,000 francs, sur lesquels 55,000 francs ont été employés, dans cette période, aux fortifications, h l'achèvement et aux couronnements de courtines et de bastions , à la transformation d'embrasures.
Colonisation et administration. — Centres nouveaux. — Services publics. — Zone de colonisation. — Application du
sénatus-consulte sur la propriété indigène. — Election du Conseil municipal. — Importantes mesures législatives.
La période décennale que nous allons examiner prend naissance en môme temps que les décrets qui placent la colonie dans des conditions toutes différentes du passé, comme nous l'avons vu à l'exposé général qui précède notre historique.
Notre territoire ne sera pas le dernier à bénéficier notamment des avantages que doit procurer une représentation régulière au sein de la nouvelle assemblée provinciale , éclairée désormais sur les besoins du pays.
Dans la circonscription de Bel-Abbès la colonisation se poursuit , pendant l'année 1 858 , par la création du centre de la Tenira, sur la route de Daya, et, d'après le rapport du Préfet au Conseil général , par le peuplement de Bou-Kanéfis , d'El- Braïka, d'Hadjar-Zerga, d'Aïn-Sofra, où six lots de 99 hectares sont déjà concédés.
L'année suivante, malgré la guerre d'Italie et la campagne du Maroc , nos colons conservent une confiance entière dans l'œuvre qu'ils poursuivent , et l'Administration prend plusieurs mesures qui les intéressent : décret portant concession d'immeubles domaniaux (2 avril 1 859) ; décret qui crée un second office d'huissier, en raison des besoins urgents de la justice de paix à la suite de l'accroissement de la population et de l'augmentation , plus rapide encore , du nombre des affaires qui lui sont soumises (14 septembre); arrêté du Ministre de l'Algérie qui approuve une délibération du Conseil municipal de Bel-Abbès, ayant pour objet de donner à l'une des rues de cette ville le nom du général de Chabrière , ancien commandant supérieur de la subdivision , tué glorieusement , le 4 juin , à la tête du 2« régiment de la Légion étrangère, à la bataille de Ma-
genta (7 octobre); installation de deux brigades de g-endarmerie ("27 décembre).
La famille du général Chabrière a fait depuis gracieusement don à la commune d'une maison qu'il possédait dans la rue qui porte son nom , et où plus tard les services de la Mairie furent installés jusqu'à l'inaug-urytion du nouvel Hôtel-de- Ville.
Le service médical de l'arrondissement de Bel-Abbès , trèspénible jusqu'à ces derniers temps , puisque cette circonscription s'étendait à 17 kilomètres sur la route d'Oran et à 12 kilomètres sur celle de Tlemcen , devient impossible pour un seul médecin par suite du peuplement d'un certain nombre de centres récemment créés en territoire militaire : Tenira à 28 kilomètres, Bou- Kanéfis et Ben-Youb à 20 et 38 kilom. , Aïn-Trid à 1G kilom. ; aussi s'empresse-t-on de former deux divisions , sud et nord , et de nommer un second médecin de colonisation.
Onze centres se trouvent ainsi créés dans la subdivision de Bel-Abbès, parmi lesquels Dava compte simplement comme occupé par l'armée , deux existent de fait depuis plusieurs années , cinq ont reçu une approbation officielle , soit par décret , soit par dépèche ministérielle , en 1 858 , et trois pendant l'année coui-ante; leur superficie est de 19,G74 hectares, celle des centres du territoire civil ne comprenant que 12,856 hectares.
Mais le Conseil g'énéral s'occupe en ce moment de la nécessité impérieuse d'étendre le territoire civil dans l'intérêt des populations européennes placées depuis de longues années sous l'autorité militaire , pour faire sortir successivement les indigènes de ce régime transitoire , et pour procurer aux immigrants les mêmes avantages que leur offre la Métropole.
Dansxle cas où ce projet d'extension recevrait l'approbation du gouvernement, le district civil de Bel-Abbès s'élèverait à 291 ,556 hectares , distribués en huit sections.
Le 1" avril 1860, les services des Postes et du Trésor, précédemment réunis , sont séparés , et l'on procède à la réorganisation de chacun d'eux , en vertu du décret du 20 mars.
Cette mesure est nécessit('>o par le développement actuel des affaires et des relations dans la colonie , taudis qu'au début ces
services avaient dû fonctioimer comme dans les armées en campagne.
Aux termes de l'arrêté du 3 avril , Bel-Abbès possède une direction simple de 2'- classe avec un directeur et deux facteurs , et Sidi-Brahim un bureau de distributeur-entrepôt.
