MARCHANDISES IMPORTÉES
Tonnes |
par prolait'
Alfa
Céréales et lé!,'iimes sers . . .
Dois (le chauffage et charbon .
Ecorces
Farines et son. . ....
Divers : Maieriaux de construction, vin, esprit, luts et chiffons
Messageries
Denree-i alimentaires. . . .
Fonte, fer, métaux
l'ierres de taille
Total
21 GGO
G.OIG
Divers articles de Paris, quincaillerie, vêtements, objets manufactures
Denrées alimentaires. . . .
Maieriaux de construction . .
liois ouvres
Vin, vinaigre
Denrées fraîches el messageries
Fonte, fer, métaux. . . .
Houille el coke
Total
Le commerce, en un lieu déterminé, se compose des produits échangés sur place, de ceux livrés au dehors et de ceux enfin que l'on introduit dans le pays pour les besoins intérieurs. Mais, dans la statistique qui précède, nous n'avons pu tenir compte que des deux dernières opérations, et encore devons-nous faire cette
réserve que les chifires de l'importation et de Texportation ne comprennent pas certains produits que nous tirons directement de l'intérieur de la colonie ou des arrondissements voisins : laines, bestiaux, huile, et que nous consommons ici même, ni ceux que nous expédions dans ces mêmes endroits et qui proviennent de nos cultures : céréales, farines, lég-umes, objets nécessaires aux approvisionnements militaires et à ceux des Indigènes du sud.
Il y a là assurément un appoint sérieux qu'il est regrettable de négliger, mais sur lequel nous n'avons pu nous procurer des renseignements suffisamment exacts. Il convient, enfin, d'ajouter au mouvement total des marchandises, en 1880, environ 6,000 tonnes qui ont été transportées par le roulage qui emprunte la route d'Oran.
Du 1" juillet 1877 à la fin juin 1878, année de l'ouverture de la ligne ferrée de l'Ouest-Algérien, le roulage sur cette route, d'après une moyenne des comptages exécutés par la compagnie du chemin de fer et par la voirie départementale, avait exporté 20,000 tonnes de produits et importé 12,000 tonnes de marcliandiscs. En 1879, ces chiffres sont descendus pour le retour et l'aller réunis à 8,000 tonnes, et il ne sera que de 6,000 tonnei^ en 1881 pour se maintenir longtemps dans ces limites, car il existe des entreprises qui, tout en abouti.>^.sant au chef-lieu, desservent les différents centres échelonnés sur cette route.
Depuis l'ouverture du chemin de fer, le mouvement général du commerce n'a cessé d'aller en augmentant, comme cela avait dt'^jà lieu dans le pa.ssé, et sur Oo, i-3() tonnes transportées en 1 880, l'exportation est comprise pour les 4/5 et l'importation pour 1/5 seulement.
L'exportation est surtout importante pendant les mois d'août, de septembre, d'octobre, de juillet et de novembre, pendant lesquels on transporte la plus grande partie de la récolte des céréales et bi\iucoup d'alfa, les mois les plus faibles, sous ce rapport, sont ceux de février, d'avril, de janvier et de juin, dont les transports sont particulièrement alimentés, en dehors de
l'alfa, par les écorces, les farines, le bois de chauffage et le charbon.
Les douze mois de l'année 1880 sont par ordre dimportance pour l'ensemble des transports de marchandises importées et exportées : août, octobre, juillet, septembre, novembre, décembre, mai, mars, avril, janvier, juin, février.
Il est aisé de voir, par ce qui précède, que l'arrondissement de Bel-Abbès, qui est essentiellement agricole, tendra sans cesse à faire baisser ses importations, sauf pour les produits manufacturés, et à augmenter ses exportations, auxquelles viendront s'ajouter dans l'avenir bien des produits qui n'ont pu être utilisés dans le passé faute de moyens de transports économiques.
C'est ainsi que la statistique constate déjà une augmentation importante sur nos envois de bois de chauffage et de charbon, d' écorces, de farines et de son, de vin et de matériaux divers, l'inscription de denrées alimentaires qui précédemment ne fig'uraient pas parmi les produits d'exportation, ainsi qu'une diminution de plus d'un quart dans la réception des vins et vinaigre importés.
