Scène II
DUIIOY, WALTER.
Walteh. — Croyez-vous qu'elle est exaltée, hein?... C'est curieux ! toutes les femmes avec qui j'ai un peu vécu sont devenues mystiques...
DUROY. — C'est qu'elles souffraient.
Walter. — Farceur ! . . . Et vous, comment ça va ?
DuROY. — Très bien, comme vous voyez.
Walter. — Comment ça va, les femmes?
DUROY. — Oh ! Je n'y songe guère... Depuis mon divorce, je vis bien tranquille ; je travaille.
Walter. — Vous devez avoir une liaison extraordinaire..
DuROY. — Non !... J2 songe à me remarier.
Walteh.. — Ça n'empêche pas !
DuROY. — Qu'en pensez- vous?
Walter. — De quoi?
DuROY.,-Tr.tDe mon projet?
Walter. — Si vous trouvez vme femme intelligente et . riche...
DuROY. — Vous croyez que je peux avoir de telles prétentions...
Walter. — Je crois bien... Vous avez une situation admirable à la Vie française... Vous devez posséder un peu d'argent?
DuROY. — Presque un million.
Walter. — Tant que cela?
Dtjroy. — • J'ai spéculé assez heureusement.
Walter. -^- Enfin, vous êtes un très beau parti.
DuROY. — Le gendre rêvé?
Walter. — Certainement.
DuROY. — Le gendre que vous rêvez.
Walter. — Ah ! non... pas moi !
DuROY. — Pourquoi?
Walter. — Mais, cher ami, parce que Suzanne est très jeune... Et puis, parce que je la laLsse libre de choisir celui qu'elle épousera...
DuROY. — Alors si elle me choisissait?
Walter. — Et encore, mon devoir serait de la guider...
DuROY. — Vous ne lui conseilleriez pas de m'épouser, n'est-ce pas?
Walter. — Vous m'êtes très sympathique, Bel-Ami. S'il faut tout vous dire, je me retrouve en vous... mais les hommes comme nous ne sont pas faits pour être mariés... Je ne veux pas, voyezTVOus, que ma fille soit malheureuse comme sa mère.
DuROY. — Vous sentez bien, patron, que ce n'est qu'une plaisanterie... C'est venu ainsi dans la conversation...
Walter. — Naturellement !... naturellement !