Un arrêté du Ministre, du 21 août suivant, concernant la division du territoire pour l'admini-stration de la justice musulmane , attribue a Bel-Abbès les 32*, 33*^ et 34*^ circonscriptions , et nomme pour chacune d'elles le cadi, le bach-adel et les adels.
Pendant ce temps le Conseil municipal ne reste pas inactif, et ses préoccupations s'étendent sur les différentes questions d'intérêt local , notamment en ce qui concerne les demandes de concession de divers immeubles susceptibles d'être affectés à des services publics (séance du 30 novembre) , le régime de la bouclierie et de la boulangerie , la nécessité de mettre la chasse en ferme , et celle de créer l'établissement d'un magasin central.
En 1861 nous retrouvons un décret, du 'IS février, portant homologation des plans nouveaux de délimitation et des procèsverbaux de bornage des zones de servitudes de la place de Bel- Abbès , le renouvellement d'un vœu du Conseil municipal , du 7 juin, pour qu'une société de secours mutuels soit créée dans notre ville, un arrêté préfectoral du 1" août, réglementant l'usage des eaux d'irrigation de notre territoire , et le 1^"" octobre un décret concédant gratuitement à la commune l'église de Saint-"V"incent et dix- huit immeubles domaniaux situés à Bel- Abbès , à Sidi-L'Hassen ou à Sidi-Brahim, et contenant ensemble 1 14 hectares, 01 are, 27 centiares.
L'année 1 863 voit se continuer l'œuvre de colonisation locale par la création officielle, le 8 janvier , des villages des Trembles et de Sidi-Khaled , bien que ces deux centres aient eu une existence de fait qui remonte aux premières années de la création de Bel-Abbès.
Le Conseil général, consulté par un de ses membres sur l'opportunité de supprimer les médecins de colonisation dans les endroits de l'importance de Bel-Abbès , maintient ces praticiens qui ont , h côté des villes où ils demeurent , des villages et de
nombreuses fermes isolées à visiter. Leur suppression O'^casionnerait d'ailleurs une aggravation de charges qu'il convient d'éviter aux populations rurales.
Nous reviendrons plus loin sur les événements malheureux qui, en 18Gi, ont affecté notre contrée, et pour conserver le cadre que nous nous sommes tracé , nous nous bornerons à inscrire , pendant cette année , la scission des attributions des Domaines et de l'Enregistrement , et en 1865 l'armement de notre place, la construction de la ligne télégraphique de Bel- Abbès àDaya, avec l'installation des bureaux dans les bâtiments militaires de ce dernier poste.
Cette même année, Bel-Abbi\s est compris parmi les villes de la colonie que doit visiter le chef de l'Etat, et le 16 mai l'Empereur y reçoit les autorités militaires et civiles, le Conseil municipal et l(^s différents services, admirant les riches produits de ce territoire placés à l'embranchement des rues d'Oran et de Mascara, parcourant la cité , une partie des remparts extérieurs , et visitant le clos de M. Bastide qui s'efforce de mettre en relief les travaux du colon algérien à l'aide des résultats obtenus.
Ce soir-là, le curé Preire était décoré, et l'agha Ould-Ez-Ziu recevait la croix d'officier de la Légion d" bonne-, u*.
En 1866, un arrêté du 1" avril divi.se de nouveau le territoire de la province d'Oran pour l'admini.stration de la justice musulmane, ajc)ntant aux; circonscriptions que nous avons déjà relevées et qui ont pour dénomination : El-Djemâa. Bou- Djeb^a , Sidi-bel-Abbès, la 73" avec la dénomination de Tenira, régie par la juridiction du cadi, telle qu'elle existait avant le décret du 1" octobre 18.")i.
Mais nous ne pouvons omettre de rappeler, dune façon particuli(M'e, la délimitation de la zone de colonisation du 21 mai. dans laquelle .seulement le gouvernement entendait affecter ses ressoiu'ces budgétaires pour ouvrir des routes, construire des barrages et des canaux , élever les établis.sements publics nécessaires à la création des centre?,.
Dans cette zone , la population indigène devait participer au piouvement dont le développement vient d'être indiqué par la
constitution de la propriété individuelle, par l'instruction et par une certaine émancipation lui donnant une vie nouvelle.
En dehors d'elle , il ne fallait plus compter sur les avantages des grands travaux publics, ni sur une protection suffisante, car on se plaçait dans une situation exceptionnelle.
Sans nous arrêter plus longtemps sur l'impression profonde que causèrent ces décisions, disons encore, en ce qui nous concerne plus directement , que la limite de cette zone , en remontant rOued Tralimet sur une partie de son cours, comprenait le territoire civil des Ouled-Mimoun , ainsi que celui des tribus des Ouled-Sidi-Ali-Ben-Youb et des Hamyan , et que, du Djebel-Zegrar , la ligne remontait vers le nord-est , pour arriver au barrage du Sig, en laissant intérieurement les territoires de Tenira, des Ouled-Brahim , de Sidi-bel-Abbès , du Sig et de leurs annexes.