Nous avons remarqué certaines années, comme en 1877, que les céréales figuraient tout à la fois à l'entrée et à la sortie, ce qui s'explique par la supériorité de nos blés tendres que les industriels du département voisin recherchent soit pour semences, soit pour en faire d'excellente farine, tandis que notre commerce local trouve un avantage réel à faire venir des blés moins beaux, mais qui, rendus sur place, ont un prix de revient moindre que celui des froments de la contrée.
Le commerce d'importation de Bel-Abbès est alimenté, avant tout, par les articles de Paris, les denrées alimentaires, les matériaux de construction, les bois ouvrés et les boissons; celui d'exportation l'est principalement par l'alfa, les céréales, le bois de chauffage, les écorces et les farines. Tous ces produits. compris ensuite dans le mouvement des marchandises du port d'Oran, dont ils représentent une notable partie, participent respectivement aux relations établies entre la colonie et différents pays. Notre arrondissement fait de la sorte des échanges
suivis avec le reste de la province d'Oran, le département d'Alger, la France, l'Espagne et l'Angleterre.
Or, la culture des céréales étant désormais entre les mains des Européens, grâce k d'importantes acquisitions de terres, cette production tendra à augmenter sérieusement, et, dans tous les cas aura un rendement régulier, proportionné, il est vrai, à la quantité de pluie tombée pendant la dernière période de la végétation, mais qui assurera autrement la fixité de nos marchés que ne le faisait autrefois la culture indigène.
Cette question des achats de terrains par les Européens a été un élément de commerce trop important, et a eu de tout temps une trop grande influence sur la ])rospérité de ce territoire pour que nous ne la signalions pas d'une faron particulière.
Ce genre de transaction a eu pour causes principales la valeur élevée des propriétés urbaines, qui en interdisant la spéculation de ce côté, a laissé disponibles de grands capitaux, et la nécessité pour l'agriculture, de plus en j)lus prospère, de se procurer de nouvelles terres pour occuper la main-d'œuvre et pour étendre ses cultures. L'établissement de la propriété arabe a ensuite rendu faciles ces acquisitions qui commencèrent dans les Hassasna en 1870, se continuèrent chez les Ilazedj en 1872, 1873, dans les Amarna en 1873, 1874 et 1875, dans la plaine de Messer, chez les Ouled-Ali et chez les Ouled-Zair, de cette dernière époque à nos jours, s'étendirent aux terrains situés au nord-ouest de la ville, depuis l'année 1875, en prévision de l'installation de la gare du chemin de fer en cet endroit, et les années suivantes, pnr suite de la réalisation de ce ]n"ojet, comprirent les terrains des portes de Daya, de Tlemcen et de Mascara dans le but d'élever des constructions rendues nécessaires par la cherté des lo^-ers en ville, et enfin plus récemment la riche et belle vallée de TifRlès jusqu'à Lamoricière dans l'espoir de l'établissement de la ligne ferrée de Bel-AbbèsàTlemcen, et aussi pour obtenir des terres de culture qu'il n'est plus possible de trouver dans un rayon assez grand autour de la ville.
D'un autre côté le commerce d'alfa est encore très-prospère, bien qu'il ait subi depuis (pielcpies années un certain amoindris-
sèment motivé par l'éloigriement des champs d'extraction, à la suite d'un arrachage abusif, par l'apaisement de la concurrence fiévreuse que nous avions constatée en 1874, et aussi, il faut bien le dire, par une certaine réserve dans laquelle se tiennent les acheteurs dans l'attente des résultats que donneront quelques voies ferrées nouvelles ainsi que d'autres pays producteurs jusque-là inexploités. On sait, en effet, que la Tunisie, par exemple, a vu son commerce d'alfa s'augmenter depuis quelques années d'une quantité égale à celle que perdait le nôtre.
Ces conditions se modifieront évidemment dès que notre chemin de fer sera prolongé jusqu'à ]\[agenta, et, d'une façon générale, dès que l'industrie française de la papeterie adoptera résolument l'alfa qu'elle utilise à peine en ce moment, bien qu'il enrichisse nos voisins depuis longtemps déjà.
D'ailleurs, au bout d'un certain nombre d'années d'exploitation, les voies ferrées ont pour conséquence d'augmenter le mouvement commercial d'un pa^^s, et nous sommes autorisé à dire que le même fait se produira inévitablement chez nous, puisque nous avons vu le bois de chauffage, le charbon, les denrées alimentaires, non exportées dans le passé, figurer pour un chiffre respectable dans les transports effectués dès les premières années par l'Ouest- Algérien. Ce résultat s'accroîtra encore par la suite, et bientôt il en sera de même pour nos magnifiques matériaux de construction.
