A. Vkbmekrsch, 1. c, p
9é, La collectivité des cercles ouvriers catholiques, qui a participé à Texposition de Paris, comprend plusieurs centaines de cercles dispersés dans la Bel^que entière. Beaucoup d'autres cercles sont groupés dans le sein de la Làiguo démocratique belge.
Enfin le parti socialiste, dans sa vaste fédération ouvrière gantoise, qui s'efforce d'accaparer toutes les formes de l'activité de ses membres, ne pouvait naturellement négliger les cercles ouvriers et tout ce qui concerne l'agrément et l'amusement des ouvriers. Tandis que le libéralisme groupait ses cercles autour de l'école, et que les catholiques groupaient les leurs autour de l'église, les socialistes faisaient tout marcher autour de l'association coopérative. Les œuvres organisées à ce sujet sont d'une double nature, partant les unes d'un principe fédératif, les autres d'un principe centralisateur.
D'un côté on a les cercles de quartier au nombre de 22, avec 2,200 membres répandus dans tous les coins de la ville. Ce sont des organisations essentiellement politiques réunies dans l'auberge d'un militant du parti, mais les membres de ces clubs ne dédaignent pas de se réunir pour jouer une partie de domino ou de piquet. Quand on n'a pas à discuter les grandes questions politiques ou à discourir sur le bonheur de l'humanité, on cultive les plaisirs de l'amitié ou on organise des excursions.
D'un autre côté, on a l'organisation centrale, le Palais des fêtes, le jardin d'été où chaque dimanche il y a concert, représentation dramatique ou fête de gymnastique. Pour assurer un programme toujours varié à 'ces fêtes, le parti entretient toute une pléiade de cercles d'agrément^ les chœurs enfantins des Enfants du Peuple, où l'on apprend à jouer, à danser et à s'amuser, la société de gymnastique, les sociétés chorales pour hommes et pour femmes, le cercle dramatique, le cercle de fanfares et le groupe des trompettes et clairons du parti. Tous ces cercles et sociétés fonctionnent par la coopérative et pour elle. Et dans l'intervalle des concerts et fêtes on tient, dans les vingt locaux de la coopérative, des meetings, des réunions de syndicats, mutualités, coopératives et de vingt autres cercles de propagande et d'instruction. Des cafés où on ne débite aucun alcool sont ouverts en permanence. Telle est l'organisation fort complète des cercles ouvriers à Gand, et il n'est probablement aucune ville de Belgique où cette institution fonctionne d'une manière aussi complète et aussi diverse.
Ailleurs nous voyons les cercles ouvriers de Morlanwelz qui tiennent, une part importante dans les œuvres sociales constituées par les industriels catholiques de Morlanwelz, et ont fourni une collaboration si intéressante à l'exposition. Là aussi on voit, comme
dans la plupart des œuvres catholiques, un patronage, sous l'invocation de St Martin, servir d'introduction au cercle ouvrier proprement dit, sous l'invocation de St Joseph.
Le patronage, placé sous la direction du curé M. Franche, a pour but de procurer aux jeunes gens âgés de moins de 16 ans des amusements honnêtes, de sages conseils et des principes solides d'honnêteté et de morale. Au cercle St- Joseph, pour attirer les ouvriers, on ne se contente pas de décerner des prix et récompenses, de s'abonner à des journaux instructifs et amusants, d'ouvrir un débit de bière à bon marché, d'installer un billard, des tirs à la carabine, des jeux de balle et de quilles, de tenir des concours gratuits de tous genres, d'organiser fréquemment des soirées dramatiques ou symphoniques, d'ouvrir une bibliothèque, etc. On a voulu procurer aux membres zélés des avantages positifs, les intéresser à entrer successivement dans toutes les sections. On y est parvenu. Pour cela M. Valère Mabille, le président de l'œuvre, créa le jeton de présence auquel il donna de ses deniers une valeur multiple. On remet à chaque associé sous forme de carnets une collection de 66 jetons dont il jette une feuille dans une boîte chaque fois qu'il se présente à la Maison des ouvriers. Ces jetons procurent une allocation supplémentaire aux mutualistes, aux participants aux caisses d'épargne et de retraite, des veuves et orphelins, des victimes du travail et des retraites ouvrières, ils donnent le droit de participer à des ventes aux enchères, aux séances du cercle dramatique et facilitent même l'acquisition de maisons ouvrières. On comprend qu'ainsi encouragée la fréquentation régulière du cercle soit considérable et que les vastes locaux du patronage St- Joseph soient souvent remplis.