Pour répondre aux besoins de la colonisation, des terres domaniales disponibles sont mises en vente , dans le courant du mois d'octobre, à Aïn-Sofra, à Aïn-El-Affeurd , à Aïn-Oumata et à Zelifa.
Le 31 du même mois, un décret rend applicable à l'Algérie la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales, animée d'un esprit libéral, et qui ouvre une voie nouvelle à l'initiative privée.
Le syndicat, institué à Bel-Abbès pour l'irrigation des terres , ne tardera pas à se placer sous ce régime , destiné h lui procurer un caractère d'intérêt public qui ne pourra plus lui être contesté.
Cette année est encore destinée à marquer une étape importante vers la conquête des droits que tous les citoyens exercent en France , et dont nous étions privés jusqu'à ce jour.
En 1 856 , nous avons déjà constaté l'avènement de l'autorité civile et la création des communes ; dix ans plus tard , le décret du 2l7 décembre 1 866 consacre l'application du régime électif aux conseils municipaux.
Nous signalons avec satisfaction l'ère nouvelle qui s'ouvre pour les communes , et qui est de nature à exercer une très-
grande influence sur le développement des intérêts de l'Algérie entière.
L'année 18(37 , sans parler des événements malheureux auxquels nous reviendrons bientfjt, donne le jour à des mesures qui ont aussi leur importance bien marquée.
On poursuit d'abord l'étude de la régularisation du centre d'Aïn-Sofra, au Tessalah, qui doit renfermer vingt-cinq lots à bâtir , et dont le territoire agricole , concédé ou vendu , a une surface de 3,940 hectares.
Déplus, l'application du Sénatus-consulte sur la propriété indigène est activement poursuivie dans notre contrée.
Le travail de délimitation et de répartition est successivement opéré sur le territoire des Ouled-Sliman et des Ouled-Brahira (9 mars), des Hamyan (13 avril), des Hassasna (2G juin). pour se continuer l'année d'après , en suivant de préférence les territoires qui se trouvent à proximité d'un centre européen , dans la zone de colonisation, ou près d'un massif forestier.
Les samedi et dimanche %\ et 2G mai , il est procédé , à Bel- Abbès, à l'élection des conseillers municipaux, en exécution du décret du 27 décembre 1 866 sur le régime municipal en Algérie.
Nos mandataires sont élus et vont désormais, jaloux de mériter la confiance de ceux qui les ont nommés , utiliser leur temps et leur expérience à l'étude des questions d'intérêt local toujours importantes et des plus sérieuses.
Un arrêté du Gouverneur général du 14 juin, qui divise la province d'Oran en 47 circonscriptions judiciaires pour l'administration de la justice musulmane, assigne, au cercle de Bel- Abbès, la dixième de Bou-Djebàa, et la onzième avec la dénomination du cHef-lieu, ressortissant toutes deux au tribunal d'Oran.
Citons aussi la loi promulguée le 17 juillet, sur le régime commercial de l'Algérie, par la raison qu'elle admet en franchise , dans la Métropole , tous les produits naturels ou fabriqués delà colonie, et qu'une de ses dispositions abaisse la barrière fiscale qui, précédemment, s'opposait à l'introduction chez nous des produits d'origine marocaine. La prospérité du rommercç
de Bel-Abbès est trop intimement liée au succès de celui de la colonie et surtout de l'ouest de la province d'Oran , pour ne pas signaler, tout au moins, cette nouvelle législation.
Enfin, le cadastre est activement poursuivi, moins pour donner un aliment au fisc, que pour déterminer l'assiette et la valeur de la propriété. L'arpentage s'exécute en ce moment à Bel-Abbès, où un tiers du travail est déjà terminé.
Événements malheureux.— Gelées de printemps.— Mauvaises récoltes. — Insurrection de 1864 et victimes de Ben-Youb. — Rupture du TD»rrage de Tabia. — Incendies. — Mort de l'abbé Moysset. — InvRsioa des sauterelles. — Choléra. — Famine.
Avant d'établir la situation générale de la contrée en 1867 , comme nous l'avons fait pour la période précédente, nous croyons indispensable de rappeler la série des événements malheureux de cette époque , bien faite pour désorganiser une population qui n'aurait pas été armée du courage et de l'énergie dont firent preuve les colons de la Mekerra.
