Louis Bamnedx, Les Bom-aes du Travail. (Bruxelles
d'armes au travail. C'est là une méthode très efficace, mais le procédé est d'autant meilleur que le système est moins apparent.
Beaucoup de communes aussi ont créé des bureaux officiels de placement : dans certaines on se contente d'ouvrir un registre sur lequel peuvent signer les patrons et ouviiers à la recherche de travail. Mais ce procédé rudimentaire ne produit pas grand fruit, si on ne crée un bureau spécial, ou si l'office ne fait pas l'objet des soins particuliers d'un homme compétent. Des bureaux de ce genre ont été créés à Molenbeek, Enghien, Alost, Schaerbeek, Saint-Gilles, Saint-Nicolas et Malines.
Les bureaux qui ont eu le plus de succès sont ceux créés par des institutions mixtes et administrés par des délégués d'associations patronales et ouvrières, sous le contrôle et avec l'appui des administrations communales. C'est d'après ce procédé que se sont créées les Bourses de Liège, Bruxelles, Gand, Charleroi et celle des cantons de Boussu, Dour et Pâturages, à Pâturages. Ce sont ces institutions là qui placent officiellement le plus d'ouvriers. Malheureusement leurs statistiques, publiées mensuellement dans la Bévue du Travail^ laissent souvent beaucoup à désirer au point de vue de la méthode.
La plus connue de ces institutions est la Bourse du travail de Bruxelles où le placement n'est gratuit que pour les ouvriers. Les détails de l'organisation, fort intéressante, sont surtout l'œuvre de M. Ch. de Quéker : c'est l'une des trois branches de l'Œuvre du travail de Bruxelles qui comprend aussi le Comptoir et la Maison du travail.
Selon l'usage belge, les institutions isolées sont réunies en un certain nombre de fédérations : les associations chrétiennes sont en général groupées autour de la Bourse naiionale du Travail dont les 78 cercles affiliés envoient et reçoivent chaque jour la liste des demandes et des offres de places. Les bourses neutres font partie de la Fédération des bourses du travail dont le but est surtout de créer entre les bourses affiliées des relations, qui leur facilitent le placement des personnes s'adressant à chacune d'elles.
Un vaste projet, devenu caduc par la dissolution des chambres, tendant à l'organisation du marché du travail industriel et agricole avait été déposé à la Chambre des représentants par M. Hector Denis. Celui-ci poursuit une organisation systéma-
tique et unitaire de ces institutions qui devraient être soumises au contrôle des pouvoirs publics. Mais la section centrale s'était prononcée contre le projet qui lui paraissait une ingérence trop forte de l'État en une matière où l'initiative privée a déjà produit de grands résultats.
Jusqu'ici la mission de l'Etat en matière de placements se limite à la publication, dans la Bévue du Travail, d'une chronique indiquant l'état du marché du travail dans chacun des grands centres industriels.
» Ces demeures se louent 1 fr. 09 par semaine et le personnel » de chaque masure est toujours complet. Cet enclos, d'une valeur » de 40,000 fr., rapporte 7,280 fr. de revenu par an.
» Ces agglomérations de chenils, qu'un auteur a justement » stigmatisées du nom de nids de fièvres, peuvent être considérées » comme de petites cités. On y trouve des cabarets, des boutiques, » et tout ce qui est nécessaire à la subsistance de ces malheureux » habitants, de sorte que les ménagères et ceux qui travaillent à » domicile ne franchissent presque jamais les limites de l'im- » passe »,
Tels sont les termes en lesquels, dans une enquête officielle, la Société de médecine de Gand peignait Tétat des logements ouvriers dans un des enclos où habitait, en 1846, le quart et peut-être le tiers de la population gantoise, où la majorité de la population des fabriques venait se reposer d'un labeur de douze à quatorze heures par jour. Ces ouvriers avaient cependant le bonheur de posséder des maisons isolées, pour un ménage ! Que dire des autres, qui habitaient en quartier.
Comparez à ces taudis, aujourd'hui rares, les jolies, gracieuses, et claires maisons ouvrières que la Caisse générale d'épargne et de retraite a fait élever dans l'annexe de Vincennes, où tout respire la joie de vivre et le bien-être, où le soleil entre librement de tous les côtés, où on respire largement et où l'ouvrier ne doit plus ressentir l'aspiration vers le luxe malsain du cabaret qui exerce une si grande fascination sur tant de chefs de ménage.
Ce ne sont pas là des plans théoriques que la Caisse générale a demandés à des ingénieurs et à des architectes pour des ouvriers de rêve, hors de la vie rude et dure de ce monde, mais bien des maisons qui ont effectivement été bâties pour des ouvriers belges et à leur demande expresse. Ce sont les reproductions des demeures de M. Antoine Dispa, traceur, rue Courtaud, à Chênée ; de M. Bernard Desmidt, ouvrier tapissier, domicilié à Bruges, rue du Marais, 86* ; de M. Emmanuel Filleul, bouilleur, à Forchiesla-Marche ; de M. Pierre Moutschen, ouvrier agricole, à Rogery, près Vielsalm, et de M. Charles Ceuppens, boute-feu, rue du Printemps, n® 6, à Ixelles. Ces maisons leur coûtent respectivement 4,126 fr., 3,100 fr., 4,300 fr., 4,000 fr. et 2,638 fr., et pour les acquérir ils paient, pendant un temps plus ou moins long, une mensualité de 21.60 fr., de 16.60 fr., de 26 fr., de 11 fr. et de
17.60 fr. Dans ces payements est chaque fois comprise l'assurance sur la vie du capital nécessaire à l'amortissement immédiat du prix de la maison en cas de décès du propriétaire au cours de ses payements échelonnés.