Institutions diverses de récréation.
(7 est surtout par l'abondance des sociétés d'amusements en tous genres que la Belgique l'emporte de loin sur tous les autres pays. Longtemps asservie à ses voisins du Sud, de l'Est ou du Nord, les tendances corporatives du Belge n'ont pu se donner libre cours que dans ces sociétés d'amusement où un pouvoir ombrageux no pouvait trouver prétexte à méfiance. Aussi, à défaut de formes plus sérieuses de l'association, a-t-on vu se créer dans notre pays
aux siècles passés des multitudes de ces sociétés et le Belge, redevenu plus libre, a continué traditionnellement à s'y plaire. Maintes et maintes de nos sociétés littéraires, musicales et sportives tirent leur origine directe d'antiques chambres de rhétorique, de confréries, do gildos d'archers ou d'arbalétriers, célèbres depuis des centaines d'années et dont on se plaît encore à montrer les archives et les insignes soigneusement conservés dans d'antiques armoires.
Jadis bourgeoises, ces sociétés sont devenues ouvrières dans notre siècle démocratique sans subir de transformation radicale; d'année en année elles deviennent plus nombreuses et il n'est plus si petite localité qui n'ait son cercle instrumentiste. Au milieu du culte des muses, les membres ne dédaignent pas non plus de s'occuper de la politique, qui est une nécessité pour toutes les associations belges auxquelles elle procure notamment des membres protecteurs et des finances prospères.
Toutes les formes de l'activité sociale sont prétextes à sociétés de ce genre : ici c'est un syndicat ouvrier ou une minière qui organise une fanfare, ailleurs c'est une coopérative qui exerce ses gymnasiarques, là c'est un établissement industriel qui dirige une chorale, ou bien c'est un cercle libéral qui organise une société de tir à la carabine, si ce n'est un patronage qui crée un cercle de joueurs de boules, ou même une administration communale qui subsidie ses danseurs ; bref c'est partout et à propos de tout qu'on organise des groupes.
Les sociétés ainsi formées par milliers, par dizaines de milliers, il faut leur donner l'occasion de se produire et chaque kermesse est prétexte à jeux, festivals, concours, cortèges, réjouissances, etc. Tout cola n'a (jue des rapports assez éloignés avec les œuvi^es sociales et il n'est pas nécessaire d'insister longuement sur ces plaisirs plus ou moins raffinés.
« Mens sana in corpore sano » : il faut dire quelques mots cependant de la Fédération belge des sociétés de gymnastique fondée le 6 août 1866 et qui groupe 151 sociétés avec 15,000 membres. Elle a donné 26 grandes fêtes fédérales, gi'oupant dans des exercices d'ensemble jusqu'à 1,500 participants, elle a tenu 10 congrès et remporté de nombreuses médailles aux expositions. Dans ce monde spécial de la gymnastique cette fédération est une puissance qui a montré à Paris les nombreuses formes de son activité. Mais ici aussi se dresse déjà la politique et à côté de la vieille
fédération neutre on voit s'en dresser deux nouvelles, Tune catholique, l'autre socialiste, qui sont plus spécialement des sociétés d'ouvriers.
Institut de bibliographie.
Parmi les exposants de la classe 108, nous voyons encore l'Office international de bibliographie, faisant connaître son répertoire bibliographique universel et son index comprenant actuellement environ 6,000,000 d'unités bibliographiques classées méthodiquement et s' augmentant tous les jours. Sous la direction dévouée et infatigable de MM. Paul Otlet et Henri Lafontaine, l'Office s'occupe depuis dix ans de grouper les éléments des études du public et de faciliter les recherches de chacun. Ace titre il aie droit de ranger son œuvre parmi les institutions sociales et altruistes les plus grandes et les meilleures, et de revendiquer une part importante dans le mouvement nouveau qui nous intéresse chaque jour davantage au sort des malheureux et des travailleurs. L'Office international préconise énergiquement la classification décimale inventée par M. Melvil Dewey, comme mode do classement unique et uniforme, susceptible de recevoir son application dans toutes les sciences et chez tous les peuples.
