CHAPITRE XI. i
veut qu'elle ait été jadis, est vraiment la ville aux églises. On les y compte par telle quantité que Ton ne sait plus littéralement qu*en faire ni à quels saints les vouer, témoin cette inscription que j'ai lue de mes propres yeux : Jolie église à vendre^ même pour démolir. Celles qui restent consacrées au culte , et le nombre en est grand , ne sont pas riches en objets d'art; elles sont encore plus inhospitalières que celles de Flandre et de Brabant. On les ferme dès le matin , à neuf heures, et il faut recourir, si l'on y veut entrer, à l'intervention coûteuse des gardiens, sacristains et marguilliers.
9. «Alnt-Paal. ^ Salnt-jraequea. — I^ésende d^Eracle. Ornements. — Pa1aI«.
Dans la cathédrale de Saint- Paul, dont le vaisseau gothi* que est magnifique, j'ai remarqué d'abord une chaire moderne en bois sculpté et qui vaut presque les anciennes. Elle est de goût espagnol et rappelle beaucoup celle du N iewekerk à Amsterdam; mais elle est fort gâtée par trois mauvaises statues en marbre représentant la Vierge, saint Pierre et saint Paul. Le tableau du maître autel ( une Descente de croix) est d'Otto Venius, grand peintre, selon moi, moins fougueux que Rubens son élève , mais plus idéal et plus amoureux de la ligne. On trouve dans l'église quelques tableaux passables d'Ansiau ; les quatre Èvangélistes , par Quellin ; un Christ au tombeau , en marbre, et un beau crucifix en bronze, par Delcour, bon sculpteur liégeois.
Il y a sur la cathédrale de Saint-Paul une légende non moins miraculeuse que celle de Saint-Pierre de Louvain. Le bon Èracle, évêque de Liège au x' siècle, éprouvait le vif besoin de construire un temple à saint Paul , mais il ne savait oïl le mettre. Il imagina donc de consulter l'oracle, c'est-àdire le saint apôtre, qui, lui apparaissant la nuit, comme cela se fait, lui conseilla de bâtir son église h l'endroit où le lendemain il trouverait un tas de neige. Qui fut bien empê-
chë? Ce fut le bon Éracle. On était au mois de juillet. Il ne laissa pas de parcourir pieusement la ville dès la fine pointe du jour, cherchant la neige demandée. Or, comme un apôtre ne saurait se moquer d'un évêque, il la trouva, et Ton se mit chaudement à l'ouvrage, de quoi il résulta, cinq années après, la cathédrale en question. Les peintres liégeois dont les tableaux décorent cette grande et belle nef, d'un gothique trèsfleuri, sont Ansiau, Lairesse et Garlier. On voit, dans le trésor du chapitre, un buste-reliquaire de saint Lambert, ouvrage du xvi* siècle et d'un très-grand prix.
Saint-Jacques vient après Saint-Paul par ordre de mérite ; c'est la seconde église de Liège , mafs la première , sans doute, par le faste de son architecture presque arabe. On n'y voit pas de peintures dignes d'être mentionnées, mais des ornements, des autels, des balustres d'une richesse et d'un fini extraordinaires. Il convient aussi de mentionner les orgues, ouvrage très-fameux et très-magnifique du facteur André Séverin. Malheureusement le son de l'instrument n'est pas toujours d'accord avec l'extérieur. A droite, en entrant dans l'église, on voit un mauvais tableau, représentant la mort de saipt Benoît, accompagné de l'inscription suivante , que nous ne rapportons que pour donner une idée du français que l'on croit parler chez nos amis les Belges :
Benoist vient d*expirer; son âme vole aux deux, Ornée de rayons ardents et glorieux; A deux religieux une voix fait s* entendre :
Cest ici le chemin que Benoist a su prendre !
Les vitraux de Saint-Jacques sont très-beaux.
Ce qui caractérise l'intérieur de Saint-Paul et de Saint- Jacques, ce sont des arabesques couvrant la voûte, dont chaque clef est ornée d'un portrait d'homme ou de femme, évidemment allégorique. Cet agrément local et tout excep-