Un abîme sépare ces agréables constructions des horribles masures que nous avons décrites tantôt, et la comparaison entre ces deux types d'habitation permet de juger tout le chemin qui a été parcouru en cette matière depuis un demi siècle.
Ce n'est pas seulement le chemin parcouru que nous montrent les petits palais de l'annexe de Vincennes, mais encore tout celui qui nous reste à faire, car on ne doit pas chercher bien loin ni entrer bien profondément dans la vie sociale de la Belgique pour découvrir des demeures qui se rapprochent plus du typé de Tenclos Batavia que des maisons si gaies reconstruites à Paris.
Cependant la situation s'améliore indiscutablement. Tous les ans, plusieurs de ces quartiers ignobles disparaissent devant la pioche des démolisseurs, et nos administrations communales prennent souvent soin que les travaux d'expropriation publique soient dirigés de manière à détruire une de ces survivances d'une époque où les règles de l'hygiène publique étaient tout à fait ignorées.
Les bureaux de santé et d'hygiène ont un grand rôle dans cette disparition des demeures malsaines etdans la recherche des maisons à améliorer : ils sont les initiateurs de l'exercice du pouvoir de faire fermer les maisons inhabitables, que la loi accorde aux bourgmestres, et la crainte d'un arrêté d'interdiction a fait améliorer des milliers de maisons.
Le succès très réel de ces mesures, qui n'ont pas cependant produit tout leur effet encore, se démontre par la diminution considérable et continue de la mortalité dans le pays et spécialement dans les grandes villes. La diminution si remarquable de l'intensité des maladies épidémiques tire sa cause principale de l'amélioration des logements et des mesures de désinfection que ces bureaux prennent chaque fois que se produit un cas de maladie contagieuse. D'année en année, des pouvoirs plus considérables leur sont attribués : on a pu étudier tout l'effet de cette législation dans l'exposition de la classe 111, qui avait pour objet l'hygiène publique et privée.
Les mœurs nouvelles, ramélioration incontestable du bien-être public et d'autres causes générales contribuent sans doute largement à cette amélioration des logements. Cependant ces efforts épars auraient abouti souvent à des échecs, n'eût été la création ©n Belgique de deux institutions spéciales, organisées par la loi du 9 août 1889, relative aux habitations ouvrières et à l'institution de comités de patronage. Ce sont les sociétés de maisons ouvrières et les comités officiels de patronage. Cestàl' intervention de ces organisations que se sont bâties les cinq maisons ouvrières reproduites àVincennes, comme il s'est déjà construit en Belgique en won 16,000 maisons dont la propriété appartient ou appar* tiendra à des membres de la classe ouvrière ou à des personnes occupant des positions sociales analogues.
Quinze mille propriétaires sur 1,600,000 ouvriers, journaliers et domestiques que compte la Belgique, c'est peu, surtout si l'on tient compte que beaucoup de ces maisons soi-disant ouvrières sont en réalité occupées par des fermiers, des employés, des commerçants et des petits rentiers.
Mais c'est du moins quelque chose d'appréciable ; et l'effort doit d'autant plus être signalé que le nombre de ces maisons va sans cesse en augmentant dans des proportions plus rapides, et qu'il est impossible de dire où ce mouvement s'arrêtera.
Comme on vient de le voir, ce développement de la construction des maisons ouvrières est le résultat du fonctionnement de la loi du 9 août 1889 et des lois et arrêtés pris en conséquence.
Cette loi a introduit diverses mesures qui ont donné à la construction des maisons ouvrières et surtout à leur appropriation par la classe ouvrière une intensité considérable.
Les principales de ces mesures sont les suivantes :
1» La création de comités de patronage chargés de favoriser la construction et la location d'habitations ouvrières salubres et leur vente aux ouvriers, soit au comptant, soit par annuités; d'étudier tout ce qui concerne la salubrité des maisons habitées par les classes laborieuses et l'hygiène des localités où elleà sont plus spécialement établies, et d'encourager le développement de l'épargne et de l'assurance, ainsi que des institutions de crédit, de secours mutuels et de retraite * ;
1. Le règlement organique de ces Comités de patronage des habitatioiis ouvrières fait l'objet d'un arrêté royal du 7 juillet 1891.
26 mars 1891, s'exerce d'après deux procédés différents, mais le premier, relatif aux prêts faits à des particuliers agissant en dehors de l'activité des sociétés, n'a jamais été appliqué qu'à 63 individus et est complètement tombé en désuétude depuis le développement rapide pris par les sociétés de maisons ouvrières. Nous pouvons donc le négliger, car en fait, aujourd'hui, l'action de la Caisse d'épargne s'opère exclusivement par l'intermédiaire de sociétés constituées conformément à la loi du 9 août 1889.
A celles-ci, la Caisse d'épargne prête d'après deux bases différentes.
