GÉNÉRALE DE NOS JOURS
Résumé des principaux faits qui intéressent l'Algérie de 1868 à 1880.
Bien que l'époque de la conquête soit déjà éloig*née de nous , et que la population indig'ène ait été profondément troublée dans ces derniers temps par une série d'événements malheureux, le pays a encore à souffrir de l'hostilité des Ouled-Sidi-Chickh , dans l'ouest, et, un peu plus tard, de la g-rande insurrection qui embrasa toute la Kabylie, au moment où les Indig-ènes, à la suite des désastres de la Métropole, crurent que l'heure avait sonné de reconquérir l'Alg-érie.
Ces deux soulèvements sont marqués jxir les faits militaires que nous analysons ici : d'une part, invasion du Djebel-Amour par les Ouled-Sidi-Chickh (janvier 1860), leur défaite h Oum- Dabded ; expédition de l'Oued-Guir (mars, avril , mai 1870) ; combat de Souf-cl-Kesses (2 avril), prise du Ksarde Bou-Khaïs (8 avril), combat de lOued-Guir (13 avril), prise d'Aïn-Chaïr (2i- avril), licenciement de la coloniu^ le 7 mai, à A'iu-Beu-
Khellil; d'autre part, rébellion des spahis d'Aïn-Gnettar (22 janvier 1871), tentative contre Souk- Aras (janvier), attaque dEl-Miliah (28 février) ; Mokrani se met b. la tête de l'insurrection (15 mars) ; si^ge de Bordj-Bou-Arréridj (IG mars), héroïque défense des assiégés; le ba<-h-ag"ha, battu à Bordj-M'jdjana (8 avril), inquiète Dra-cl-Mizan et Auuiale, investit Fort- National (17 avril), et assiège Tizi-Ouzou (18 avril) ; pillage de Bordj-Menaïel (18 avril), combat de l'Aima (20 avril), massacre de la population de Palestro (22 avril), combat de l'Ound-Soufflat où Mokrani est tué (3 mai) ; mais, Tinsurrectiou continuant avec Bou-Mezrag, son frère, Tizi-Ouzou, Dellys, Fort-National, sont successivement débloqués ; prise de Kalaâ ; siège de Bougie (8 mai) , etdeDjidjt'lli (7 juin); soulèvement desBeni-Monasser, investissement de Chorchell (juillet), débloqué bientôt après ; combat de Bou-Taleb , qui met fin à l'insurrection (12 octobre), prise de Bou-Mezrag à Ouargla.
Citons enfin l'insurrection de l'Aurès (printemps 1879) qui est promptement réprimt'^e, et dont les causes sont développées dans un rapport présenté , le 12 août suivant, par une commission spéciale.
Les transformations administratives et les modifications de toutes natures sont non moins importantes, et résultent des changements survenus dans la Métropole, à laquelle notre colonie est intimement liée de cœur et d'intérêt.
Parmi les faits que nous ne saurions ignorer, rappelons les suivants: enepiète agricole dirigée d'une manière impartiale et très-habile, i)ar M. L. Le Hon (21 août ISGN). nominatiou d'une couunission chargée de préparer la constitution de l'Algérie (5 mai 1869), quel(]ue temps après, contre-coup dans la colonie des événements de France , envois successifs des troupes d'Afrique et des volontaires algériens, proclamation de la République [\ septembre 1870), modifications apportées à l'Administration algérienne par les décrets de la Délégation nationale du 2^ octobre, qui confient la direction des affaires à un Gouverneur général civil , secondé par un Secrétaire général , nomment un Commandant supérieur des forces de terre et de
mer qui doit administrer les populations des anciens territoires militaires, créent un Comité consultatif, réorganisent le Conseil supérieur, prononcent la naturalisation collective des Israélites indigènes, et établissent le jury criminel.
Dans l'impossibilité où se trouve le nouveau Gouverneur de se rendre à son poste, nomination d'un Commissaire extraordinaire chargé de Tadministration de la colonie, et, peu après, d'un Gouverneur civil et d'un Directeur général des affaires civiles et financières (29 mars 1871), concession de cent mille hectares accordés aux Alsaciens-Lorrains (21 juin 1871), contribution de guerre imposée aux insurgés , mise sous séquestre de leurs terres, réorganisation administrative de la Kabylie, puis de toute l'Algérie , qui comprend les régions du Tell et du Sahara, dont la première est divisée en districts , en arrondissementscercles et en circonscriptions cantonales (24 novembre), suppression de l'école des mousses indigènes, du collège araliefrançais, des services des Bâtiments civils et de la Topographie.
