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CHAPITRE XL

scène de désolation et de mort. « Après dix jours de carnage, dit un écrivain liégeois , la torche se promena dans les rues de Liège et Tincendia. A cinq lieues de distance , on entendait le fracas des murs et des toits qui s'écroulaient, et )a nuit on apercevait d'Aix-la-Chapelle , dans le ciel rougi , la réverbération des flammes qui dévoraient la vieille cité. »

Un an après le siège et la catastrophe de Nancy, qui les délivrait d'un oppresseur si cruel , les Liégeois , qui avaient tant bien que mal réparé leurs pertes et reconstruit leur ville , obtinrent , moitié par persuasion , moitié par crainte , de la duchesse Marie de Bourgogne, fille de Charles , si excellente personne , au reste , qu'elle^ se noya en voulant sauver de pareil sort un chien qu'elle affectionnait , la restitution de leur Perron chéri. Une brillante cavalcade alla chercher à Bruges ce vieux symbole de nationalité, et le ramena en grande pompe aux acclamations du peuple ; l'on grava sur le piédestal , en lettres d'or, cette inscription patriotique :

LE f ÉBOlf QUB UÉGE KEGABBE AVEC OBGVEIL COMME l'eMBLÈME SÀCBÉ DE Là PàTBIE, FCT BEPLÀGÉ &6R GE PIÉDEST1L LE 10 JUILLET 1478.

Suivait un sixain en langue latine, dont ceci est la version libre :

Liège , où vivent les arts , Liège , nouvelle Athènes , Charles t'a minée et couverte de chaînes.

Loin de toi, par son ordre , à Bruges exilé , J'y suis resté dix ans , d'outrages accablé.

Mais ces temps sont passés de servitude amère ; Me voici de nouveau sur ton sein , ô ma mère !

Ici s'arrête l'histoire du Perron. On le reconstruisit encore plusieurs fois,, et la possession paisible en demeura aux

Liégeois ; mais ce vieux monument du passé a perdu comme tant d'autres sa signification politique, et ne vit plus qu'à l'état de souvenir, sous les dehors d'une assez médiocre et prétentieuse fontaine , dont l'auteur est pourtant Delcour ; mais cet artiste d'un remarquable mérite avait perdu le sens archaïque de ce vénérable palladium et n'a pas eu la main heureuse.

•. monunento et earlo»lté« secondaires. — Autres églises. — léésende du vieux salut I^Ambert. — Université. — Bf alson natale de crétry. — Jardin botanique. — citadelle. — Pont des Arches. — lie caractère liégeois.

Liège est la ville classique des églises , avons-nous dit : il nous faut donc en passer rapidement en revue quelques-unes, dont l'omission ferait aussi bien suspecter notre religion que notre exactitude, dont Dieu veuille nous préserver!

Dix-huit de ces églises sont conservées au culte. Nous omettrons celles que ne signalent ni une architecture remarquable ni quelque objet d'art saillant. Saint-Denis, fort ancien temple, dont la tour est d'ordre byzantin, contient deux statues en marbre de Delcour, le grand sculpteur liégeois. Saint-Martin, dans le haut de la ville, temple vaste et d'un beau caractère sarrasin , vit instituer dans ses murs , au xm* siècle, la Fête du Saint-Sacrement ^ que l'on nomme aussi Fête-Dieu. Une chapelle ornée de médaillons de Delcour consacre ce grand souvenir.

Nous n'avons pas vu Sainte-Croix ni Saint-Antoine; mais un naturel du pays nous assure que, malgré leur architec-ture gothique^ elles ne laissent pas d'être agréables et ont bien leur petit mérite. Saint-Servais a de beaux vitraux et Saint- Photien deux tableaux de Berthollet, artiste liégeois du xvin* siècle. Sainte-Marguerite est ancienne. Le reste ne présente que fort peu d'intérêt. En général, les très-nombreuses églises de Liège sont pauvres , relativement à l'opu-

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