D'abord, pour les sociétés anonymes de crédit^ c'est-à-dire pour les sociétés avançant aux ouvriers l'argent nécessaire à la construction de leurs maisons, elle donne la moitié du capital souscrit et non versé par les actionnaires. Comme ceux-ci sont presque tous des philanthropes riches et généreux, le risque que court la Caisse d'épargne est assez restreint de ce chef: la solvabilité des actionnaires est en général très grande.
A toutes les sociétés de crédit , elle prête, en outre, des capitaux équivalents aux trois cinquièmes de toute garantie fournie à la société sur des immeubles dont la valeur doit excéder d'un neuvième au moins le chiffre du prêt correspondant.
Enfin, aux sociétés de co7istructionj la Caisse d'épargne peut faire des avances à concurrence do la moitié de la valeur des immeubles appartenant à la société.
A combien peuvent s'élever en fait ces avances? C'est presque illimité, pourvu qu'on continue à donner les garanties nécessaires à de nouveaux prêts.
Prenons, par exemple, une société du type le plus ordinaire : une société anonyme de crédit, fondée au capital de 100,000 fr., dont 10,000 francs versés par les souscripteurs.
La Caisse d'épargne peut prêter la moitié du capital qui reste à verser, soit 46,000 francs. La société a ainsi un premier fonds de roulement de 66,000 francs. Sur chaque prêt hypothécaire qu'elle fera la Caisse d'épargne lui prêtera encore les trois cinquièmes du capital, c'est-à-dire que la Caisse d'épargne ajoutera de nouveau 82,000 fr. aux 66,000 fr. de capital de roulement.
Ce n'est pas tout. Comme il est convenu que les premières mensualités payées par le propriétaire servent d'abord à dégager l'argent avancé par la société, les 66,000 fr. rentreront rapidement dans la caisse de la société qui pourra faire de nouveaux
prêts, sur lesquels la Caisse d'épargne fournira à nouveau les trois cinquièmes, et ainsi de suite sans autre limite, pour ainsi dire, que le nombre des habitations que les ouvriers désirent acquérir.
Prenons, par exemple, la situation de la société V Union des cantons de ChâtcleUOossélies pour les habitations ouvrières, petite société au capital de 111,000 fr. dont 11,100 versés. Avec ce capital minuscule, majoré, il est vrai, de 828,023 fr. prêtés par la Caisse d'épargne, elle est parvenue à faire construire 613 maisons ouvrières, ce qui ne Ta pas empêchée de mettre dès à présent à la réserve 19,963 fr. 39. La société de Châtelet- Gosselies a donc pu disposer d'un capital égal à 76 fois le capital versé.
Et, non contente d'ouvrir largement ses trésors, la Caisse d'épargne a accordé longtemps un taux de faveur pour ces prêts : elle a permis d'emprunter plus de 28,000,000 au taux excessivement réduit de 2 1/2 p. c, tandis que les intérêts sur les sommes versées en compte courant à la caisse étaient bonifiés au taux de 3 p. c.
On comprend combien dans ces circonstances la tâche des sociétés de crédit était facilitée, 6t combien la philanthropie s'est jetée sur cette forme d'activité, où elle pouvait faire beaucoup avec peu d'argent, et encore ce peu d'argent nécessaire était-il prêté à intérêt et avec moins de danger que n'en présente un placement industriel ordinaire.
Le succès a dépassé toute attente. L'arrêté royal du 26 mars 1891 avait limité au quart de la réserve de la Caisse d'épargne le montant des avances à faire aux sociétés de crédit. Cette quotité fut rapidement épuisée et, dès le 10 novembre 1892, on décida d'entamer un second quart; le 14 juin 1894 on entamait la seconde moitié, bientôt absorbée elle aussi.
Le 4 juin 1896, le Conseil général fut amené à autoriser la Caisse à affecter 6 p. c. du total de ses placements aux prêts aux sociétés de maisons ouvrières. Mais la rapidité avec laquelle ces nouvelles disponibilités disparaissent a obligé la Caisse d'épargne à prendre des mesures pour retarder un peu ce mouvement trop intense et à porter le taux de ses prêts de 2 1/2 et 3 p. c. à 3 et 3 1/4 p. c. : cette décision a été prise le 27 juillet 1899 *.
1. Im Caisse d'épargne et de retraite de Belgique et ses différents services. Bruxelles 1900.
Pour ces faveurs si grandes, la Caisse d'épargne n'exige qu'une seule garantie : c'est que les capitaux placés dans ces sociétés ne rapportent pas à leurs propriétaires une rémunération supérieure à 3 p. c. de la somme versée.
A ce mouvement si intense vers la constitution de homes ouvriers, il n'y avait pour les initiateurs qu'un seul écueil. Que deviendraient, en cas de décès du propriétaire, ces milliers de maisons dont le prix n'était pas encore soldé? Bien souvent aucun enfant ne serait désireux de reprendre ces versements et d'un autre côté à quel prix évaluer et comment payer la valeur de ces reprises dans la succession d'un insolvable ? Questions presque insolubles et qui eussent compromis le sort du mouvement si, en bonne mère des maisons ouvrières, la Caisse d'épargne n'avait trouvé ici aussi une solution: l'assurance mixte sur la vie, qui lui était du reste indiquée par la loi du 9 août 1889.
Moyennant un supplément de prime, variable suivant l'âge de l'assuré, mais en tous cas assez léger, l'ouvrier se voit assuré en tout cas de la propriété intégrale de son home à l'heure de sa mort : il peut même procurer aux siens par ce procédé un petit capital supplémentaire pour ce moment où l'argent est toujours si nécessaire.
