‹ Belgique: Écononmie sociale; (volume 2)Chapitre 4 sur 67 · KS · texte numérisé non relu

KS

Ecoles industrielles

Écoles supérieures

Cours commerciaux

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I. Royaume de Belgique. Ministère de TTndu.strio cît du Travail. Direction de rindustrie. linpjxn't f^ur Ui sitmitum (h Veuseitjnement itittustriti rt profenHumnel en litlfique. Années IHî^^-lKÎNJ. (Bruxelles 1S1>7.)

Chaque année on crée encore de nouvelles écoles : en 1899 seulement on en a organisé ou maintenu 62 de plus qu'en 1898.

Pour favoriser la régularité de la fréquentation des cours, et quoique le principe de la gratuité de l'enseignement soit la règle, un grand nombre d'écoles ont établi un droit d'inscription, dont le produit est réparti à la fin de l'année à titre de primes entre les élèves qui ont fréquenté régulièrement les cours.

Le programme des écoles industrielles comprend des cours théoriques généraux, des cours spéciaux variant suivant les industries exercées dans la région, et le dessin.

Le programme des écoles professionnelles comprend des cours théoriques appropriés aux cours professionnels, et le travail manuel.

Enfin, dans les écoles ménagères, l'enseignement est purement manuel et se limite aux travaux du ménage.

L'ensemble des sommes consacrées par l'Etat à l'enseignement professionnel s'est élevé à 683,000 fr. en 1896. Depuis lors, le chififre des subsides a encore considérablement augmenté.

En un court exposé, il est impossible d'entrer dans quelque détail sur le fonctionnement de ces écoles toutes diverses, puisqu'il n'en est probablement pas deux créées dans les mêmes conditions et sur le même plan. Chacune de ces écoles est ainsi appropriée aux besoins et aux mœurs de la région où elle est fondée. Chacun des créateurs a pu donner libre cours à ses innovations et à ses goûts.

Ici on a des cours théoriques (c'est le cas pour la plupart des écoles industrielles et des écoles Saint-Luc), là on introduit un peu de pratique à côté de la théorie (école industrielle de tissage de Gand), là, la pratique l'emporte sur la théorie encore largement représentée (écoles professionnelles)^ ailleurs, encore la théorie est presque ou entièrement négligée (écoles d'apprentissage), ici l'îipprenti travaille sans souci du salaire ou de la production (écoles professionnelles), ailleurs la direction de l'école est confiée à un directeur d'industrie, qui paie un salaire et tâche de réaliser un bénéfice «école industrielle et d'apprentissage de Tournai), enfin il est des établissements où l'apprentissage du métier se fait chez un patron désigné par le directeur et sous sa surveillance (écoles Saint-Luc), ici on a des cours du soir, ailleurs des cours du jour, ici les cours sont gratuits, là payants.

U n'est probablement pas un procédé qui n'ait été essayé et pratiqué : de là une grande variété dans l'organisation des écoles, la juxtaposition et le contrôle mutuel de tous les systèmes, et la possibilité de juger d'expérience ceux qui sont les meilleurs. Une organisation complète de l'inspection permet de porter immédiatement à la connaissance des intéressés toutes les observations heureuses ou malheuieuses, les échecs comme les succès.

L'essor de plus en plus rapide que prend cette forme d'enseignement suffit déjà à prouver que les intéressés sont satisfaits du résultat. Les sommes importantes qu'ils y consacrent chaque année montrent qu'ils en voient les avantages : non seulement diverses écoles sont créées, administrées et payées par les industriels et les ouvriers, mais tous tiennent à entrer dans léH conseils de patronage. Il ne se passe presque pas d'année où les industriels ne fassent l'un ou l'autre don important de matériel ou d'argent aux écoles industrielles officielles, témoignant ainsi de l'intérêt qu'ils y attachent et, naguère, un industriel important qui venait de faire donation de 26,000 francs à une école professionnelle officielle nous disait qu'il considérait l'acte plus comme une restitution que comme une donation, l'école lui rendant constamment des services importants en lui facilitant le recrutement du personnel et les conditions de l'apjprentissage.