Mais un changement de gouvernement en France est le point de départ de modifications en Algérie, qui ont pour résultats : la nomination d'un nouveau Gouverneur général qui est, en même temps, Commandant des forces de terre et de mer, 10 juin 1873; l'abandon du système des circonscriptions cantonales; l'organisation du Service météorologique, 13 février 1873 ; la loi relative à l'établissement de la propriété individuelle chez les indigènes, 26 juillet; la centralisation à Alger du service des Forêts , 27 septembre ; l'arrêté du 31 décembre qui rétablit la décentralisation administrative et en règle l'application ; la loi relative aux mesures à prendre en vue de prévenir les incendies, 17 juillet 187i; le décret sur l'indigénat, 1 1 septembre ; la suppression des communes subdivisionnaires et l'érection des communes indigènes, avec des règles uniformes pour leur administration et leur comptabilité , 13 novembre; la création d'une Direction des contributions directes dans chacpie département, 21 novembre; l'organisation de l'assistance hospitalière, 23 décembre ; celle concernant la justice, 10 août 1875 ; la réorganisation du Service topographique ; le décret sur l'instruction
publique, 15 août; celui relatif aux Conseils généraux, 23 septembre ; la régularisation du séquestre.
En matière de colonisation , l'œuvre du peuplement s'impose après la campagne de France , et son application est rendue facile par les terres devenues disponibles h la suite du séquestre apposé sur les biens de ceux qui ont pris part à linsurrectiou de 1871. Mais le système de la vente est écarté par la loi du 21 juin de cette même anni'e, qui accorde des terres aux. Alsaciens-Lorrains se rendant en Algérie pour les mettre en valeur ; et bientôt le titre II du décret du 16 octobre règle les conditions qui doivent assurer le peuplement de la colonie par l'élément français, avec le seul engagement de résider pcMidant neuf années. Cette législation a été n* visée une ])remière fois par le décret du 15 juillet 1871, et plus récemment par celui du 30 septembre 187S , qui confère à l'attributaire le droit décéder sa concession , dans certaines formes, ou de réclamer , au bout de trois ans de résidence, un titre définitif de propriété, en justifiant d'une dépense de 100 francs par hectare , réalisée en améliorations utiles et permanentes, dont un tiers, au moins, en constructions.
Depuis 1873, l'Administration prépare, en outre, un programme annuel de colonisation qui régularise ses efforts , et permet à chaque intéressé de se rendre un compte exact de l'état du lieu qu'il désire habiter, avant de prendre une détermination; enfin, pour améliorer encore cette situation, les bases d'un programme général , embrassant une période de dix années, ont été posées en 1877.
En terminant ce^ ré-^umés, qui ont précédé chacune des époques de notre historique, nous empruntons, pour bien faire connaître l'état de la colonie actuellement, quelques-unes des paroles adressées, le 23 ft-vrier 1870, aux hal)itants de l'Algérie, par le général Clianzy, appelé à d autres fonctions: « Toutes les régions du pays où la colonisjitiôu a pénétré sont soumises aux institutions civiles ou préparées h les recevoir , dès que les crédits nécessairt^s pom* assurer leur administration seront aci^ordés.
« Sur 3 i 5,500 Européens, 335.000 jouissent du droit commun
garanti par la justice française et les 978,500 Indigènes, dont les intérêts se mêlent à ceux des colons , sont régis par la même administration civile , tout en conservant leur statut personnel,
« Il ne reste plus sous l'action du commandement militaire que 10,000 Européens groupés autour des troupes dans les postes avancés, et 1,481,500 Arabes ou Kabyles habitant les régions les plus reculées et les plus difficiles à surveiller.
« Deslois déjà promulguées ou en préparation posent les bases d'une réorganisation dont les germes se trouvent en entier dans les décrets de 1860, de 1871 et de 1876.