L'état prospère du commerce de notre arrondissement est dû, en outre, comme dans le reste de la colonie, à ce qu'il est entrepris par les représentants de tous les pays qui concourent avec nous à l'œuvre de colonisation algérienne, ce qui multiplie la concurrence, les moyens d'action et les connaissances nécessaires pour obtenir de bons résultats.
Les principaux marchés hebdomadaires de la contrée se tiennent: le lundi, aux Ouled-Ali, à Ben-Youb, à Bou-Kanéfis et à Daya ; le mardi, à Mercier-La combe ; le mercredi, à Sidi- L'Hassen, et le jeudi, à Bel-Abbès. Il existe, en outre, un marché quotidien en ville, et un autre pour la vente des grains situé en dehors de la porte de Tlemcen,
Notre marché hebdomadaire du jeudi est un des plus importants du département, où l'on trouve en grande quantité des graines, de l'huile, des fruits, des légumes, des œufs, de la volaille, des épices, du sel, des nattes en palmier, des tissus et les animaux de toutes les espèces, dont le nombre est souvent très-élevé, comme le montre la statistique du mois de septembre 1877 où nous relevons, dans un seul marché: 250 bœufs, 350 vaches, 80 veaux, 2,000 moutons, 500 chèvres, chiffres qui varient en raison de nombreuses circonstances
Ces réunions, très-importantes parce qu'elles permettent de s'approvisionner facilement et qu'elles rapprochent les vendeurs et les acheteurs, sont l'objet de transactions qui s'élèvent ;\ des sommes considérables, que l'on évalue de 20,000 à 30,000 fr. par marché, en même temps qu'elles offrent l'aspect le plus original que l'on puisse imaginer par le mélange des individus de nationalités diverses qui s'y coudoient: Arabes, au nombre de près de 2,000, Juifs, Maures, Berbères, Coulouglis, Marocains, Nègres, Français, Anglais, Espagnols, Italiens, Allemands, Belges, Américains, Suisses, Grecs, Polonais, Hollandais, Russes, aux mœurs et aux costumes des plus variés.
En 1855, on évaluait le chiffre d'affaires traitées au marché arabe du jeudi, à 1 0,000 francs ; celui des Ouled-Ali donnait lieu à 8,000 francs de transactions, et celui de Daya, à 4,000 fr. En 1851, on avait abattu, à l'abattoir de Bel-Abbès, G, 352 animaux ayant donné lieu k la perception de 3,022 francs ; en 1880, le nombre de bêtes abattues s'est élevé à 15,405, se décomposant comme suit ; 1,118 bœufs, 143 taureaux, 503 jeunes vaches, 1,447 vieilles vaches, 260 veaux, 247 béliers, 9,027 moutons, chèvres et boucs, 44 jeunes brebis, 45 vieilles brebis, 1,204 agneaux et chevreaux, 1 ,300 porcs.
Il est bon aussi de rappeler qu'en 1853, les trois marchés de Bel-Abbès: fruits et légumes en ville, bois, charbon et four-, rage, en dehors de la ville, grains dans les anciens gourbis de l'artillerie, ont produit, en régie, 23,300 francs, tandis qu'en 1880, les droits de place, de marché, et d'abattoir mis en adjudication ont fourni la somme de 81 ,600 franco.
Quant aux résultats que nous avons été à même d'inscrire à l'avoir du mouvement commercial de ce territoire, ils ont été obtenus dans le passé sans crédit, avec des moyens de transport très-imparfaits, et des routes souvent impraticables.
Avec la création d'une succursale de la Banque de l'Algérie, et d'une Chambre de commerce, l'achèvement de notre réseau de chemins de fer, et l'amélioration de nos voies de communication, quel avenir ne serait-on pas en droit de lui prédire? Cette contrée offre, en effet, au commerce un champ d'action des meilleurs et des plus vastes, soit pour répartir sur ce territoire tout ce qui est utile à une population européenne de plus en plus nombreuse, soit pour exporter l'excédant d'une agriculture très-avancée et de l'industrie extractive très-dé veloppée, situation des plus heureuses qui mettra toujours à sa disposition d'excellents moj^ens d'échanges pour importer, en retour, ce qui fait défaut à notre arrondissement.