Pour les ouvriers, moins riches, ils ne peuvent faire de donations, mais leurs unions professionnelles se livrent à une propagande intense destinée à augmenter la population de ces établissements. Il est même des sjmdicats qui encouragent la fréquentation de ces écoles par le don des fournitures classiques. Dans toutes les assemblées publiques, les mandataires des partis ouvriers demandent un développement rapide de l'enseignement professionnel.

En ces dernières années l'opinion publique a commencé à s'intéresser beaucoup aux écoles de ce type : pour éclairer celle-ci et lui faire connaître ce qui se passe dans les pays étrangers, le département de l'Industrie et du Travail a envoyé diverses missions à l'étranger, missions qui ont publié des rapports intéressants et documentés *.

En ces dernières années les écoles professionnelles de l'agricul-

1. Hoyaume île Belgique. Ministère de rindu»trie et du Travail. I>irec-

ture ont aussi pris un développement comparable à celui des écoles d'industrie. L'extension a même été cIo beaucoup supérieure à celle que prévoyait le législateur dans sa loi du 4 avril 1890, la dernière qui ait organisé renseignement agricole.

Au degré inférieur, tout au bas de l'échelle, et comparables aux cours de perfectionnement technique qui ont été créés nombreux dans l'industrie, il y a des cours d'agronomie pour adultes qui ont successivement été organisés dans presque toutes les communes belges, partout avec beaucoup de succès et des résultats très appréciables. Bien des méthodes défectueuses de cultures disparaissent, bien des préjugés ont été déracinés grâce à ces cours en lesquels le paysan, déposant enfin sa méfiance et sa routine, commence à avoir confiance. Ces conférences d'agronomie, en quinze leçons successives, parviennent à obtenir une fréquentation très régulière. Le succès de ces coiurs, dans un milieu c^u'on aurait pu craindre peu préparé, a engagé à commencer d'autres séries de conférences : des cours élémentaires pour militaires, des cours des maréchalerie, d'arboriculture et de culture maraîchère et des cours d'apiculture.

A un niveau un peu supérieur, correspondant aux écoles du degré moyen, on a créé de véritables athénées pour agriculteurs. Ces écoles, actuellement au nombre de 16, ont pour but de donner une solide instruction professionnc^lle aux fils de fermiers et de petits propriétaires, et de leur montrer que le métier de leurs parents est aussi digne de leurs efforts qu'une occupation en ville. Comme dans tout l'enseignement belge, il y a parmi ces écoles des établissements de l'Etat et des établissements libres, la pluj)art dirig<'s par des ecclésiastiiiues. A côté de cet enseignement complet, et sur un rang analogue, ont été créées neuf écoles ménagères agricoles pour jeunes filles où on s'occupe d'enseigner à celles-ci la pratique du ménage, de l'agriculture et de rélève du bétail, toutes matièn^s si imj)ortantos pour celles qui auront à diriger une ferme. Enfin de nombreux cours élé-

tion (le rrndustrie. Rapport 8u>' iensciffnnnenf professionnel en Angleterre, par Oscar Pyfkkrokn. (Bruxelles 1S<M3.)

rd. id. Rapport sur Venseifjnemcnt professionnel en Allemaffne^ par Oscar Pykfkrokn. (Bruxelles isî)7.)

Id. id. Étxules sur les écoles techniques de Vimliistrie du bâtiment et de lUndustrie du bois en Allemagne, par Omkk Buysk. (Bruxelles IHÎK)

Id. id. Étude sur l'organisation pédagogique des écoles techniques anglaises^ par OMfe.R BuYSK. (Bruxelles liHKJ.)

mentaires d'agronomie sont donnés aux élèves des athénées, des écoles moyennes de TEtat et des écoles libres situés dans les régions où ces cours peuvent être utiles.