Ce système a eu un grand succès et presque tous les prêts se font avec combinaison d'assurance mixte : 10,914 sur 13,697 en cours au 1®»" janvier 1900.
Comme on vient de le voir, 16,000 maisons environ sont actuellement en cours d'acquisition : le montant de chacun des prêts à faire dans ce but ne peut dépasser 6,000 fr. à Bruxelles, Liège, Gand et Anvers; 6,0U0 fr. dans le reste du pays. Cest la seule garantie qu'on ait vraiment à faire à des personnes appartenant plus ou moins à la classe ouvrière.
Le mouvement a surtout été intense en Wallonie pour les sociétés anonymes de crédit : 66 sociétés de ce type s'y sont formées et parmi elles figurent les onze sociétés les plus importantes du pays, notamment «le Foyer de l'ouvrier», de Liège, qui a déjà servi d'intermédiaire à la construction de 1,211 maisons.
Les sociétés de construction sont les plus nombreuses en Flandre, mais elles sont loin d'avoir l'importance des sociétés de crédit : la Caisse d'épargne ne leur a guère prêté plus d'un million.
La Caisse d'épargne a été la principale instigatrice du meuve-
beaucoup plus difficile si des capitaux n'étaient pas mis à leur disposition à un taux d'intérêt de faveur^ que seuls peuvent accorder les pouvoirs publics.
Ce fonctionnement ne serait cependant pas tout à fait impossible, car les opérations de prêt et de garantie sont si simples et si sûres que des institutions financières n'ont pas hésité à entreprendre les opérations que réalisait la Caisse générale d'épargne pour les maisons ouvrières.
Dans les circonstances présentes, elles ne pouvaient naturellement songer ni à faire la concurrence sur le terrain des constructions pour travailleurs manuels, ni à prêter l'argent au taux extraordinaire de 2 1/2 ou de 3 o/o.
Aussi les opérations qu'elles ont faites ont-elles naturellement été limitées aux classes sociales et aux types de maisons qui ne pouvaient prétendre aux faveurs de la loi du 9 août 1889.
La Compagnie belge d'Assurances générales sur la vie, les fonds dotaux et les survivances, à Bruxelles *, a exposé à Paris son organisation à côté de celle de la Caisse d'épargne. En 7 ans, la Compagnie avait prêté 6,466,612 fr. à 446 emprunteurs désireux de se construire des maisons et, d'année en année, le service prend plus d'extension. En 1899 seulement elle a prêté 4,374,212 fr. à 267 emprunteurs. Elle aussi a son réseau, encore restreint, de sociétés intermédiaires et son système d'assurance mixte sur la vie.
Le mouvement qui tend à donner à l'ouvrier la propriété de son home est une des œuvres de patronage les plus intéressantes de la Belgique : des milliers et des milliers d'ouvriers en ont déjà profité, et à ce titre il méritait d'attirer l'attention du public. C'est ce qu'a parfaitement compris l'actif et distingué directeur général de la Caisse d'épargne, M. 0. Lépreux, quia fait de l'exposition des habitations ouvrières lui des coins les plus pittoresques et les plus intéressants de l'exposition belge. Mais jusqu'ici la participation de la classe ouvrière à la direction même de cette œuvre a été très restreinte. Cependant, divers indices semblent indiquer que le moment pourrait ne plus être très éloigné où le mouvement, jusqu'ici patronné par les philanthropes, passera aux
1. Compagnie belge d^ Assurances générales sur la vie, les fonds dotaux et les survivances, Bruxelles. Société anonyme fondée en 1824. Documents relatifs à son organisation et à son fonctionnement. Bruxelles, Bruylant,
mains de la classe ouvrière même, et deviendra une œuvre sociale comme les coopérative building societies qui ont pris une si grande extension en Angleterre et en Amérique sous la direction et l'impulsion des intéressés eux-mêmes.
A côté des sociétés financières, bien des patrons belges se sont occupés de cette question des logements ouvriers, sains, commodes et à bon marché. Nous ne pouvons naturellement indiquer tous les modes d'intervention qu'ils ont imaginés. Mais à l'exposition même, nous en trouvons déjà plusieurs des plus intéressants.
Ici — c'est à la Compagnie générale des conduites d'eau, de Liège — le patron se contente de souscrire des actions (10) à chacune des trois sociétés constituées en cette ville pour favoriser la construction et l'achat de maisons ouvrières *.
Là — c'est à la puissante Société de la Vieille-Montagne — le patron travaille énergiquement à rendre l'ouvrier propriétaire de sa demeure, encourage l'épargne à cet effet et parvient à réunir ainsi autour de ses usines un noyau d'ouvriers dévoués et stables : ici, elle a morcelé des terrains qui lui appartenaient et les a cédés aux ouvriers à des prix réduits; ailleurs, elle a vendu les matériaux de construction aux ouvriers à prix de revient ; ailleurs encore, elle a bâti elle-même des maisons pour les revendre. Dans l'ensemble, elle a si bien réussi que « le nombre de ses ouvriers ou contremaîtres qui, par l'un ou par l'autre de ces moyens, sont arrivés, dans les divers établissements do la Société, à être propriétaires des maisons qu'ils habitent est d'environ 2,000 » «.