A proprement parler, l'Institut international de bibliographie est une coopérative de bibliographes qui se propose de centraliser les travaux particuliers et isolés de ses membres en un seul ensemble, dit Répertoire bibliograplii que universel. Des règles ont été arrêtées qui précisent la manière dont les travaux doivent être exécutés afin de répondre à la fois au but particulier et individuel pour lequel ils sont entrepris, et aux desiderata de l'œuvre coopérative du Répertoire bibliographique universel.
Les travaux de l'Institut international do bibliographie sont déjà nombreux et importants, quoique encore insuffisamment connus du public. L'Institut a tenu trois congrès dont le dernier à Paris cette année même; ceux-ci ont fixé ses modes d'action et ses principes directeurs. Chaque année, quelque nouvelle publication apparaît ou quelque nouveau biu*eau s'ouvre pour donner davantage encore au répertoire le caractère imivcrsel qu'il a voulu conquérir d'emblée.
C'est à Bruxelles que fonctionne, rue du Musée, 1, l'Office de bibliographie, créé par le gouvernement belge par arrêté royal
du 12 septembre 1896, à la suite de la première conférence bibliographique internationale. Il occupe un personnel nombreux de dames pour la préparation matérielle des notices, et de collaborateurs spécialistes pour leur classement. C'est là qu'est déposé, et en gi'ande partie composé, Texemplaii'e unique du Répertoire bibliographique universel qui peut être consulté gratuitement sur place par toute personne qui se présente. Achevé, il comprendra 26,000,000 d'unités (50,000,000 notices) au commencement du siècle, et devra s'augmenter de 6,000,000 notices annuellement. Des sections spéciales sont constituées et fonctionnent à Paris, à Zurich et à Vienne. Déjà on publie bien des bibliographies générales : sociologica, zoologica, philosophica, physiologica, anatomica, astronomica, americana, geologica ; et en outre des bibliographies nationales, medica, ostetrica et gynecologica, musicalis, medica retrospectiva, giuridica italianœ, juridicae portugalensis et gallica, etc. Enfin, pour couronner l'œuvre qui prend chaque année plus d'extension, une collection de publications bibliographicjues a été entreprise sous le titre de Bibliographia universalis.
Institutions de prévoyance
De toutes les formes de T activité sociale, les institutions de prévoyance sont probablement celles qui, en Belgique, ont fait le plus de progrès dans le cours de la dernière décade. En 1889, le sol était peut-être ensemencé, mais la production réelle était encore faible et insuffisante. Maintenant, au contraire, tout croît magnifiquement, la poussée des sèves est splendide et vigoureuse et permet d'espérer que la récolte, qui est prochaine, produira des fruits abondants et sains. L'épargne, la mutualité, la retraite, l'assurance contre le chômage et sur la vie, la réparation des accidents, tout a pris des développements immenses depuis la dernière exposition de Paris, et à cette époque il n'était probablement personne qui eût osé espérer des progrès aussi considérables en une période aussi courte et sous le seul effort de l'initiative privée, aidée seulement par les pouvoirs publics !
L'Épargne.
En 1888, les 599,000 déporîants à la Caisse d'épargne avaient sur leurs livrets 308,000,000 fr. de dépôts; en 1899, 1,043,000 déposants possédaient à la Caisse d'épargne établie sous la garantie de l'Etat une somme totale de 784,000,000 fr. rapportant presque tout entière 3 p. c. d'intérêt. Malgré les développements considérables qu'avait déjà pris l'institution en 1888, les chiffres sont triplés en cette courte période !
Le progrès est énorme. 11 n'est cependant aucune des autres formes de la prévoyance qui n'ait fait pendant cette période des progrès plus considérables encore. Malheureusement leurs statis-
tiques ne présentent pas au même degré un mètre de comparaison pour les progrès obtenus.
Et il y a lieu de se réjouir du retard — bien relatif — dans le développement de cette forme de la prévoyance. Comme le faisait remarquer avec force M. Mahillon lui-même, alors directeur à la Caisse d'épargne et de retraite, dans son rapport si complet sur l'épargne belge à l'exposition de Paris de 1889 *, l'épargne n'est qu'une des formes de la prévoyance. Les résultats qu'elle produit plus particulièrement sur les classes de la société qui vivent d'im travail journalier ne peuvent être sainement appréciés, s'il n'est tenu compte du développement de toutes les branches de l'économie sociale.