Enfin, il y a tout un enseignement supériem* comprenant rinstitut agricole de Gembloux, l'institut agronomique libre de Louvain et l'école de médecine vétérinaire de Cureghem. A Gembloux, on ne se contente pas d'un enseignement théorique; l'Etat y possède une ferme de 60 hectares avec un capital d'exploitation de 106,000 francs et un capital vivant do 66,000 francs. La durée des études, tant théoriques que pratiques, est de trois ans et rétablissement est fréquenté chaque année par une centaine d'élèves auxquels on enseigne à la fois la théorie et la pratique de l'agriculture. Ces élèves, après avoir quitté l'école, continuent presque tous à s'occuper d'agriculture : sur 341 ingénieurs agi'icoles sortis de l'école, 01 sont cultivateurs-propriétaires, 16 cultivateurs-fermiers, 19 régisseurs, 17 s'occupent de sylviculture, 94 d'industries agricoles, 13 font le commerce de machines agricoles et d'engrais, 27 sont attachés à l'enseignement ; les 76 autres ont des profesi^ions diverses.

A côté de cet enseignement professionnel général, on a également créé diverses écoles de laiterie : deux écoles fixes pour garçons et jeunes gens se destinant au métier de directeur ou contremaître de laiterie et diverses écoles temporaires de laiterie et de fromagerie poui* jeunes filles, écoles se déplaçant tous les trois mois. Ces établissements sont chargés de propager aussi les principes de coopération en matière de laiterie : or on sait combien les coopératives de laiterie sont nombreuses on Belgique. Ces divers établissements ont pris part à l'exposition de Paris : la collectivité des écoles régionales d'agriculture a été chargée de montrer d'une façon intuitive les particularités (|ui se rapportent aux cultures, au cheptel vivant et aux associations ; les écoles d'agriculture pour jeunes filles, qui constituent une des institutions les plus intéressantes de cet enseignement spécial belge, ont eu pour mission d'exposer leur programme.

Quant au Ministère de l'Agriculture, en une intéressante publication *, éditée en vue de l'exposition, il a fait connaître son organisation : la majeure partie de la brochure est consacrét» à renseignement agricole.

1. Royaume de Belgique. Organisation du Minintèn- de rAyricidtutr. (Bruxelles 19UU.;

La loi n'intervient dans la formation du contrat d'apprentissage que pour interdire, dans toutes les industries protégées, le travail des enfants de moins de 12 ans, pour limiter le travail des garçons de 12 à IG ans et celui des jeunes filles de 12 à 21 ans à douze heures par jour, et pour leur défendre le travail de nuit et du dimanche.

Elle couvre ainsi Tenfance ouvrière de sa protection contre les abus du travail industriel.

Douze heures par jour pour des enfants de douze ans, cela peut paraître énorme, mais à côté de prescriptions légales, qui forment un minimum de protection, un pouvoir réglementaire presque illimité est accordé au Roi pour abaisser en dessous de ce minimum les heures de travail chaque fois qu'il lui paraît utile de le faire.

A cet égard, la législation belge s'écarte assez sensiblement de celles en vigueur dans la plupart des pays civilisés : la loi du 13 décembre 1889 * se contente d'édicter quelques grands principes, auxquels nul ne peut déroger, et, pour le reste, elle déclare que « dans le délai de trois ans à partir de la publication de la loi, le Roi réglera la durée du travail journalier des personnes protégées, ainsi que la durée et les conditions du' repos diaprés la nature des occupations et d'après les nécessités des industries, professions et métiers ».

Pour augmenter encore ce caractère opportuniste de la loi, pour être sûr que les nécessités industrielles et sociales auront chaque fois été soigneusement examinées, le législateur a cru devoir stipuler que les arrêtés royaux réglementant chaque industrie ne pourront être pris qu'après consultation préalable des conseils de l'industrie et du travail, de la Députation permanente du conseil provincial et du conseil supérieur d'hygiène publique ou d'un comité technique.