Dès l'année 1 857 , au moment oii chacun , confiant dans l'avenir , cherchait à en préparer le succès par ^es plantations d'arbres et de vignes d'une certaine importance , tout faillit être compromis par les inclémences de la température encore mal connue.
Une forte gelée de printemps surprit la végétation en pleine sève, au mois de juin, et détruisit, avec la récolte de nos jardins, bien des espérances établies "sur ce genre de culture. Des oliviers , eux-mêmes , dont la plantation remontait à six années, furent atteints, et le découragement s'empara de
plusieurs viticulteurs qui arrachèrent leurs vignes, dans la conviction que le climat de cet endroit ne permettrait pas de s'adonnera cette production. Quelques-uns, cependant, tentèrent une nouvelle épreuve en se contentant de couper la partie des ceps frappée par la gelée , et , grâce à cet essai qui réussit , les plantations furent reprises par la suite.
Les années 1857, 1858 et 1850, furent très-heureuses, et donnèrent de belles récoltes; mais il n'en fut pas de même en 1800, 1861 , 1862, où les céréales et les bestiaux n'offrirent que des résultats ordinaires , établissant entre les bonnes et les mauvaises années des écarts assez grands , mais toujours proportionnés aux quantités de pUiies tombées pendant l'automne et le printemps.
L'année 1863 se distingua par une fort belle récolte de céréales, et fut abondante en fourrages; par suite, le bétail conserva un bon prix.
Toutefois, vers la fin de l'année 186i , le territoire de Bel- Abbès fut profondément atteint par l'insurrection générale qui désolait notre province à cette époque. Les insurgés s'approchèrent de nos centres de colonisation , et l'émotion du moment fut telle, que la population éparse de nos campagnes se vit dans la nécessité de s'abriter dans les villages ou derrière les murs de la ville , dont on fit abattre , sur le rempart sud-est , des arbres de toute beauté pour mettre la place en état de défense.
La plus g'rande partie des troupes de notre g*arnison se trouvant parmi les colonnes qui opéraient dans le Sud , la milice ainsi que la musique militaire durent prendre les armes et se porter sur les points les plus exposés. Au Tessalah , presque toutes les fermes furent abandonnées , et , malgré les patrouilles à cheval organisées de jom- et de nuit par les colons, les indigènes des environs ne manquèrent pas de piller et de détruire tout ce qui fut ;\ leur portée.
Mais le dénoûraent tragique de ce drame eut lieu ;\ Ben-Youb, qui fut envahi le 8 octobre , vers six heures et demie du matin , par un goum d'environ cent cinquante cavaliers sahariens
auxquels se joignirent ensuite les indigènes de quelques tribus éloig'nées du Cercle de Daya , poussés par leurs voisins.
Depuis plusieurs jours , un coup de main de l'ennemi était à craindre , suivant les indications du bureau arabe , et la compagnie du 17®, chargée de la garde des condamnés, avait abandonné son campement pour se fortifier dans le caravansérail , où elle fut renforcée par un nouveau détachement du même régiment et placée sous les ordres du capitaine Chabert qui , ne pouvant, avec sa petite troupe, occuper et défendre les fermes et le village de Ben-Youb sur une ligne de près de trois kilomètres , en face de révoltés signalés comme très-nombreux, exhorta les intéressés à se retirer dans le bordj .
Plusieurs d'entre eux suivirent cet avis ou dirigèrent leurs familles sur Bel-Abbès ; mais une vingtaine de colons , parmi lesquels se trouvaient le lieutenant de la milice et les gardes , animés du désir de veiller eux-mêmes sur leurs propriétés acquises au prix de longs et pénibles sacrifices , et ne croyant pas à un danger aussi immédiat , se réunirent dans la maison Dubouchet , située à huit cents mètres du bordj , au pied d'un banc de rochers, tandis que quelques autres restèrent dans leurs fermes ou bien au moulin. Des patrouilles furent ainsi organisées dans le but de protéger le village et les environs contre les maraudeurs ; malheureusement l'ennemi , caché par d'épaisses broussailles et un fort brouillard , fit irruption sans qu'il ait été possible de se douter à l'avance de sa présence , et surprit ces quelques braves dans un moment de calme et de fatigue.
Le passage précipité de notre goum , qui fuyait devant les cavaliers sahariens , leur donna l'alerte ; chacun chercha alors à gagner le bordj que quelques-uns seulement atteignirent, après avoir essuyé le feu de l'ennemi pendant cette course rapide. Plusieurs autres se sauvèrent dans les broussailles et s'y tinrent longtemps cachés ; d'autres encore n'eurent la vie sauve qu'en se retirant dans la turbine du moulin , spectateurs attristés des recherches furieuses de leurs ennemis qui incendiaient tout audessus de leur tête. Mais plusieurs d'entre eux furent fusillés et égorgés sans défense et sans qu'il ait été possible de leur porter
secours. Neuf habitants de Ben-Yonh furent ainsi victimes de l'insurrection , et vinrent grossir le nombre des colons morts au champ d'honneur de la colonisation.