« La tranrpiillité est complète dans tout le pays sur lequel s'étend la domination de la France ; les meilleures relations existent entre les populations algériennes et celles de la Tunisie et du Maroc. Cette situation est due à l'esprit de modération et de justice avec lequel les Indigènes n'ont cessé d'être traités, au respect de nos engagements vis-à-vis d'eux , à leur participation aux progrès réalisés, et à la confiance que nous inspirons aux gouvernements des Etats voisins.
« La liquidation du séquestre frappé sur les tribus insurgées en 1871 , poursuivie avec fermeté et impartialité, est aujourd'hui un fait accompli.
« La loi de 1 873 sur la constitution de la propriété chez les Indigènes, s'exécute aussi activement que le permettent les diflicultés de cette délicate opération et avec toute la sécurité que réclament les intérêts engagés.
« Sous le rapport de l'instruction primaire, l'Algérie française peut déjà figurer parmi les contrées d'Europe les plus avancées. L'instruction supérieure y sera bientôt assurée par les diverses institutions dont les projets sont soumis aux Chambres (1).
« Les travaux d'utilité publique , qui doivent fournir au pays les moyens de se développer, sont partout en pleine activité. Grâce aux subsides libéralement accordés par la Mère-Patrie, à la confiance des compagnies industrielles, à la consolidation
(1; L'inslitut algérien a ete cicc depuis.
du crédit , à l'initiative des conseils élus et des Chambres de commerce , à l'activité de tons, les ports de mer s'achèvent , les barrages se construisent , les marais se dessèchent , les voies de communication, dont le classement et les dotations sont fixés, pénètrent jusque dans les régions les plus éloignées.
« Sur un réseau de chemin de fer, dont l'étendue dépasse 2,900 kilomètres , 700 sont en exploitation, 650 en construction , 1 ,580 sont l'objet de projets à l'étude ou soumis au Parlement.
(( Le commerce annuel de l'Algérie avec l'Europe atteint 350 millions de francs.
« L'agriculture se perfectionne et l'industrie pénètre dans le pays en exploitant les richesses du sol, les mines, les salines, les forêts, les alfas, etc.
« La colonisation s'est implantée dans toutes les régions où l'élément européen est appelé à vivre et à se développer. En six années, 12i villages nouveaux ont été créés, et la population rurale européenne s'e.st accrue de près de 50,000 habitants.
« Telle est , à grands traits , la .situation générale de l'Algérie en 1879. Elle s'est brillamment affirmée à lExposition univer.-^elle, et peut satisfaire tous ceux qui, se rappelant le passé, sont à même d'apprécier le chemin parcouru, les difficultés vaincues. »
Cette citation était nécessaire pour clore une période qui prend fin , et à laquelle va succéder une ère nouvelle.
L'Algérie, en effet, subit en ce moment une transformation réelle, le régime militaire faisant place au régime civil.
Tout en rendant justice aux efforts précédents, tout en appréciant les services de ceux qui ont aidé au développement successif de la colonie, et eu ajoutant, avec M. le Gouverneur civil , « que c'est l'honneur de l'armée et un de ses meilleurs titres à la reconnaissance du pays, que d'avoir rendu possible la substitution qui s'opère (I), » nous exprimons la sincère satisfaction que nous éprouvons à posséder aujourd'hui une administration que nous considérons comme plus conforme aux
(\) Discours du Gouverneur rivil à la séanre d'ouverture du Conseil supérieur, en décembre 1879.
idées, aux mœurs, aux aptitudes et aux aspirations de notre population , et qui est destinée à procurer , plus rapidement , à notre pays d'adoption , la place importante que lui assignent les avantages de toute nature qui le distinguent.
Les faits qui préparent cette modification sont ou accomplis ou à l'état de projets. Parmi les premiers il convient de citer : le décret du 15 mars 1879 qui nomme, bien qu'à titre de mission temporaire, le Gouverneur civil , ayant sous ses ordres les Commandants de terre et de mer, et tous les services administratifs concernant les Européens et les Indigènes ; l'arrêté du 12 mai, qui détache de l'État-major général le service des affaires indigènes à l'administration centrale , pour le placer sous la direction immédiate de ce haut fonctionnaire ; le décret du 1 5 novembre , qui remplace , par un Secrétariat général , la Direction des affaires civiles, dont la raison d'être n'existe plus.