Lors de la publication des premiers arrêtés royaux, on a consulté spécialement le conseil supérieur du travail où on était certain d'avoir l'avis d'industriels, d'ouvi'iers et d'économistes connus.

Après ces diverses consultations, un grand nombre d'arrêtés ont limité les heures de travail dans les diverses industries.

1. Royaume de Belgique. Ministère de Tlndustrie et du Travail. Office du travail. Lois et règlements concernant le travail des femmes et des enfants, la police des établissements classés, le paiement des salaires aux ouvriers, les règlemefits batelier et Vitispection du travail. (Bruxelles 1896.)

Voici, à titre d'exemple, comment Parrêté royal du '20 décembre 1892 organise le travail dans les laminoirs à zinc : pour les enfants de 12 à 14 ans, le travail ne peut dépasser cinq heures par jour; pour les autres protégés, il ne peut aller au delà de dix heures. On voit combien le minimum de protection légale peut être dépassé, et presque partout il Ta été plus ou moins sensiblement.

Ce système offre lo grand avantage de simplifier beaucoup le travail de réglementation, de lui permettre de suivre facilement les évolutions nécessitées par les progrès de la technique industrielle ou des mœurs sociales. Dès que l'inspection du travail a constaté un abus — dans un sens ou dans l'autre — elle n'a qu'à faire rapport au Ministre, qui fait étudier la modification suggérée par la section de législation ressortissant à l'Office du travail, puis, après avoir pris l'avis des corps compétents, soumet à la signature du Roi l'arrêté introduisant la modification.

Cette procédure permet d'éviter la consultation des Chambra*? et les longues discussions politiques. Sans doute les arrêtés royaux sont nombreux, mais chaque industriel n'en doit connaître qu'un et il est possible de constituer ainsi une réglementation simple, élastique, qui répugne peut-être aux partisans des belles organisations unitaires, mais qui correspond aux nécessités industrielles si diverses.

La surveillance de l'application de la loi est confiée au corps des inspecteurs du travail (jui, tous les ans, font rapport sur son exécution *.

Parmi les exposants belges dcî la classe 101, il faut relever le nom de M. Jules Lejcuno, ancien ministre de la Justice et président de la Commission royale des patronages de Belgique.

Rappeler les initiativiîs de M. Lejeune, c'est dire tout ce que la Belgique a fait en ces dernières années pour le patronage et le relèvem(*nt dt»8 condamnés, surtout (l(^s enfants délinquants.

11 ne peut entrer dans les limites de ce travail de donner un

1. Royaume de Belgique. Ministère de Tlndustrie et du Travail. Office du Travail et Administration des Mines. Hapiïoritt annuHs dr V Itinpecteur du Travail. 18î»r)(lrc année, lî volumes), IHlMid volume). 1SÎ)7 (1 volume), IHÎÏK (1 volume).

aperçu même sommaire de toute cette législation dont las pays étrangers adoptent successivement les parties principales.

Sans supprimer Tancienne forme de la condamnation, implacable, définitive, irréparable, flétrissant l'homme à jamais par des contacts honteux et l'infamie persistante, on a créé la condamnation conditionnelle qui sépare le délinquant d'occasion et le criminel d'habitude, qui s'éteint si le condamné s'amende.

En face de la peine prononcée par le juge, qui, dans une décision prise en quelques instants, n'est pas en mesure de tenir compte du caractère du prévenu, la législation nouvelle due à M.Lejeune a placé l'espoir de l'adoucissement par le remords et l'amendement : elle a introduit la libération conditionnelle.

A la condanmation périodique, limitée et inutile des prostituées et des vagabonds, chez lesquels le ressort social paraît brisé, elle a substitué la condamnation illimitée, l'espoir de la liberté dans l'amendement seul.