Ailleurs — par exemple aux établissements De Naeyer et G», à Willebroeck — le patron a constitué une société de maisons ouvrières, l'une des premières de Belgique, et, moyennant un loyer de 7 **/o, inférieur au loyer de la généralité des maisons de travailleurs, il assure aux ouvriers la propriété de leurs demeures. D'autres maisons sont fournies gratuitement à des contremaîtres, à des surveillants et à des ouvriers méritants : dans le village de Willebroeck ont été construites ainsi 521 maisons divisées en 11
1. Exposition universelle de 19U0. Compagnie g^énérale des conduites d'eau, Liège-Belgique. Institutions patronales.
2. 1837- 190U. Institutions ouvrières de la Société de la Vieille-Montagne» Exposition universelle. Paris, 1900.
groupes^ bâtis entre 1863 et 1899 *. Le succès remporté ainsi par le patron a engagé celui-ci à tenter, par des procédés analogues, une autre œuvre méritoire : fournir des bateaux aux pêcheurs de notre côte.
Le Val Saint-Lambert va plus loin encore et considère qu'il est du devoir de l'industriel de fournir gratuitement le logement à tous ceux qui sont employés chez lui. Il a ainsi construit successivement une première cité ouvrière avec 102 logements contenant 347 chambres et 476 habitants, tous donnés gratuitement, avec des jardins de 2 à 3 ares; puis une seconde et une troisième cité contenant 64 logements avec 190 chambres et 308 habitants : une bonne partie de ceux-ci ont le logement gratuit ainsi que des jardins, les autres payent un léger loyer. Si les développements de l'usine n'ont pas permis de continuer à fournir indéfiniment le logement gratuit, la Société a tenu à perpétuer cette tradition en accordant une indemnité mensuelle de 6 francs par mois à tous les ouvriers verriers, souffleurs, tiseurs et chefs de place qui ne sont pas logés gratuitement *.
Bien des procédés encore ont été imaginés par les patrons pour fournir à leurs ouvriers des habitations salubres et agréables: il est impossible de les analyser tous ici.
La question des logements ouvriers a, comme on vient de le voir, déjà fait de nombreux progrès en Belgique et, chaque jour, la situation s'améliore encore sensiblement.
Mais ce n'est pas à dire que. à cet égard, tout soit déjà parfait, loin de là. 11 y a encore beaucoup à faire et les enquêtes infatigables auxquelles se livrent les comités de patronage des maisons ouvrières montrent que, dans toutes les régions de la Belgique, subsistent des habitations malsaines.
A Gand même, d'après une enquête P^cente, faite par le Comité de patronage des maisons ouvrières, il y a 142 enclos réellement malsains et dangereux à habiter, et 119 autres qui, sans être inhabitables, nécessiteraient cependant des travaux d'amélioration urgents. Malgré la disparition de « Batavia » et de centaines de ces taudis, ces enclos renferment encore 1044 maisons malsaines et 1060 à améliorer d'urgence.
1. Exposition universelle de Paris, 19CX). Notices et Benseij^ements sur les Institutions ouvrières des établissements De Naeyer et C*«, WillebroeckiÇelgique. Bruxelles, Mertens, 1900.
2. Cristalleries du Val Saint-Lambert. Institutions patronales établies en faveur des ouvriers de la société anonyme. Liège, 1900.
pins intelligente, consent rarement à habiter des logements vraiment malsains. L'œu\Te est, du reste, déjà très avancée.
Mais, en outre, les Comités tiennent de la loi la mission d^étudier tout ce qui concerne la salubrité des maisons habitées parles classes laborieuses et l'hygiène des localités où ils sont établis. A ce titre, ils ont le droit de porter leurs investigations jusque sur les demeures les plus misérables de ceux qui ne pourront jamais QrSpirer à la joie de devenir propriétaires. Là, il y a encore une tâche énorme à remplir, et certains des Comités mettent un soin tout spécial à s'acquitter de cette partie de leurs fonctions. Ils soumettent fréquemment aux autorités communales, provinciales et nationales des rapports circonstanciés où, à côté du mal observé, se trouve indiqué le remède préconisé. Malheureusement, les ressources restreintes dont disposent ces comités rendent Pexercice de cette seconde partie de leur mission parfois difficile. Mais ils n'y faiblissent pas, car ils en saisissent toute l'importance. Maintenant que les sociétés de maisons ouvrières sont devenues des institutions vivaces et fortes qu'il n'est plus aussi nécessaire de protéger, ils se tournent davantage vers l'amélioration des masures des plus malheureux, et l'énergie que les philanthropes ont su montrer dans la première de ces tâches se retrouvera dans la seconde, également utile. Là aussi on trouvera une solution, dès qu'on se mettra à la chercher avec volonté.
Jusqu'ici on a favorisé surtout la construction de maisons dont la propriété doit revenir à des ouvriers; c'est-à-dire qu'on a travaillé pour la catégorie la plus riche et la plus stable de la classe ouvrière. Cette œuvre est en bonne voie d'achèvement et il n'y a plus guère qu'à la continuer.
A l'avenir, on aura à construire et à mettre en location des logements plus salubres pour la partie la plus misérable et la plus nomade de la classe ouvrière. Cette seconde tâche commence à s'esquisser en divers endroits : la mener à bien paraît devoir être l'œuvre du début du nouveau siècle et incombe plus spécialement aux administrations communales et charitables.
ment. L'activité des individus se reporte avec raison vers des matières où il reste encore beaucoup à faire, vers les œuvres de mutualité, de syndicat et de coopération : et là on peut constater que les Belges ne se désintéressent pas des œuvres sociales !