De toutes les manières de pratiquer la prévoyance, l'épargne est la plus simple, la plus commode, mais aussi la plus rudimentaire et la moins efficace pour prévenir les misères de l'existence. Elle n'est la plus sûre et la plus économique que pour l'homme heureux que ne touchera ni la maladie, ni le chômage, ni la mort prématurée ! Mais si tous les hommes étaient certains d'avoir un sort aussi heureux, l'épargne serait-elle nécessaire ?
Quoi qu'il en soit de l'ordre dans lequel les hommes et spécialement les ouvriers devraient entreprendre les œuvres de prévoyance, il est certain que l'épargne simple est encore toujours la forme qui séduit le plus de gens. Chaque année la magnifique et solide organisation de la Caisse générale d'épargne plaît à une centaine de milliers de Belges en plus, qui lui confient leurs épargnes. D'année en année on gagne quelques unités vers l'acquisition de cette situation théorique et parfaite où tous les Belges auront un livret d'épargne. En 1888 on était à 10 p. c, en 1899 on est arrivé à 26 p. c. et, si le mouvement continue à croître avec la même rapidité, on aura atteint l'épargne générale pour tous les Belges avant vingt ans d'ici. — Ce qui ne sera pas, probablement.
La création des livrets et les versements sont facilités autant qu'il est possible : la caisse autorise le dépôt successif de toutes les économies, les plus faibles comme les plus fortes, à partii* de un franc, et permet de renouveler ces versements aussi souvent
l. Exposition universelle de Paris 1889. Section belge. Groupe XI. Économie sociale, section VIII. Epargne. Eapport présenté par M. Mahillon, directeur à la Caisse d^épargne et de retraite de PEtat. Bruxelles, P. Weissenbruch, 1890.
qu'on le désire. Pour ceux que cette somme d'un franc effraierait encore, pour ceux auxqiiels l'épargne n'est possible qu'à condition de mettre à l'abri chacun des sous dont se compose le franc et do les soustraire immédiatement aux causes do dissipation qui les sollicitent, la Caisse générale permet même l'immobilisation de ces menues économies. Les bureaux de poste distribuent gratuitement des formules sur lesquelles les déposants peuvent apposer des timbres de 6 et de 10 centimes. Dès que la valeur de ces timbres atteint un franc, la formule peut être versée comme numéraire. Le nombre de ces formules en circulation en dehors de l'épargne scolaire n'est pas bien considérable, car celui qui a appris à économiser des sous sait bientôt économiser des francs.
Dans une brochure que vient d'éditer la Caisse générale (l'épargne * à l'occasion de l'exposition de Paris et qui complète pour la période de 1889 à 1899 le remarquable rapport de M. Mahillon, les divers procédés employés pour obtenir de nouvelles affiliations sont soigneusement indiqués avec les résultats qu'ils ont donnés. Sans tenir compte de tous les modes de propagande en quelque sorte passive : la solidité financière de l'institution, la prudence dont font preuve ses administrateurs, la séduction in'ésistible qu'exercent im progrès ininterrompu de trente-cinq ans et une stabilité complète malgré les crises et les dangers, sans compter la propagande continue que font 1,643,000 déposants satisfaits, ce qui constitue la meilleure des réclames, le rapport indique trois procédés spéciaux par lesquels la Caisse compte augmenter encore considérablement son contingent do déposants.
Le premier et jusqu'ici le plus efficace moyen do propagande a été l'épargne scolaire, inaugurée en 1866 dans les écoles de Gand à l'initiative de François Laurent '. Au 31 décembre 1896, il y avait en Belgique 304,018 élèves ayant épargné pour un total de 6,795,000 fr. Depuis, l'institution a fait de nouveaux progrès : chaque aimée on économise davantage et, en la seule
1. La Caisse j^^énôrale d'épargne et de retraite de Belgique et ses diflférents services. A Caisse d'épargne. B Caisse de retraite. C Caisse d'assurance. D Habitations ouvrières. Ë Crédit agricole. — I^ruxelles, Van Buggenhoudt. 19()0.
2. Fr^nv'^us Lairknt, Conféroncc; sur IN-pargne. Nouvelle édition. Bruylant-Christophe et C«*\ lHl\),
année 1899, les écoliers ont fait à la caisse d'épargne 126,410 versements pour 452.803 fr. Cette propagande en faveur de l'épargne, faite à l'école même, à un âge où l'intelligence est prête à recevoir les empreintes qu'elle gardera pour la vie entière, contribue puissamment à faire du peuple belge une population économe et rangée. Pour cette épargne là,le minimum de versement a été abaissé à deux centimes, de sorte que la voie de l'épargne est ouverte même aux plus pauvres.
