Scène première
DURO Y, XOHBEHT de VAItEXNE
(Au lever du rideau. Duroy est étendu s}ir la chaise longue. Il Ut un volume, bâille, le referme. Ut de nouveau, bâille encore. On sonne à lu porte du jardin.)
De Varenne entre. — Bonjour, Duroy !
DuRQfy, se levant. — Oh ! pardon, maître !... Si j'avais su !
Ue Varenne. — Comment va Forestier?
Duroy. — • Aujourd'hui, une activité fiévreuse... Il a voulu sortir... On a dû chercher une voiture... Il est parti avec Madeleine et le domestique.
De Varenne. — La ballade ne vous a pas tenté? Duroy. — Il voulait être seul avec Madeleine... Et d'ailleurs j'étais en bonne compagnie... Tenez, maître, ce n'est pas préparé. Vous voyez que je lisais votre dernier poème. J'adore les vers, les beaux vers ; et les vôtres sont sublimes.
De Varenne. — r Alors vous trouvez que ce n'est pas mal?
Dx'ROY. — C'est sublime !
Dé Varenne. — Je vous enverrai un exemplaire sur .Japon... Vous viendrez ce soir à Monte-Carlo?
Duroy. — Impossible ! je ne quitte pas Forestier. De Varenne. — C'est ennuyeux !... on donne notre nouvel opéra !
Duroy. — Les répétitions ont bien marché? De Varenne. — Très bien !... Mon collaborateur, le grand musicien, a eu son attaque de nerfs ; Gunsbourg m'a fait comprendre que j'étais un idiot... C'est au point, tout à fait au point... On ne travaille pas cet après-midi ; alors je suis venu voir ce pauvre Forestier.
Duroy. — Les camarades de Paris sont arrivés ? De Varenne. — Quelques-uns ! On attend les autres cet après-midi... Après la représentation, on soupera ; venez donc !
Duroy. — Non, vraiment ; ce ne serait pas chic. De Varenne. — Il est si bas?
Duroy. — Il est perdu.
De Varenne. — Ah !... Le patron viendra tout à l'heure.. Duroy. — Il est à Monte-Carlo?
De Varenne. — Il est venu assister à ma générale. Duroy. — C'est gentil.
De Varenne. — Oh !... prétexte pour passer deux jours avec la petite Bémol.
Duroy. - — Il est avec elle?
De Varenne. — Il l'a vue l'autre soir dans la revue des Capucines.
Duroy. — Un voyage, et il n'y paraîtra plus. De Varenne. — On ne sait jamais.
{Bruit de voiture, grelots.) Duroy. — Tenez ! c'est notre ami qui rentre.