La participation des patrons individuels à l'exposition de 1900 du chef de renseignement qu'ils donnent à leurs ouvriers a donc été assez restreinte : on avait peu de choses nouvelles à signaler. Il y a cependant certaines œuvres intéressantes ; nous ne citerons que celle des Cristalleries du Val-Saint-Lambert où, depuis la fondation de l'établissement, on s'occupe activement d'œuvres d'éducation et d'enseignement. Mais même ici, on peut constater que l'initiative individuelle recule devant les progrès de l'intervention des pouvoirs publics et restreint de plus en plus son action aux seuls domaines qui lui paraissent encore insuffisamment occupés.
En 183B, le Val avait fondé une école primaire au sein de ses établissements : celle-ci fut supprimée en 1873 lorsque l'enseignement public fut organisé d'une manière suffisante à Seraing et dans les communes avoisinantes. Il en fut de même de l'école d'adultes, fondée et supprimée aux mêmes dates. Une bibliothèque communale a également remplacé celle de l'établissement devenue inutile. Quant à l'école industrielle, il en existe maintenant une excellente à Seraing. Aussi l'usine peut-elle se contenter de distribuer des récompenses et de faciliter la fréquentation des cours. Pour ses employés, elle a favorisé le développement d'un cercle d'études, vivant en grande partie de ses subsides, où on donne des cours de langues étrangères, de comptabilité et de calligraphie. L'usine, où l'art industriel a un si grand rôle à remplir, était plus directement intéressée à créer et à maintenir son école d'apprentissage du dessin « où l'on familiarise l'élève avec les premières notions de goût et avec les premières connaissances de l'esthétique, enseignement d'une importance capitale dans nn établissement où tous les métiers nécessitent une certaine culture artistique ». Quatre professeurs y dispensent régulièrement pendant 4 ans l'enseignement à plus de cent élèves, parmi lesquels « se recruteront toujours, et de préférence, les verriers, les tailleurs, les graveurs, les peintres et les ciseleurs, c'est-à-dire les ouvriers professionnels ». Enfin l'administration, regrettant l'insuffisance des connaissances ménagères parmi les femmes d'où-
vriers, a fondé en 1892 une école où se donnent des cours ménagers et des leçons de couture *.
Telle est la participation de Tusine du Val-Saint-Lambert au développement de renseignement et il serait possible de citer beaucoup d'établissements qui en ont fait à peu près autant. Cependant ces efforts ne sont pas toujours favorablement appréciés par les ouvriers, et la question du maintien ou de la suppression des institutions patronales a été souvent l'occasion de conflits entre les patrons et les meneurs ouvriers affirmant à leurs compagnons que les charmes d'une liberté besogneuse sont supérieurs à ceux d'une servitude dorée.
Au Val-Saint-Lambert même, en face du « bon patron », la Fédération nationale ouvrière de la goheleterie belge vient de former un syndicat libre, déjà entré en conflit avec les directeurs de l'usine. L'esprit sage et calme qui distingue les verriers de cet établissement rend les progrès du syndicat ouvrier plus difficiles, mais la persévérance ne manque pas à ses organisateurs qui ne sont pas seuls à regarder sans sympathie aucune les œuvres patronales : après quelques mois de propagande, les syndiqués libres prétendent être déjà 600.
Aussi ces institutions ne se développent-elles plus guère sous forme d' œuvres individualistes et les patrons désireux de favoriser l'enseignement professionnel préfèrent-ils recourir à des œuvres collectives. Nombreuses sont les associations patronales qui se sont ainsi occupées de créer des cours d'enseignement technique. Citons l'école professionnelle de tailleurs, due à l'initiative de la Chambre syndicale des maîtres tailleurs de Bruxelles ; celle d'armurerie, à Liège, créée par l'Union des fabricants d'armes ; l'Institut supérieur et Ecole professionnelle de brasserie à Gand, organisé par un syndicat de bra;^seurs. Nombreuses aussi sont les écoles professionnelles subsidiées par des chambres de commerce ou des cercles commerciaux qui y consacrent parfois des sommes importantes. Il a déjà été question de cette intervention, très intéressante, à propos de la classe 101 (Enseignement professionnel). Il est inutile d'y revenir ici. De même les efforts des ouvriers groupés en syndicat pour organiser l'enseignement professionnel ont déjà été étudiés *.
1. CristallerieR du Val-Saint- Lambert. Institutions patronales établies en faveur des ouvriers* Liég^e, Bénard, 19(K)
2. Voir spécialement : Royaume de Belg^ique, Ministère de l'Industrie et
En somme l'intervention patronale en matière d'enseignement professionnel se présente surtout sous une forme collective et, à cet égard, la Belgique ne le cède guère aux autres nations. Quant aux œuvres de patronage proprement dites, la Belgique paraît avoir atteint déjà et dépassé le plein épanouissement de ce stade d'organisation sociale qui eut dans le passé un grand rôle d'initiative et de progrès. Cependant le mouvement n'est pas arrêté ; des œuvres intéressantes se forment et se développent encore, qui se chargent de la propagande dans cet ordre d'idées. Il faut signaler à cet égard les efforts continus de l' Union des patrons en faveur de^ oxwriei's, créée en 1886 et dont l'évêque de Liège est le président d'honneur. Elle a pour but d'étudier toutes les questions qui se rattachent à l'amélioration de l'état religieux, moral et économique de la classe ouvrière et de propager l'application des moyens les plus efficaces d'obtenir cette amélioration. La Fédération compte 600 adhérents.