Quant aux derniers, bien qu'ils n'appartiennent pas à l'histoire , n'ayant pas encore reçu la sanction législative , nous ne résistons pas au désir de les mentionner , car ils sont , en quelque sorte , le premier chapitre de nouvelles études , le prélude ou l'introduction de l'œuvre qui se prépare.
Quelques-uns de ces projets ont déjà reçu l'approbation des Conseils généraux et du Conseil supérieur, et ont trait à l'extension du territoire civil et, par suite, à l'introduction de l'administration et des règles du même ordre dans toutes les régions similaires ; à l'augmentation de l'octroi de mer, en attendant le moment où le budget des communes pourra être établi sur des bases plus larges et plus conformes à l'équité ; aux pouvoirs disciplinaires à conférer aux administrateurs des communes mixtes , à l'égard des populations indigènes ; à la constitution de l'état civil chez ces derniers; au peuplement, suivant un vaste programme général; au crédit des colons, assuré par la création d'un privilège spécial.
Quelques autres sont personnels au Gouverneur général , et ont pour but de déterminer les objets qui , à l'avenir , doivent être du domaine de la loi , des décrets ou des arrêtés ; de rattacher à l'administration de la i\Iétropole , les services qui n'inté-
ressent pas la colonisation , pour conserver ici ceux qui affectent l'œuvre que nous poursuivons dans ce pays ; de réorganiser les Conseils généraux , le Conseil supérieur et celui du gouvernement ; de trancher la question des assesseurs musulmans.
Ces débuts sont aussi marqués par des mesures qui font bien augurer de l'avenir : classement de nouvelles routes nationales (loi du 20 mars) ; prohibitions édictées pour protéger l'Algérie contre l'invasion du phylloxéra (décret du 2i- juin) ; institution d'une commission supérieure pour l'étude de la mise en communication, par voie ferrée, de l'Algérie et du Sénégal avec l'intérieur du Soudan (13 juillet); classement du réseau complémentaire des chemins de fer d'intérêt général en Algérie (loi du 18 juillet); nouveau traité de transports maritimes, multipliant les services, et augmentant la célérité du voyage , en vertu de la loi du IG août 1879 ; établissement d'un second câble entre Alger et Marseille , permettant de réduire de moitié la taxe des dépèches (décret du 25 août) ; création de renseignement supérieur (loi du 20 décembre) , et son organisation définitive (décret du 10 janvier 1880) ; projet de loi tendant à abaisser le taux de l'intérêt légal à G et o %.
Le problème est ainsi posé , et la solution , préparée par de sérieuses études, doit en être poursuivie avec ardeur et persistance , mais sans précipitation , dans le but d'obtenir un succès exempt de déception.
Historique de Bel-Abbés.
Les travaux publics et la colonisation vont forcément se ressentir des différents événements qui se sont produits pendant
cette époque , et sur lesquels nous reviendrons dans le cours de ce récit.
Mais à la fin , surmontant tout , nous verrons ces deux branches princii)ales de la fortune et de la prospérité coloniales, prendre le dessus et se développer, g-ràce à une bonne administration générale, à l'état de tranquillité du pays, et aussi à l'accroissement considérable de la population qui procure à cette contrée de très-grandes ressources dans la répartition des produits de l'octroi de mer.
Travaux publics.— Voies de communication. — Mauvais état de la route d'Oran, et ses conséquences regrettables. — Chemins do fer de Bel-Abbès et de Tlemcen. — Prison civile. — Etablissements publics élevés par les Communes, dont les ressources augmentent. — Derniers travaux militaires.
La route d'Oran à Bel-Abbès exige , chaque année , un crédit plus élevé pour son entretien , en raison de l'essor que prend le commerce, et par suite de l'augmentation du roulage; malheureusement depuis 1861 les budgets de la province se soldent par un excédant de dépenses , qui , en 1 867 , atteint le chiffre de 976,180 francs, ce qui met dans l'impossibilité d'accomplir les travaux , même les plus indispensables.