En 1897 a pris naissance, grâce à M. Emile Bourlard, avocat à Mons, un mouvement des plus intéressants et qui tendra nécessairement à faire converger vers l'unité le rapport du nombre des livrets à la population totale du pays. C'est l'œuvre du Livret général^ de la création d\in livret d'épargne d'un fraise au nom de tous les nouveau-nés des communes participantes : la somme d'un franc étant frappée d'indisponibilité jusqu'à la mort. L'œuvre a été inaugurée en 1897 seulement : il est donc difficile de se prononcer dès maintenant sur son avenir ; mais, en 1899, 33 communes avaient déjà adopté l'idée et créé dans le courant de cette seule année 6,206 de ces livrets obligatoires.
Enfin la loi du 10 février 1900 vient d'ouvrir une nouvelle voie à l'épargne en autorisant sous certaines rései'ves les femmes mariées et les mineurs à se faire ouvrir des li\T:ets d'épargne et à en profiter. En Belgique, avant la loi, 13 ° o seulement des femmes créant des livrets étaient mariées, tandis qu'en France, où la loi est plus large, cette proportion est de 53 ^Jq. On voit quelle vaste réserve d'affiliées la Caisse d'épargne peut acquérir de ce
côté !
La statistique de l'épargne est soigneusement tenue à jour : chaque année la Caisse générale publie un long rapport sur ses diverses opérations, sur les œuvres de prévoyance qu'elle patronne, et ce rapport est souvent illustré de graphiques intéressants *.
Pour l'exposition de Paris, MM. Hamende et Henry ont dressé, avec une patience de bénédictin, deux cartes fort intéressantes sur l'intensité de l'épargne dans les divers bureaux de perception de la Belgique, cartes sur lesquelles est reporté aussi le produit de l'épargne dans les caisses d'établissements industriels. Par un
1. Compte rendu (annuel) des opérations et de la situation de la Caisse ï'énérale d'épargne et de retraite, instituée par la loi du 16 mars 1865 sous la garantie de l'État. Année 1891). Bruxelles, Bruylant.
procédé de cartographie fort clair, ils montrent quels sont les cantons où l'épargne s'exerce le plus et quels sont les endroits où il est nécessaire do faire porter plus spécialement une propagande intense. Ces résultats territoriaux détaillés permettent de rechercher et do suivre Taction qu'exercent sur l'épargne les divers phénomènes d'ordre moral, physique ou économique qui l'influencent.
Réunir l'épargne des citoyens dans des milliers de bureaux répartis dans toutes les communes de la Belgique, donner aux intéressés la confiance nécessaire pour les engager à remettre à une institution financière le contenu du bas de laine traditionnel constitue en somme la tâche la plus facile de la Caisse d'épargne. Faire fructifier sans risques ces capitaux énormes, restituer aux œuvres de mutualité partie au moins des sommes épargnées pour une capitalisation socialement un peu stérile était une tâche autrement difficile et délicate. Avant la constitution de la Caisse d'épargne sous la garantie de l'Etat, trois fois en vingt ans (1830-1860) des catastrophes financières étaient venues ébranler la confiance du public à l'égard des Caisses d'épargne les plus solides. Au contraire, depuis trente-cinq années, les unes prospères, les autres malheureuses, aucun incident n'est venu troubler un instant le crédit de la Caisse générale. Cela tient à l'heureuse idée qu'a eue l'auteur de la loi de 1866 en mettant à la disposition do l'institution une sorte de gamme de placements variés, de manière y constituer par leur ensemble un actif jouissant de propriétés diverses *. Maintenant encore sont usités à la Caisse d'épargne les placements en fonds de l'Etat belge ('29.44 *>/o des placements de 189Î)), des provinces (it des communes (12.68 «/«i qui présentent des avantages de réalisation en cas de crise non politique. Les placements hypothécaires et en obUgations de sociétés choisies «23.45 "/o) ont l'avantage d'une durée relativement longue, les placements par escomptes et par avances sur garanties (16.75 "o) fournissent des remboursements échelonnés et enfin les placcîments en effets sur l'étranger (12.14 «/o) oflTrent des garanties particulières au point de vue de la possibilité do réalisation immédiate aux époques troublées.