L'année suivante un nouveau malheur, d'une nature différente, frappait encore cette contrée déjà bien éprouvée, et portait la désolation dans plusieurs villages peuplés de cultivateurs très-méritants. Le 14 juin I860, le barrage de Tabia était emporté par une crue subite , au moment où il ne restait plus à faire que le couronnement , et l'inondation , qui en résultait , portait ses ravages dans toute la plaine, et se faisait sentir jusque sous les murs de Bel-Abbès.
Le chiffre des pertes éprouvées sur les deux territoires civil et militaire fut évalué à 517,571 fr., sans parler de la position des plus malheureuses dans laquelle furent placées certaines familles qui pouvaient, au moins, subvenir à leur entretien avant ce désastre.
Chacun rivalisa de zèle et de dévouement dans ce malheur : les habitants de la ville en portant aux plus nécessiteux du linge et des vêtements ; l'Administration en venant au secours des victimes les plus éprouvées , et en nommant des commissions chargées d'expertiser les pertes; des souscriptions publiques s'organisèrent spontanément, et les provinces d'Alger et de Constantine ne tardèrent pas aussi à venir en aide à ces infortunes.
Mais ces généreuses intentions ne permirent pas de réparer tous les dommages, et cet événement malheureux restera parmi ceux qui ont le plus entravé nos efforts, par les victimes qu'il a faites , et par la perturl)ation qu'il a apportée dans le système d'irrigation du pays.
La même année , des incendies considérables enfermèrent Bel-Abbès dans un cercle de feu tellement intense , grâce à un violent siroco , que le soleil resta caché quelques jours par la fumée, la cendre tombant en légers flocons sur la ville même, et que l'on dut prendre des mesun s pour préserver les fermes de la banlieue.
D'immenses surfaces, couvertes de bois et de brous.siillcs,
furent "brûlées , principalement dans les territoires des Hnssasna , des Ouled-Sliman, des Ouled-Brahim et des Hazedj (1),
Toujours à la même époque, la mort affreuse que l'aljbé Moysset trouva en se dévouant pour sauver plusieurs de ses compagnons lors du naufrage du BoryslJiène , mit en deuil notre population , témoin du Ijien qu'il se plaisait à faire sans jamais établir de distinction entre les malheureux des diverses religions.
C'est donc pour nous un devoir de constater l'unanimité des hommages qui furent rendus à sa mémoire.
L'année 1 866 ne fut pas sans soumettre nos colons à de nouvelles épreuves, car, à la suite d'une sécheresse persistante, une grande quantité de sauterelles, venues du sud, ravagèrent en g-rande partie, dans la deuxième quinzaine d'avril, les récoltes de notre contrée , attaquant principalement les pommes de terre, les haricots et les autres légumes, les céréales et la vigne.
Tout fut mis en œuvre pour combattre ce fléau, non moins désastreux que le manque d'eau : le soufre et le goudron brûlés, le bruit et le mouvement continuels dans les champs envahis, le feu et le pétrole dans les broussailles éloignées des récoltes , et pour la destruction des jeunes criquets. Les troupes rivalisèrent de zèle et d'énergie avec les colons pour lutter contre cet ennemi d'un nouveau genre, et amoindrir les pertes qui furent considérables, malgré tout, et qui atteignirent d'une far;on toute particulière la population indigène qu'elles réduisirent à la misère.
Le produit des souscriptions, ouvertes dans la Métropole, vint soulager cette infortune sans la faire disparaître complètement, et, lorsqu'en 1867 le choléra et le manque presque absolu de récolte, à la suite d'une sécheresse dont l'intensité n'avait rien de semblable dans l'histoire du passé de ce pays, s'abattirent de nouveau sur notre territoire comme sur le reste de l'Algérie,
CD Parjugemoni du 20 dcccmbro IKfiri, le druxicino Conseil de guerre de la Division d'Oran cniulainna à moii Moliamcd-bcii-ll.idjrm, des Harayan, pour avoir mis le feu à des fermes près de Eei-Abbes.
Sur quatre de ses complices, trois avaient été tués sur le lieu même du crime et un était parvenu à se sauver.
Le 20 décembre, le même Conseil condamna seize indigènes aux travaux forcés à perpétuité et dix antres ii viiipt ans de travaux forcés, pour avoir engagé les colons du Tessalah à fuir en leur annonçant faussement l'arrivée de l'ennemi, et pour avoir pillé les fermes et dévalisé les fur,irds a main annic.
ces maux trouvèrent les Arabes sans force pour lutter contre eux .