Œuvres de moralisation et d'enseignement mutuels*
Quant aux œuvres d'éducation sociale et d'enseignement mutuel, elles sont innombrables en Belgique. Citer toutes les conférences démocratiques, les bibliothèques populaires, les collections et les musées industriels ou sociaux, serait faire une longue et stérile, énumération qui occuperait des pages entières. Tous les partis politiques, toutes les tendances sociales ou économiques ont leurs œuvres organisées, qu'elles tâchent de fortifier constamment dans des écoles d'orateurs, dans des cercles d'études sociales et par des groupements de propagande, luttant énergiquement entre eux à qui parviendra à accaparer l'attention du public.Et, à côté des œuvres politiques, les instituts économiques ou moraux, la Ligne patriotique contre V alcoolisme, VAssociatimi belge pour le Repos du dimanche^ le Willemsfonds, le Davidsfonds^ les Soirées popidaires, les sociétés Franklin^ bien d'autres encore, s'efforcent par leurs conférences, leurs livres, leurs journaux, leurs revues et leurs brochures de se faire entendre du public. La connaissance des langues modernes fait actuellement l'objet
du Travail. Rapport sur la situation de renseignement industriel et professionnel en Belgique. Années 1 «84- 1896. Bruxelles 1897.
prêts. Un journal d'éducation populaire est distribué hebdomadairement. Onze excursions ont été faites pendant l'année par 586 membres. Pour jouir de ces faveurs et contribuer à leur développement intellectuel, ces ouvriers s'imposent fort régulièrement le payement de leur cotisation de 2 francs par an. Malgré toutes ses dépenses la Société a actuellement des réserves de plus de 7,000 francs ^
Le succès remarquable de cette œuvre est dû en grande partie au dévouement de son président, l'éminent ingénieur M. Julien Weiler dont le rôle est si important dans diverses initiatives sociales intéressantes et spécialement en matière d'arbitrage et de conciliation.
Cet exemple permet de comprendre le rôle déjà important des sociétés d'enseignement mutuel en Belgique.
A côté de ces œuvres d'instruction et d'enseignement, il faut signaler aussi les instituts de moralisation et de religion, spécialement la propagande des Aumôniers du travail, société religieuse constituée en 1895 dans le diocèse de Liège, qui s'est étendue dans les diverses provinces et qui a pour but de travailler au bonheur temporel et matériel de l'ouvrier, et V Œuvre des retraites fermées pour ouvriers, installée d'abord à Gand et à Fayt lez-Charleroi et ensuite dans divers couvents. Son but est de former des chrétiens assez fortement trempés pour résister aux influences corruptrices de notre époque, assez fortement armés pour l'influencer en bien. Plusieurs milliers d'ouvriers et d'ouvrières participent maintenant chaque année à ces retraites qui durent trois ou quatre jours, passés en des maisons spéciales dans le silence, la réflexion et les exercices de piété. Cette œuvre doit être largement entretenue par des bienfaiteurs, car elle est assez dispendieuse ', les chrétiens fervents se rencontrant autant et plus parmi les misérables que parmi les fortunés.
1. Société d'instruction populaire de Morlanwelz et des communes avoisinantes, fondée le 15 mars 1877. Coup d'œil rétrospectif sur les dix premières années 1877-1886, M'^rlanwelz. — Journal hebdomadaire de la Société d'instruction populaire. 1900, 2l« année.
2. A. Vermeersch, S. J. Manuel social. La législation et les ccuvres en Belgiqiie, Louvain, 1900, p. 619-6'j2.
Les Cercles ouvriers.
Dans un pays comme la Belgique, où Tesprit d'association est vivace, où la misère encore trop répandue des logements ouvriers et l'intempérie des saisons poussent l'ouvrier à consacrer ses moments de loisirs à la vie du cabaret, il n'est pas étonnant que le nombre des cercles ouvriers soit considérable. Il n'est probablement aucune ville de Belgique qui n'ait son cercle parfaitement organisé, avec son local et ses attractions, et il est peu de villages où dans l'une ou l'autre auberge on n'ait constitué un cercle ou tout au moins un groupe d'ouvriers et de fermiers.
But politique, but économique, but mutuelliste, but social, tout sert de prétexte à ces groupements qui forment une des caractéristiques de la vie belge. S'assurer, épargner, apprendre, tels sont les fins poursuivies par les cercles appartenant à un stade progressif de civilisation ; s'amuser, jouer aux cartes, aux dés ou aux quilles, prendre part à des concours de pigeons, au besoin fumer une pipe ou pêcher à la ligne en bandes, telles sont les ambitions des cercles appartenant aux types les plus vulgaires.
Les plus puissants seuls, et ils sont nombreux, ont un local particulier.
Chaque région du pays, chaque classe de la population, chaque parti politique a, à cet égard, ses modes propres de groupement.
