Scène III
Les mêmes, LE CHEF DE CABINET, UN COMMAN- DANT, UN SÉNATEUR, UN DOCTEUR, UN HOMME SÉRIEUX, UN DÉPUTÉ, Mn>e de MARELLE.
Quand ces personnages sont entrés, les suisses referment la
porte. Toutes les répliques de celte scène sont adressées à
Duroy.
Le chef de cabinet, jeune, élégant, rosette de la Légion d'honneur. — Le Président du Conseil, cher monsieur, a regretté de ne pouvoir venir vous présenter luimême ses félicitations ; mais, mieux que personne, vous savez qu'il y a Conseil de Cabinet et vous voudrez bien excuser les obligations de la charge... Permettez-moi d'ajouter que je suis heureux et fier d'avoir été chargé de vousapporterles compliments de l'ami et du Gouvernement.
Duroy. — Cher monsieur... Je suis extrêmement touché. Veuillez dire au Président du Conseil combien je suis sen-
sible à cette attention... (Présentant à sa femme.) Monsieur Boulard, le bras droit du Président du Conseil.
Premier jeune homme. — Oh I Monsieur... Madame... Un Commandant. — Monsieur, le Ministre de la Guerre se rappelle la belle campagne que vous avez menée dans le journal si français de M. Walter... Il m'a ordonné, et j'en suis touché, de vous apporter ses félicitations... Permettezmoi de vous serrer la main bien chaleureusement.
Duroy. — Mon Commandant, je suis très ému... Je n'ai fait que mon devoir, et, s'il fallait un jour... croyez-bien que je serais là.
Le Commandant. — Je n'en doute pas... Madame... l 'N Sénateur. — Clier aini, la Ligue des amis de la Paix n'a pas oublié l'appui précieux que vous lui avez prêté dans la Vie française, le journal de M. Walter, que nulle question d'humanité et de progrès ne laisse indifférent... Au nom du groupe ijacifiste du Sénat, toutes mes félicitations.
Duroy. — Merci, mon cher Sénateur... Monsieur Revel, l'apôtre du pacifisme...
Le Sénateur. — Oh ! cher ami!... Madame... Un Docteur. — Je n'ose dire que je représente la. science, cher monsieur... Mais je n'oublie pas l'appui que, dans le pi-odigieux journal de M. Walter, vous avez prêté à mon ferment qui guérit tout...
Duroy. — Oh! vraiment!... Simple devoir d'homme et de citoyen.
Un Homme sérieux. — Vous vous êtes élevé, dans le grand journal de M. Walter, contre les progrès effrayants de la pornographie. Merci, monsieur, et toutes nos félicitations...
Duroy. — Pour que le pays soit florissant, il faut, avant tout, qu'il soit moral.
Un Député. — Mon cher, je vous félicite... vous n'avez que des sympathies à la Chambre... et, dans six mois, au renouvellement, vous serez des nôtres, c'est certain... Duroy. — J'en accepte l'augure.
Le Député. — Oui, oui. Madame !... il sera au Palais- Bourbon... D'ici, de la Madeleine, le chemin n'est pas long : d'un bond, il franchit la rue Royale, la place de la Concorde, le pont, et... pouff !... il tombe sur les bancs de gauche et rebondit sur le banc ministériel...
Duroy. — C'est bien rapide !
Le Député. — Vous verrez ! vous verrez !... Nous en reparlerons quand vous serez ministre et que je viendrai vous demander une faveur. Parions que vous aurez oublié ma prédiction.
Duroy. — Mais non ! mais non !... elle me touche infiniment !
Mrae DE Marelle. — Bonjour, Bel-Ami... Vous permettez. Madame, que je l'appelle toujours ainsi?
Suzanne. — Certainement, chère madame, et appelezmoi toujours Suzanne.
]y£me jjE Marelle. — Il m'a bien négligée depuis quelques mois.
Duroy. — Excusez-moi : j'avais tant de choses à faire... M°»e DE Marelle. — Oh ! mais c'est naturel... Il suffit de regarder votre femme, on comprend que vous soyez pris, très pris...
Suzanne. — Vous êtes très gentille.
]yjme j)j5 Marelle. — Quand vous serez revenus... car vous allez voyager?...
Suzanne. — Nous partons pour la Sicile... Duroy. — Pour quelques jours...
Suzanne. — Oh ! quelques semaines...
Duroy. — Enfin, le plus longtemps possible... Mais il y a le journal...
Suzanne. — Hélas !
M ""« de Marelle. — Enfin, quand vous reviendrez, ne nous oubliez pas trop... Il ne faut pas abandonner tout à fait ses anciens amis.
Suzanne. — Oh ! mais nous n'en avons pas l'intention. . . Mine DE Marelle. — Au revoir, Suzanne... Je suis bien heureuse de vous avoir embrassée et félicitée. Suzanne. — Mais moi aussi... madame.
M™e DE Marelle. — C'est vous surtout, qu'il faut féliciter : vous avez plus que vous ne méritez.
Duroy. — Pardon ! pardon !... Je mérite beaucoup de choses !
Suzanne. — Quel enfant !
M™« DE Marelle. — Allons, au revoir, cher monsieur, et à bientôt.
Duroy. — A bientôt, chère Madame...
Saint-Pothain. — Ouvrez les portes... Deuxième série... (Les Suisses ouvrent les portes.) (Rideau.)
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