Le choléra, tout en nous mettant dans la nécessité d'établir une ambulance au-dessus du marché arabe, fît un certain nombre de victimes en ville, et surtout parmi la population Israélite. Quant à l'état de la récolte, on estime que les deux tiers furent anéantis, emportant avec eux les résultats que nos colons attendaient des sérieux efforts tentés dans le but de se relever du désastre agricole de l'année précédente, à la suite de l'invasion des sauterelles.
Mais les indigènes ne purent résister à la série d'événements malheureux que nous venons d'esquisser. La diminution des produits en 18(34 et I8G5, par suite de la réduction de leurs labours pendant l'insurrection, les grandes sécheresses, les mauvaises récoltes de 1866 et 1867, l'invasion des sauterelles, et comme conséquence de ces calamités, la disparition des sources, la mortalité des bestiaux et l'épuisement des réserves de grains, en même temps que le choléra de cette dernière année, provoquèrent, chez eux , une situation des plus critiques.
N'ayant plus aucun moyen d'assurer leur existence, manquant de tout, à demi-nus, ils se portèrent en masse vers les centres de population européenne.
Au mois de novembre on avait rassemblé une centaine de ces infortunés dans un local offert en ville par M. Bleuze, mais ou dut les transporter bientôt au télégraphe pour préserver la population urbaine. Toutefois leur nombre augmentant sans cesse, on se vit dans l'obligation d'établir, à Assi-Daho, un asile installé d'une façon primitive mais conforme aux règles de l'hygiène, avec de vastes rues, où l'on conduisit, désormais, tous les malheureux indigènes.
Cette mesure fut prise par le colonel Chanzy , dans la crainte de plus graves accidents , et la direction de ce refuge fut confiée au docteur Fabriès, dont la conduite des plus dévouées fut audessus de tout éloge.
On réunit ainsi une moyenne de 1,oOO h 1,800 individus; le maximum atteignit même 3,000 personnes, mais pendant un court espace de temps.
Privés de nourriture , n'ayant plus le courage ou la force de se mouvoir, ces indigents restaient exposés aux brusques variations de la température, et mouraient de misère et de faim ; plusieurs volaient uniquement pour se faire mettre en prison avec leur famille , dans le but d'obtenir, de la sorte , une alimentation quotidienne.
Cet état de choses amena l'autorité à former un camp, en dehors et près du pénitencier de Bou-Kanéfis , où l'on plaça tous ceux que Ton arrêtait dans ces conditions.
La mortalité fut d'autant plus considérable pendant cet hiver de 1867-18G8, que des froids rigoureux et des pluies violentes survinrent à cette époque , et que ces phénomènes météorologiques avaient une grande action sur ces organismes ruinés par la misère. La mort n'arrivait , le plus souvent , que pendant la nuit ; mais c'est surtout le froid humide qui exerçait de grands ravages, et l'on cite, à l'appui de cette remarque, qu'à l'asile d'Assi-Daho , dans une seule nuit pendant laquelle il avait neigé , on compta jusqu'à trente-sept morts.
Plusieurs Européens furent également victimes de l'état de chose que nous déplorons, en contractant, au contact de ces Arabes faméliques, le typhus et la fièvre typhoïde.
De tous côtés , en France et en Algérie , des souscriptions s'ouvrirent pour soulager cette g-rande misère; des crédits furent , en outre , votés par le Corps législatif, et permirent de placer , dans les réfugies , les remèdes à la portée de ces malheureux, jusqu'au 1" juin 1868, époque à laquelle les asiles furent fermés et les secours distribués seulement à domicile.
Déjà pendant l'automne précédent , on avait mis à la disposition des indigènes les grains nécessaires à leurs ensemencements, après les avoir achetés au commerce européen à l'aide de prêts consentis par la Société Algérienne sous la responsabilité collective des douars et des tribus.
Ces distributions eurent lieu chez nous notamment aux Lauriers-Roses.
D'autre part , pour venir en aide à la population agricole européenne, éprouvée par la sécheresse exceptionnelle qu'eurent à
supporter les récoltes, on installa, dans le courant de 1867, de vastes chantiers de travaux publics , et les communes examinèrent la nécessité d'emprunter à la Société Alg"érienne ou au Crédit Foncier pour i)rocurer aux colons les plus nécessiteux des semences pour la nouvelle campagne.
La commune de Bel-Abbès vota , dans ce but , par prélèvement sur ses ressources disponibles , une somme de vingt-cinq mille francs ; de plus quinze mille francs , prélevés sur les crédits ouverts par le Conseil général pour l'achat de grains à répartir , à titre d'avances , furent destinés à assurer aux colons du territoire de Bel-x^bbès l'assistance dont ils avaient besoin.