Les sévères et honteuses maisons de réformes pour enfants ont été remplacées par les écoles do bienfaisance où on reçoit ceux qui ne sont pas encore complètement corrompus.

Et pour faire produire à cette législation tout le bénéfice social qu'elle contenait en germe, tout un réseau de sociétés de patronages s'est constitué et fonctionne : les sociétés de patronage des détenus libérés,les sociétés de protection des enfants martyrs et diverses autres.

Rarement homme aura exercp une influence aussi décisive que M. Lejeune sur le droit répressif de son pays et sur les principes qui doivent présider au droit de punir.

Rémunération du travail. Participation aux bénéfices.

11 est peu de pays pour lesquels la question de la rémunération du travail ait une importance aussi grande que pour la Belgique.

La Belgique, de peu d'étendue, mais d'une population très dense, est obligée d'importer une forte partie de ses moyens d'alimentation et de les payer avec le produit de son exportation industrielle ; elle est environnée de pays qui de plus en plus détendent leur marché intérieur contre l'invasion des produits étrangers, et est privée encore du bénéfice commercial que pourrait lui procurer le transport de ses produits à l'étrr nger. Aussi se trouve-t-elle obligée de travailler constamment à réduire ses fi-ais de production, et de ne perdre aucune parcelle de leur effet utile.

Notre pays n'est pas, comme l'Angleterre, un grand peuple, disséminédans le monde entier, mais fortement groupé autour de la mère patrie ; il n'a pas, comme la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, un lar^e territoire constituant im vaste marché intérieur qui vaille la peine d'être défendu contre les produits étrangers au prix du renchérissement de la production. Son exportation, indispen.sable à la vie nationale, ne j)eut se maintenir que par la diminution constante des prix de revient, que sans cesse il faut abaisser sous peine de perdre les débouchés extérieurs.

Au premier rang de ce qu'il serait possibhî de réduire, l'industri^'l voit souvent.le salaire, tan lis (jue l'ouvrier, que les considérations générales émeuvent moins, résiste, s'organise et cuinbat énergiquement pour augmenter son bien-être et améliorer son fttanffanï of lifv.

De là un conflit perpétuel entre patrons et ouvriers, et le contli t est particulièrement ardent en Belgique. Il est partout, il prend

mille formes, mais se résume toujours en ceci : obtenir un changement favorable de la condition des salaires.

Nulle part T éternelle question du salaire à la pièce et du salaire . à riieure n'est plus âprement discutée. Le patron a beau montrer l'équité de son système, qui paie chacun selon ses mérites, il a beau insister sm* l'avantage légitime qu'obtient ainsi l'ouvrier habile et promettre des tarifs qui assureront un bon salaire pour tous ; inutilement il montre la nécessité où l'on est de hâter la production et d'améliorer les méthodes. L'ouvrier répond qu'il est las de devoir chaque jour lutter pour maintenir son salaire, de toujours être excité à produire plus vite et à se fatiguer, de toujours devoir craindre la réduction du tarif, de ne jamais être sûr du lendemain. Dans bien des industries, cette question est à la base de toutes les luttes. Parfois on signe un compromis; on travaillera aux pièces, mais le patron garantira un salaire à l'heure : ce n'est là qu'une trêve, car chacune des parties veut revenir'à son système do prédilection. Cette lutte occupe presque toute l'activité des organisations des carriers hennuyers, des diamantaires anversois, des tisserands gantois, des métallurgistes dans toute la Belgique.