En 1 868 , cette situation , due à une diminution sur le recouvrement de l'impôt arabe à la suite de quelques mauvaises années, et à un accroissement des charges de l'assistance publique et des frais d'entretien de nos routes, met l'administration dans l'obligation de réduire, d'une façon notable, le crédit nécessaire à l'entretien dé notre route d'Oran. En 1863, 1 17,000 francs avaient été affectés à cette voie de communication; cette dépense descend h 110,000 francs en 1866, à
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100,000 francs en 1807 , se maintient au même chitîVe en 1868, et descend encore les années suivantes, comme nous le verrons plus loin, en même temps que le roulage prend de plus grandes proportions.
C'est ainsi que nous arriverons bientôt à une époque où le mal ne pourra plus être réparé qu'à l'aide de grands sacrifices , et après avoir causé de très-regrettables malheurs.
Il est dépensé, sur le chemin de Tlemcen à Mascara, une somme de 106,019 francs, provenant dune subvention de l'État, tandis que les chemins vicinaux ordinaires ne sont l'objet de quelques réparations qu'aux abords de la ville ou des centres de po])ulation auxquels ils aboutissent.
Les travaux militaires comprennent la construction des cabinets aux provisions dans le quartier de cavalerie, le mur de clôture et la pose de la grille au quartier d'infanterie , l'installation de pompes à l'hôpital.
La courtine 7-8, élevée l'année précédente , est achevée, et l'on fait le couronnement en tuiles. Ces diverses dépenses s'élèvent à I8,i3o0 francs.
Les observations qui précèdent, sur le mauvais état de nos voies de communication, s'appliquent également à l'année 1860, où 86,000 francs, dont 35,000 provenant d'une subvention de l'État, sont dépensés sur la route d'Oran , et 96,703 francs sur celle de Tlemcen à Mascara.
Nous signalons encore la mise en adjudication des travaux et fournitures du camp d'El-Haçaïba, la construction des locaux disciplinaires au quai'tier d'infanterie, l'installation de la forge aiusi (|nc celle des magasins au quartier de cavalerie , et l'édiKcation d'un four ii la maïuitentiou , dont l'ensemble a donné lieu à une dépense de 1 1 ,850 francs.
En 1870, ()o,000 francs seulement sont affectés à la route d'Oran, et 1 Ji,'2oi- au chemin de Tlemcen t\ Mascara.
Mais l'état de noire route départementale devient de plus en plus mauvais, et l'on se voit dans l'obligation de restreindre le nombre de colliers du roulage, i)roposition que coml)at la Chambre de commerce, comme devant apporter un grand trouble
dans l'état actuel des choses, et entraver Taccomplissement de plusieurs marchés , passés pour des livraisons ou pour le transport de marchandises , sans pouvoir empêcher le Préfet de prendre , le 1 2 octobre , un arrêté rég'lementant la circulation des grosses voitures.
Vers la fin de l'année la situation s'ag'grave encore > et la population est contrainte d'adresser à M. le Gouverneur général deux pétitions appelant son attention sur l'urgence qu'il y a à réparer promptement cette route.
Cependant l'examen attentif des causes premières de cette perturbation met en faveur l'idée de créer un chemin de fer destiné à faire disparaître à jamais de semblables inconvénients et dont on n'avait plus parlé depuis 1 857 .
La Chambre de co'nmerce d'Oran , chargée de transmettre les pétitions portant les doléances de notre population sur le mauvais état de nos routes , reprend l'examen de la ligne du Tlélat à Bel-Abbès , avec prolongement éventuel sur Tlemcen et sur Daya , et fait valoir les immenses avantages qui doivent résulter de son établissement.
L'élan ainsi donné , Messieurs Villenave frères sont accueillis avec empressement lorsqu'ils viennent étudier cette question sur place , et il ne faut pas moins que la malheureuse campagne de France pour empêcher alors la réalisation d'un projet en faveur duquel les habitants de Bel-Abbès souscrivent des sommes importantes.
A l'avenir nous verrons grandir cette idée, et nous suivrons avec intérêt les différentes phases qu'elle traversera avant d'aboutir.
La municipalité , pour faire disparaître les désavantages qui résultent de l'installation défectueuse de l'école la'ique des garçons , construit un nouvel établissement sur le boulevard sud , dont les dépenses s'élèvent à 35,000 francs , y compris les frais d'achat du terrain et du mobilier.
Les travaux du Génie en ville se bornent à la construction du magasin aux munitions et d'un hangar à l'hôpital . et au couronnement du bastion 4.