Situation générale. — Influence exercée sur la population
indigène par notre installation et par l'exemple des
colons.— Dénombrement quinquennal.— Essais de cultures
industrielles. — Progrès de l'agriculture et du commerce.
Après avoir signalé ces divers événements, si douloureux que puisse en être le souvenir , pour rester impartial et fidèle narrateur du passé, revenons à la situation générale du pays et disons quels ont été, malgré tout, les progrès de ces dix années.
Nous avons vu , en parlant des travaux publics et de la colonisation , les villages se construire , la contrée se peupler , en couvrant petit à petit le territoire comme le ferait une tache d'huile , les routes et les chemins se créer chaque fois que le besoin s'en fait sentir , la vie , en un mot , régner en cet endroit où, dix ans plus tôt, le colon s'était contenté d'une prise de possession. On compte, en effet, en ville en 1867, environ 670 maisons , dont l'ensemble indique bien, Chez l'occupant, le désir de s'installer d'une façon durable et sérieuse.
Cependant la population s'est tellement accrue que l'espace
est devenu trop étroit dans le quartier civil, et les prévisions du capitaine Prudon, inscrites au premier chapitre de notre historique, se réalisent par la remise , en 1860, au service du Domaine , de deux îlots du terrain militaire qui seront vendus deux ans plus tard.
En même temps , dans le but d'agrandir la ville , on prépare un projet de création de village arabe au nord-est de Bel- Abbès.
Tandis que les Israélites , comme rendus à la vie par notre civilisation , s'emparent du pays et le peuplent de tous côtés , les indigènes ne tardent pas h s'apercevoir que notre installation modifie également leur situation.
L'assainissement de la contrée et le système de nos voies de communication augmentent la valeur des terres qu'ils doivent bientôt posséder en toute propriété, et l'élément européen , avec son commerce bien développé , donne une plus-value à leurs produits , en en facilitant l'écoulement.
Nos colons sont encore, pour les Indigènes, des modèles de travail et d'ordre qu'ils s'appliqueront à imiter , d'abord très-lentement, et, plus tard, d'une manière certaine , s'ils ne veulent pas s'user et disparaître entièrement du pays.
De nombreux chantiers les invitent à se procurer les moyens d'existence , et dans nos fermes les cultivateurs les associent à leurs travaux en qualité de kliammés , les initiant peu à peu à l'usage de nos instruments perfectionnés , leur donnant de bonnes notions de culture , et cherchant, par les mille détails de la vie ordinaire du colon laborieux, à faire pénétrer chez cette population des sentiments nouveaux.
Certes , à ce point de vue particulier , ces dix dernières années n'ont pas été perdues.
La population européenne suit aussi une marche toujours croissante , comme le montrent bien les résultats des dénombrements qui ne se font plus désormais que toutes les cinq années ; elle est, en 1858, de 4,629 individus, en comprenant les personnes recensées en bloc, en 1862, de 5,101 , et en 1867, de 6,487 Européens, donnant, sur 1857, une augmentation
de près de 59 pour 1 00 , qui provient de raccroissement des naissances, mais surtout de l'arrivée de nombreux immigrants.
La population totale, européenne et indigène, s'élève également , pour l'ensemble du territoire de Bel-Abbès , non compris Daya, à, 5,151 habitants en 1858, à 7,450, en 18G2, et à 8,-002, en 1867 ; ajoutons que l'augmentation des indigènes est principalement due à l'annexion de territoires les renfermant.
L'U détail qui montre bien l'importance du peuplement de notre centre est celui qui a trait à l'instruction primaire , et le nombre des jeunes élèves dit assez que les colons savent en apprécier les bienfaits.
Au 31 décembre 1857, 295 garçons et 282 filles étaient admis dans les écoles et les asiles de Bel-Abbès , et la proportion d'élèves par cent habitants était de douze.
Le chiffre total des élèves atteint 8G2 en 1867, donnant 13 élèves par cent habitants, et l'instituteur du chef-lieu a même obtenu, l'année précédente, une médaille dhonneur pour le zèle avec lequel il a coopéré aux cours d'adultes.
La culture aussi a fait un grand pas , car , avec la sécurité , chaque immigrant s'est empressé d'introduire dans la colonie les systèmes du pays natal qui lui sont familiers , cherchant à se reconnaître sur un sol nouveau , avec un climat non encore défini ; c'est la période des tâtonnements et des essais succédant à celle de la conquête et de l'occupation.