Ailleurs, c'est la question du minimum de salaire qui frappe les esprits. Successivement et presque partout, l'Etat, les provinces et les communes ont dû concéder la stipulation d'un minimum de salaire dans les adjudications de travaux publics. Cette réforme arrachée, une nouvelle lutte s'esquisse déjà entre syndicats ouvriers et patronaux : dans beaucoup de métiers, les ouvriers exigent de leurs patrons la garantie d'un minimum de salaire pour tous les ouvriers de la profession, quelque médiocres qu'ils soient. Les patrons peuvent encore donner plus, mais jamais moins! Cest à cette tâche que s'appliquent les maçons anversois, les ouvriers du bois gantois, les typographes et les relieurs bruxellois. Pour ceux qui travaillent à la pièce, et pour lesquels il est partant impossible de réclamer un minimum de salaire, l'instinct de solidarité qui veut que l'augmentation soit demandée pour tous, sans exceptions, et les formules simplistes chères aux masses font prendre à cette réclamation la forme d'une demande d'augmentation proportionnelle générale, par exemple de 10 ou 20 <>/o, pour tous les salaires (mineurs belges, tisserands gantois).

Souvent aussi la lutte s'engage entre les tarifs élaborés par les patrons et ceux élaborés par les ouvriers, chacime des parties

s'efForçant d'imposer ou de maintenir le sien. Le salaire perd ainsi complètement son caractère de contrat librement discuté entre intéressés, il n'est plus que le résultat d'une lutte entre dos tarifs imj)Osés par deux collectivités. Ce n'est plus librement, mais seulement après en avoir référé à leurs pairs (jue patrons et ouvriers consentent de nouvelles conditions de salaire. Ce n'est plus par individu, plus même par usine que se nouimt les contrats, c'est à travers toute une région ou une industrie que la moindre modification de salaires a son effet. L'individu, patron ou ouvrier, est noyé dans la masse avec laquelle il avance ou recule, après une lutte plus ou moins violente (métallurgistes gantois et anversois, filateurs et fileurs do coton gantois). La victoire appartient généralement au plus fort et non au plus raisonnable, car rarement les parties se mettent d'accord pour discuter en commun une modification aux tarifs de salaires, comme on le voit faire actuellement aux carrières de Sprimont.

Ailleurs les ouvriers exigent encore davantage : ils veulent que cette dernière apparence de contrat libre disparaisse et que les patrons s'engagent à ne plus traiter qu'avec le syndicat ouvrier et à ses conditions pour la fourniture de la force de travail. Cest ce que veulent actuellement deux des plus puissants syndicats ouvriers : la fédération locale du bronze de Bruxelles et la nouvelle union verrière du bassin de Charleroi.

Allant encore plus loin, la classe ouvrière organisée en sjmdicats cherche même à se passer de patrons, à contracter directement avec le consommateur, en épargnant aux deux parties les frais d'intermédiaires. On voit ainsi se constituer de nouvelles et vastes coopératives de travail : parmi elles, on doit citer la grande et nouvelle entreprise de chargement et déchargement des débardeurs gantois, trop récente pour pouvoir être jugée, les ateliers de carriers de Vierset et Les Avins, divers ateliers de cigariers.

Telles sont les questions d'une actualité vivante qui passionnent aujourd'hui les membres du prolétariat en quête de nouveaux modes de répartition des salaires ; c'est à ce sujet qu'éclatent les grands conflits, c'est de ces discussions que sont remplis les journaux syndicaux belges.

Mais ces tendances, encore un peu chaotiques, n'ont pu trouver place dans les cadres de l'exposition de Paris. Encore on plein combat, elles n'ont pas atteint visite période d'expansion calme et sérieuse c^ui, seule, permet la participation à des expo-

sitîons internationales de sociolo^e : celles-ci conviennent mieux pour la statistique et la science que pour des luttes sociales actives. (h\ ne doit pas s'étonner de voir ce côté de la question des salaires n'être représenté à l'exposition que par les cinq volumes de la Beviie du Travail * qui, tous les mois, publie un rapport de ses correspondants locaux sur le marché du travail et les crises qui s'y produisent. Une statistique des grèves y est aussi reproduite.