A la campagne; les innombrables Boeicfigilden catholiques ont toutes leurs locaux, où se tiennent les assemblées générales et où peuvent se rencontrer les propriétaires, les fermiers et les ouvriers désireux de resserrer les liens de la solidarité sociale que ces associations s'efforcent de maintenir et de développer. Mais en somme les cercles proprement dits n'ont pas pris jusqu'ici dans les campagnes un développement bien grand : chaque paysan préfère jouir de sa liberté dans le choix de son cabaret, et se retrouver sous l'œil de son curé ou de son châtelain à l'heure des plaisirs et des délassements n'est pas chose séduisante.
Aussi est-ce plutôt dans les villes que les cercles ouvriers ont pris de l'extension.
Dans les petites cités flamandes, à Cîourtrai, à Saint-Nicolas, à Iseghem^ à Roulers, à Bruges, le mouvement social se groupe tout entier autour de la Maison des Corporations, le Gildenhuis, qui comprend souvent plusieurs milliers de membres, patrons, bour-
geois et ouvriers, et qui groupe dans un même local, parfois très fréquenté, toutes les œuvres sociales qu'on peut organiser dans une petite ville : unions professionnelles, mutualités, cours professionnels, caisses de retraite, bureaux de consultation, bourses du travail, cercles d'études, bibliothèques populaires, expositions, et surtout un grand nombre d'institutions de délassement et de plaisir. Les membres honoraires couvrent en grande partie les frais de ces maisons dont les ouvriers affiliés tirent tous les profits. Les fêtes des divers patrons sont solennellement célébrées et toutes les occasions de réunion et de plaisir sont soigneusement relevées. D'autres villes, par exemple Louvain, Anvers, Liège, ont aussi leurs Maisons des Corporations, mais là elles ne peuvent pas revendiquer le privilège d'être les seuls cercles ouvriers.
Dans les grandes villes, les cercles sont infiniment plus nombreux, mais leur importance et la fréquentation des membres est souvent moins forte que dans telle ou telle petite localité. Ici, selon l'usage belge, chaque parti politique se groupe d'après ses préférences et prend soin d'éviter à ses membres le contact dangereux de ceux qui pensent autrement.
Prenons, pour exemple de l'organisation des cercles ouvriers, la ville de Gand, cette vieille cité flamande où l'esprit d'association est peut-être plus vivace que dans aucune autre ville du pays, et indiquons brièvement les formes que les cercles ouvriers y ont adoptées.
En dehors de l'organisation officielle des partis politiques et se rattachant intimement à l'œuvre de l'enseignement officiel se trouvent les Cercles ouvriers créés il y a trente ans par le grand philanthrope François Laurent dans le but do moraliser par l'instruction. Leur programme déclare que, « bien que n'ayant aucun caractère politique militant, ces sociétés s'inspirent du principe fondamental du libéralisme, qui est la tolérance, elles rejettent toute influence de patronage et n'entendent pas s'inféoder à une politique de classe i>. Ces cercles ouvriers, au nombre de 7 dont 4 pour femmes et 3 pour hommes, ont généralement à leur tête un directeur ou une directrice d'école. Naguère ils comptaient 1728 membres dont 466 femmes et jeunes filles. Ayant chacim leur local, ils se subdivisent en un grand nombre de sections, dramatiques, chorales, gymnastiques, instrumentales, etc. Accessibles seulement aux ouvriers ayant fréquenté les écoles d'adultes
de la ville, ils renferment des membres de deux catégories, les adultes et les protégés (âgés de moins de 18 ans). Outre les réunions bi-hebdomadaires au local, on donne des fêtes annuelles, des conférences, on organise des excursions, des jeux, on a ouvert des bibliothèques^ etc.
D'un caractère politique plus militant, la société de Défense ouvrière libérale possède aussi un cercle ouvrier, le Palais du Peuple, où les organisations ouvrières libérales ont un centre permanent de réunion et où s'organisent de nombreuses fêtes et réunions spécialement destinées au délassement des travailleurs.
Dans le parti catholique les cercles et patronages ouvriers pullulent. Rien que parmi les patronages de jeunes ouvriers on en compte trente et un : 16 pour 2,547 jeunes garçons, 16 pour 2,881 jeunes filles, et ils fonctionnent activement depuis un demi siècle, depuis leur fondation par la spciété de St-Vincent de Paul. « Sous l'aspect extérieur de cercles d'agrément les patronages sont des associations de dévouement chrétien qui sous la direction ou du moins avec le concours du prêtre ont pour but la préservation et la formation positive de l'adolescence. Le patronage se compose de patronnés, enfants en âge d'adolescence, et de maîtres : jeunes gens ou personnes d'âge mur, généralement de rang plus distingué qui s'adjoignent au prêtre pour contribuer à ce double bien. Mais il faut toujours le contact du prêtre pour former les patronnés, son ascendant moral pour les contenir et paternellement les redresser > »,
Agés de vingt ans, les patronnés entrent dans les cercles ouvriers qui se groupent plus spécialement autour de la citadelle antisocialiste de Gand «Het Volk», le local permanent des syndicats, mutualités, bourse de travail, journaux, cercles, coopératives et autres groupements ouvriers catholiques. Les cercles ouvriers proprement dits sont au nombre de 12, auxquels on tient à conserver une base religieuse, tout en assurant aux ouvriers une large participation à la direction du cercle, et à tous les membres de multiples attractions. Au local central se donnent les grands concerts, les représentations théâtrales et les réunions générales *.