A El-Haçaiba, il est question d'élever une quatrième aile à l'ambulance et un magasin de campement , mais , dès le mois de novembre , on restreint tous les travaux qui ne s'appliquent pas immédiatement aux fortifications , pour concentrer tous les efforts du pays sur la défense nationale.
La route d'Oran devient encore moins praticable en 1871 ; cet état motive l'envoi de nouvelles pétitions , et amène la Chambre de commerce , au mois de septembre , à défendre les intérêts qu'elle représente , et qui sont menacés de voir fermer entièrement aux transports cette voie de communication si nécessaire.
Aussi des crédits importants sont-ils utilisés en vue de porter remède à ce mal, et Ion dépense, cette année-là, 200,209 francs sur la route d'Oran, dont 175,000 provenant d'nne subvention de l'Etat, et 73,174 francs sur le chemin de Tlemcen à Mascara.
Une proposition de M. Debrousse , pour la construction sur l'accotement de la route d'un chemin de fer à petite voie du Tlélat à Bel-Abbès , est , en outre , adressée le 22 décembre au Conseil général qui, après un premier ajournement et un examen attentif de cette demande, finit par la rejeter.
La commune affecte une somme de 1 1 ,000 francs à l'acquisition d'une maison destinée au dispensaire oia se trouve ime chambre servant de morgue.
Des réparations urgentes sont faites au caravansérail appartenant au Génie , dans lequel est installé le casernement du poste de gendarmerie des Ouled-Ali , tandis qu'à Bel-Abbès on fait les bureaux de la Sous-intendance militaire, on construit les égouts du quartier de cavalerie, et l'on achève diyers iravaux de remblais et de rejointoyement nécessités par les fortifications.
Pour continuer l'ordre précédemment admis, disons, tout d'abord, que la route d'Oran est dans un tel état, au commencement de l'année 1872, que le service desdili'gences ne peut plus avoir lieu peudant près d'un mois, et que les dépèches doivent être portées par des cavaliers. Cette mesure est prise k la suite
de la mort du nommé Baron , conducteur des Messageries , victime, le 5 février, d'un accident provenant de l'état déplorable de ce chemin. Un monument, élevé à sa mémoire près de l'Oued- Imbert , entre le oi^ et le 55** kilomètre , rappelle ce malheureux événement.
La population de Bel-Abbès , après avoir grandement souffert de ce manque de communication , adresse le 20 février une nouvelle pétition signée par 366 habitants à la Commission départementale , qui constate que , depuis quelque temps , des dispositions ont été prises pour réparer ces désastres , l'administration préfectorale ayant apporté toute l'activité possible dans la mise en train des travaux reconnus indispensables.
Cette année-là les dépenses faites sur cette route s'élèvent à 293,690 francs dont 93,700 francs provenant d'une subvention de l'État , et celles du chemin de Tlemceu à Mascara atteignent 83,914 francs.
Ajoutons qu'après une série d'études et d'examens dans lesquels nous n'avons pas à entrer ici , le Conseil général crée un service de Voirie dans le département d'Oran en remplacement des Ponts et Chaussées , et que la remise des travaux , du matériel et des archives a lieu dans les treize premiers jours du mois de juin 1872.
C'est d'après les rapports produits , à cette époque , par le nouvel agent-voyer en chef, que nous pouvons apprécier la situation des deux principales routes de notre circonscription.
La fréquentation quotidienne en colliers, réduits à raison de 1 , 4 pour les voitures vides , est estimée à 600 pour la route d'Oran à Bel-Abbès , dont la chaussée , complètement usée sur 22 kilomètres , a une épaisseur moyenne de 0,097 ; il est aussi reconnu que cette route se trouve déformée sur toute sa longueur.
Le nombre de colliers circulant sur le chemin de Tlemcen à Mascara est de 100, et l'épaisseur moyenne de la chaussée, de 0" 130. Sur ces 14 kilomètres à l'état d'entretien, 6 correspondent à ime bonne viabilité, 5 à une médiocre, 3 à une mauvaise; le surplus, soit 166,000 mètres, esta l'état de simple terrassement.