La législation sur les salaires commence peu à peu à se dessiner. Une loi spéciale du 16 août 1887 réglemente même spécialement le paiement des salaires aux ouvriers : elle oblige le patron à payer ses salaires régulièrement et en bonne monnaie, interdit ou réglemente sérieusement les imputations directes ou indirectes sur les salaires, et punit les fraudes usuelles en cette matière. Elle autorise aussi l'ouvrier à assister au mesurage ou à la pesée du produit de son travail, si ces opérations contribuent à fixer son salaire.

Depuis lors diverses lois s'occupent encore des salaires : la loi sur les règlements d'atelier interdit au patron de prélever comme amende plus du cinquième du salaire, la loi sur le contrat de travail déclare que l'ouvrier payé à la pièce, retenu inoccupé à l'usine, a droit à la moitié de son salaire ordinaire.

Pour ce qui regarde la statistique des salaires, la Belgique a de nouveau une place marquée dans la science.

En 1846, la Belgique eut l'honneur de recueillir la première statistique complète des salaires d'un pays, réalisée par notre illustre statisticien Quételet au cours du recensement industriel auquel il avait été chargé de procéder ^. Mais depuis lors cette science était fort tombée en discrédit, et aucune publication digne de ce nom ne parut plus jusqu'en 1892, date à laquelle on eut un volume intéressant sui* les salaires et budgets ouvriers ^.

1. Ministère de l'Industrie et du Travail. Revue du Travail, publiée par rOffice du Travail (mensuelle). Prix du numéro : 15 centimes. (Bruxelles imi, l«y7, 1898,18î>9et 1900.)

Ministerie van Nijverheid en Arbeid. Arbe'uîMad, uitgegeven door het Arbeidsambt van Belgie(maandelijks).(Brussel 18iK5, 1897, 181>8, ISÎH», 1900.)

2. Statistique de la Belgique. Industrie. Recensement général du 15 octobre 1S46, publié par le Ministère de l'Intérieur. (Bruxelles 1851.)

3. Ministère de lA^^riculture, de l'Industrie et de.s Travaux publics. Di-

Le véritable essor ne reprit pour cette science qu'avec la création du ministère de l'Industrie et du Travail, le 26 mai 1896. L'une des premières tâches de celui-ci fut de décréter un recensement général des industries et des métiers qui, après des études consciencieuses, fut effectué le 31 octobre 1896 *. La partie relative aux salaires n'est pas encore publiée, mais elle laissera loin derrière elle comme méthode et intérêt tout ce qui a été publié jusqu'ici sur le continent. Le recensement négligera heureusement et complètement le salaire moyen, cette grande tromperie statistique. Il ne donnera que des salaires individuels, copiés des livres de paie des fabricants. Sur 700,000 ouvriers et ouvrières on est parvenu à déterminer ainsi la rémunération de 600,000. Ces salaires ont été recueillis, en partie, surtout pour la petite industrie, directement sur les bulletins remplis par les patrons, en partie par un délégué spécial. Pour tout le pays on n'a eu que deux refus de collaboration. Il faut remarquer que les bulletins ne prévoyaient pas une statistique aussi minutieuse; on craignait des résistances qui ne se sont heureusement pas produites. Aussi n'est-ce qu'après coup, rétrospectivement, qu'a continué cette statistique particulièrement complète.

Les salaires seront publiés en distinguant les sexes, les âges — au-dessus et en-dessous de 16 ans — l'industrie et la spécialité industrielle. En combinant les salaires avec la composition des familles ouvrières, on obtiendra des schémas du budget des ressources d'un très grand nombre de ménages.

En annexe du recensement paraîtra encore une statisticjue des salaires dans l'industrie houillère en 1896 et 1900 : pour près de 100,(XX) bouilleurs, il sera possible d'établir la comparaison entre ces deux époques, homme par homme, d'après les livres de paie.

Enfin, comme conclusion du recensement, on fera périodiquement une statistique comparative des salaires dans un certain nombre d'établissements des diverses industries choisis comme types représentatifs.

