‹ BelgiqueChapitre 10 sur 145 · CHAPITRE I. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. i

cimimerce d'Ostende est nul, ce dont on s'aperçoit de reste en parcourant la ville. Le négoce maritime s*est réfugié à Anvers. « C'est monsieur Bonaparte qui est cause de cela » s'écrie mon matelot, avec tous ces bassins qu'il a été faire creuser là! » Comme Antoine Schatscher est Ostendais dans l'âme, ce souvenir l'ulcère, et il ne pardonne pas à l'empereur d'avoir doté son pays de l'un des plus beaux et des plu& vastes établissements maritimes de l'univers. Au reste , ce n'est ni la place ni les ouvrais d'art qui manquent à Os» tende ; il y existe trois bassins fort spacieux; mais ils restent vides, ce qui donnerait à penser que ce n'est pas seulement la faute de monsieur Bonaparte si ce port est déchu de son importance passée.

Tout en devisant ainsi, nous arrivons à bâbord du fameux brick le Duc de Bradant^ qui est en effet un fort beau bâtiment de 22 canons, peint en noir et d'une carrure passablement néerlandaise. Il a été construit à Bruges , où sont les chantiers d'armement de l'État. C'est, bien entendu, le vaisseau amiral de la marine belge, laquelle ne compte en outre qu'un schQoner et huit ou dix lougres ou cutters. Ce bâtiment est presque neuf : c'est le premier brick qu'ait possédé en propre la marine belge. Naguère, son plus gros navire était une goélette, et maintenant qu'on est à la tête d'un brick, il est question d'une frégate.

Tout prince a des ambassadeurs , Tout marquis veut avoir des pages.

Reste a savoir comment la jalouse Angleterre accueillera ces tentatives d'agrandissement maritime.

Notre intention était de visiter le brick, dont mon guide me fait le plus pompeux éloge; mais il est trop matin pour être admis abord. C'est l'heure de l'exercice; un roulement de tambour retentit sur le pont, les matelots se rangent le long des bastingages de bê^ord et de tribord, et j'ai la nationale

satisfaction d'entendre tous les commandements donnés en français, bien que l'équipage flamand comprenne assez peu notre langue. Un officier paraît au haut de la dunette, et, nous voyant stationner sous les batteries du navire, m'engage poliment à attendre que les exercices soient terminés, ou à repasser dans une heure. Je le remercie et me décide purement et simplement à retourner à terre. Mon compagnon joint les mains et ne peut comprendre qu'on renonce à visiter du pont à la cale un si beau brick, un bâtiment comme les Belges n'en ont encore jamais vu. Je lui apprends, pour expliquer ma scandaleuse indifférence et en atténuer l'effet , que j'ai vu beaucoup d'autres bricks , et même mieux. « Et même des frégates ?

— Et même des frégates.

— El des vaisseaux aussi ?

— Et des vaisseaux aussi.

— Tu as donc navigué ?

— Oui.

— Sur des bâtiments de guerre ?

— Oui. »>

Schatscher fait une grimace expressive qui veut dire : *« Ce n'est pas là un Allemand! » Les Allemands, sans doute comme peu maritimes , sont le perpétuel point de mire des plaisanteries ostendaises. Schatscher prétend qu'ils ne savent rien faire, pas même manger les huîtres. Je m'aperçois que j'ai grandi singulièrement dans son estime. Au moment de tourner la barre vers la plage:

« Et Slykens , dit-il, est-ce que tu ne veux pas voir Slykens?

— Qu'est-ce que Slykens? lui dis-je.

— Ah ! c'est bien beau, Slykens ! Il faut que tu voies cela. Tu ne peux t'en aller d'Ostende sans avoir vu cela.

— Est-ce loin d'ici ?

— Une demi-lieue. Tout le monde y va se promener. Juge

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