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Le 1 9 avril le Conseil général , sur la proposition de son président , décide que le cAernin de fer du Tlélat à Bel- Abbés est déclaré d'intérêt local, ainsi que son prolongement sur Tlemcen ; qu'il doit être procédé aux enquêtes et autres formalités nécessaires pour obtenir la déclaration d'utilité publique , et qu'enfin un appel sera fait à la concurrence des entrepreneurs pour l'étude définitive du tracé et du devis de la construction , avec des propositions de concession.
Les études terminées, cette même assemblée adopte, à l'unanimité , le o septembre , les offres qui lui sont faites , par M. Seignette, concernant cette voie ferrée.
Les travaux d'autres natures se bornent à la construction de deux ponts en pierre à Muley-Abd-el-Kader, pour remplacer ceux en bois qu'une crue de la Mekerra a emportés.
Le service du Génie substitue des pierres de taille aux couronnements en tuiles des fortifications , et établit des portières pour les canons ; ce sont les derniers ouvrages appliqués aux fortifications de Bel- Abbès jusqu'à l'époque où notre historique prend fin.
En 1 873 , la route d'Oran est dans un état satisfaisant , grâce aux rechargements exécutés sur 42,872 mètres ; on y dépense une somme de 111,985 francs et l'entretien revient à I fr. 17 le mètre courant.
Le chemin de Tlemcen à Mascara est en bon état dans les parties empierrées , c'est-à-dire aux abords de Bel-Abbès et de Mascara ; la dépense s'élève à i-2, 1 00 francs , et le prix du mètre courant d'entretien , à 0 fr. 51 .
Sur la proposition des représentants de Bel-Abbès, 2,000 francs sont dépensés sur le chemin de Daya, et 17,000 francs sur celui de Magenta, qui acquièrent , chaque jour, plus d'importance , à la suite de l'extension toujours croissante que prend le commerce deTalfii dans ces contrées.
La question du chemin de fer de Bel-Abbès suit une marche régulière , et nous n'avons à signaler actuellement que de nouvelles études entreprises par la direction des chemins de fer algériens, et le refus du Conseil général , dans sa séance du 21
avril, de communiquer à cette compaj^nie , sans l'assentiment (le M. Seignette, les études faites précédemment par l'agent voyer en chef du département.
La prison civile est toujours installée dans une maison en location , où les détenus sont renfermés dans des chambres qui manquent de jour, d'espace et d'air, et qui ne permettent pas d'observer les conditions d'isolement et d'hyg-iène les plus indispensables.
La municipalité fait construire sur l'oued Sarno un pont en pierre, d'une valeur de 10,000 francs, pour assurer les communications du Tessalah avec le chef-lieu de la commune.
Dans les premiers mois de cette année , remise est faite par le chef du Génie à l'Administration de la circonscription cantonale de la commune indigène de Bel-Abbès , de l'immeuble primitivement construit pour le bureau arabe , et qui avait été affecté à l'installation du Commandant supérieur. Par la suite il deviendra la résidence du Sous-préfet et contiendra les bureaux de son administration.
En 1874, les dépenses faites sur la route d'Oran s'élèvent à 170,000 francs, et le prix du mètre courant d'entretien, à 2 fr. 74 c. , ce qui indique bien que le roulage va sans cesse en augmentant. Depuis 1859 jusqu'en 1874 inclusivement, il a été dépensé sur cette route 2,029,971 francs, soit 37,661 francs par kilomètre.
Le chemin de Tlemcen à Mascara est maintenant empierré sur 23,500 mètres, dont l'état est satisfaisant; 31,389 francs ont été dépensés cette année , et l'entretien s'est élevé à 1 fr. 19 par mètre courant. La dépense totale , depuis 1859, s'élève à 1,200,182 francs pour ce chemin, à 47,793 francs pour celui de Daya, à 17,001 francs pour celui de Magenta, et à 30,000 francs pour celui de Bel-Abbès au Sig.
La situation des chemins vicinaux de grande communication , d'intérêt commun et ordinaires de l'arrondissement se résume ainsi à cette époque :
DÉSIGNATION des communes
Éleodue
des chemins
vicinaux
sur le territoire
de la coicmane
Longueurs
à l'état
d'entretien
Longueurs
en construction
Longueurs
en
lacune
Sommes |
dépensées I
en 1874 <
par !
les communes
Mètres
Mètres
Mètres
Mètres
Francs i
Bkl-Abbks . . .
SlDI-L'HASStX