Ce travail immense, œuvre à la fois de science, do soin et de

rection do l'Industrie. Salaires et budgets ouvriers en Brlffi/pte au mois ff avril 1H9L Renseignements fournis jxir les conseils fh' V Industrie et du Travail. (Bruxelles 181^2.)

I. Royaume de Belgique. Ministère de Tlndustrie et du Travail. Office du Travail. Section <le la Statistique. RetrnMement général des industries et des métiers, .'U t.vtiiln'e isitfi. En cours de publication.

patience, a été exécuté sous l'inspiration du premier directeur général de Toffice du travail M. Morisseaux, et du chef de la division de statistique M. Julin, et sous la direction immédiate d'un jeune savant de talent, M. le chef de bureau Waxweiler, lauréat de divers concours importants.

En attendant que ce travail énorme soit achevé — et le soin avec lequel chacune de ses données est contrôlée en retarde un peu la publication — le Ministère de Tlndustrie et du Travail a confié à un certain nombre d'experts des monographies sur les industries à domicile. Il était en effet impossible de suivre les conditions si diverses de ces travaux au milieu des cadres d'un recensement général qui se rapports plutôt aux conditions ordinaires de patrons et d'ouvriers employés à l'atelier K

Les monographies dressées jusqu'ici sont celles de :

MM. Maurice Ansiaux, sur l'industrie armurière liégeoise,

Eugène Tardieu, sur l'industrie du vêtement pour hommes

à Bruxelles, Charles Génart, sur l'industrie coutelière de Gembloux, Ernest Dubois, sur l'industrie du tissage de lin dans les

Flandres, Maurice Ansiaux, sur l'industrie du tressage de la paille dans

le vallée du Geer, le baron Gilles de Pélichy, sur l'industrie de la cordonnerie

en pays flamand.

Un programme très complet et très scientifique, élaboré par M. Julin, avait été dressé et cette étude sur la petite industrie a fourni jusqu'ici six travaux d'une haute portée sociale, qui jettent une vive lumière sur les conditions de travail, de salaire et de vie de ces travailleurs à domicile dont les modes d'existence sont si souvent mystérieux, même pour les sociologues. Les contrats, parfois étranges, qu'ils font avec leurs employeurs ont été analysés avec soin et il est telle de ces études qui est un chef-d'œuvre d'étude consciencieuse et neuve, auquel aucun autre travail ne peut être comparé.

Sur les conditions de salaires surtout, ces travaux jettent une lumière profonde et inattendue : là on retrouve ces rémunéra-

1. Royaume de Belgique. Ministère de rindustrie et du Travail. Office du TrfiY aW. Les industries à domicile en Belgique.)! vol mues parus (Bruxelles IIXX)).

tions de quinze, vingt-cinq centimes par jour qu'on a tort de croire disparues à jamais du pays. Dans ces études on peut démêler celles de ces industries qui sont déjà frappées à mort, et celles qui ont encore chance de garder quelque temps une mourante vie. Le tressage de paille surtout et la coutellerie sont misérables, et la vie de leurs ouvriers est un mystère pénible, digne d'exciter la commisération de tous. Pour aucune des industries à domicile étudiées jusqu'ici, il n'y a espoir d'améliorer les salaires trop bas, toujours restés aux taux d'il y a cinquante ans.

Il en est tout autrement dans les mines, dont la direction a exposé un intéressant polygone indiquant en ses trois dimensions toute l'histoire économique de l'exploitation de la houille en Belgique depuis 1831 *.

Ici les conditions de salaire nominal ont profondément changé depuis une cinquantaine d'années. De l'aperçu publié à l'occasion de l'exposition * nous extrayons le tableau suivant, intéressant quoiqu'il ne se rapporte qu'à des salaires moyens calculés en bloc, procédé que la science statistique prise en général assez peu.

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