CHAPITRE XI
n'est, dit-on, qu'une corruption de pin rondy pinus rotunda, ce qui m'est fort égal, et à vous aussi, je pense. La fontaine, qui a été reconstruite nombre de fois depuis le W siècle, époque de sa fondation, se compose aujourcl'hui d'un entassement de colonnes, de statues de femmes et de lions, surmonté d'une pomme de pin, le tout en marbre. Elle est médiocre et je ne la décrirai pas plus au long. Je me bornerai à en tracer l'historique assez curieux.
Ce monument de haute nationalité, qui est aux Liégeois ce que le coq fut assez longtemps à la France , parait remonter aux temps les plus primitifs. Il était un lien des fédérations qui, de toute antiquité, unissaient les petits États et les villes du Liégeois; et, quand l'un d'eux ou l'une d'elles arborait le Perron dans ses armes, c'était un gage d'alliance indissoluble entre Liège et ces localités amies. Le Perron était regardé comme le cœur de la patrie , et c'était de ce point central que partaient toutes les bonies milliaires. Toutes les questions graves d'intérêt public s'agitaient au pied du Perron : la place qui le contenait était le Forum de Liège. La magistrature elle-même rendait ses jugements par ce lieu auguste, et la promulgation des lois ou arrêts s'intitulait : cri au Perron. Dans les armoiries de la ville et du pays de Liège , le Perron figurait entre les initiales : L. G., lihertas gentis.
Le funeste épiscopat de Louis de Bourbon fut cause de l'enlèvement du Perron. Après sa victoire à Brusthem, Charles le Téméraire , proche parent du lâche et sanguinaire évêque, rendit ce terrible arrêt :
« Le Péron qui est au marchiet de la dicte cité sera oesté, et d'icelui sera fait le plaisir de mon dit sieur le duc , sans que jamais les dits de la cité puissent refaire le dit Pérou, ne en remettre aulcun autre au dit marchiet, ne ailleurs en la dicte cité, ne aussi faire porteir le dit Péron è& armes de la dicte cité. »
i9a hH BELGIQUE.
Lel8déceinbrel467,le Perron, enlevéde son piédestal, fut transporté à Bruges , où le Bourguignon le fit ériger au lieu le plus apparent de la ville, avec cette double inscription , l'une française :
Je suis le Péron de Liège , Que le Duc Charles a conquis.
J'estoy signe que Liège Étoit lige et le païs.
Or, ne soit homme esbabys- Si je suis chy par mémoire ; Le puissant Duc m'y a mis £a signe de sa victoire.
Fautre latine, et dont voici la traduction k peu près littérale:
N'élevez plus vos fronts si hautains vers le ciel ! Par ma chute apprenez qu'il n'est rien d'éternel ! Symbole de courage et de gloire , naguère Je protégeais un peuple invincible à la guerre, Et j'atteste aujourd'hui, vil jouet méprisé, Que Charles m'a vaincu , que Charles m'a brisé !
Malgré la perte de leur Perron , et bien que détrompés de leur foi en l'alliance de Louis XI, les Liégeois se soulevèrent de nouveau audacieusement, et chassèrent les Bourguignons de Liège, Tongres et autres lieux. A cette nouvelle , Charles le Téméraire écuma de rage ; il marcha sur la malheureuse ville k la tête de quarante mille hommes , traînant à sa suite son prisonnier de Péronne, qu'il contraignit d'assister k la sauvage exécution qu'il fit de l'héroïque ville. En vain les guerriers de Franchimont, nouveaux Spartiates des Ardonnes, tentèrent d'arrêter l'armée bourguignonne kSainte- Walburge.... Ils périrent tous. Deux jours après, la noble cité fut mise k incendie et k sac. Il faut lire dans le Charles le Téméraire de M. Michelet les émouvants détails de cette