Le service des Ponts et Chaussées relève d'ailleurs , avec soin , de 1 8G0 à 1 867 , les observations météorologiques qui intéressent si vivement l'agriculture locale , ces phénomènes exerçant sur la végétation une influence bien connue.
Les essais auxquels nous venons de fan-e allusion portent principalement sur le coton qui ne mûrit pas en cet endroit, sur le tabac qui vient très-bien, et dont la culture prend rapidement une grande extension, malheureusement arrêtée dans la suite pour des causes dont la responsabilité n'incombe pas à la production.
Les citronniers et les orangers ne donnent que des résultats négatifs, à moins d'être placés à une bonne exposition et complètement abrités ; le mûrier s'élève , au contraire , de tous
côtés , dans la banlieue comme en ville , et sa vég-étation invite les colons à se livrer à l'éducation des vers à soie.
Les vergers se peuplent des différentes variétés d'arbres fruitiers d'Europe, qui donnent d'excellents fruits , détruits certaines années par les gelées du printemps , dont l'intensité se fait également sentir sur les vignes que nos colons se sont mis à planter de nouveau , sur une grande échelle , après être revenus des mécomj)tes des premiers jours.
L'olivier n'est encore cultivé que par un nombre restreint de colons , mais il promet les plus belles espérances.
Quant aux jardins maraîchers qui entourent la ville , les soins dont ils sont l'objet permettent de livrer à la consommation d'excellents et abondants lég'umes , grâce aux irrigations alimentées par les eaux de la Mekerra , et aussi au concours des norias à tampons , au nombre de quatre en 1 858 , et déjà trèsmultipliées en 1 8G7 .
Le jardin public , créé et entretenu avec le plus grand soin par la Légion Étrangère, est remis à la municipalité , suivant la demande qu'elle en fait en septembre 1857, et après qu'elle a voté les crédits nécessaires au paiement d'un jardinier en chef et de ses aides , ainsi qu'aux travaux et aux plantations qu'il est question d'y faire.
Mais la culture qui s'affirme le plus et qui prend une importance chaque année plus grande , est celle des céréales . précédée du défrichement des terres , ce qui permet un emploi prolongé de la main-d'œuvre agricole étrangère et la fixe , peu à peu, au sol qui lui assure des moyens d'existence pendant presque toute l'année.
La meilleure manière de montrer l'état de prospérité agricole de cette contrée consiste à rappeler que , lors du concours départemental pour la prime d'honneur en 18G4, sur sept récompenses , les suivantes furent décernées à Bel-Abbès : une médaille d'or à M. Boulet pour ses irrigations faites sur une grande échelle et pour ses cultures sarclées , une médaille d'or à M. Bastide pour l'ensemble de ses plantations, et une médaille d'argent à M. Lanfroy pour la perfection et le nombre de ses
labours , indépendamment de nombreux prix obtenus par plusieurs colons pour les bestiaux ou les produits agricoles , et par M. Mougeot , pour sa charrue du système Dombasle.
Les mêmes résultats furent atteints à l'Exposition internationale de Paris en 1 8G7 , où nos blés tendres et nos farines furent particulièrement remarqués.
L'industrie et le commerce ont suivi la môme progression , quoique dans de moins grandes proportions. La première s'applique, avant tout, aux besoins de la consommation ou bien à la fabrication des matériaux nécessaires aux colons pour continuer leurs constructions.
Le commerce est surtout agricole avec l'exportation des céréales et des farines , auxquelles il ajoute , depuis peu , une grande quantité dulfa pour la papeterie, et d'écorce de cbônevert destinée h la tannerie.
Cet état prospère avait amené le Conseil municipal h solliciter, dès l'année 1860, la création d'une foire dans l'espoir qu'elle serait le théâtre d'un mouvement d'affaires considérable , que les animaux de travail et les instruments agricoles donneraient lieu à de nombreuses transactions . et que Tlemcen y apporterait ses huiles , et Mascara ses vins , pour les échanger contre les farines déjà si renommées de la contrée.
Mais , en dépit d'avis favorables des Conseils municipaux de Tlemcen et de ^fascara , ainsi que du Conseil général , cette heureuse idée ne fut pas mise en pratique, et le commerce n'eut, comme principaux champs d'action , que les trois grands marchés de Bel-Abbès, de Daya et des Ouled-Ali , où les indigènes apportaient les produits de leur industrie, des bestiaux et des laines.
Les ventes de terrains entre Européens et Indigènes commencent à prendre une certaine importance, et viennent encore ajouter à l'élan donné à notre commerce , tout en montrant bien que l'élément européen poursuit sa tache, avec activité et fermeté , sans se laisser détourner du but par les circonstanceâ malheureuses qu'il a dû traverser.