CHAPITRE XL
bitants! Aussi , pendant qu'il pleurait en demandant la vie , un soldat le frappa au visage. Quand il vit son sang rougir ses armes , il se jeta au bas de son cheval , joignit les deux mains, et, à genoux, la voixentrecoupée de sanglots, il cria de nouveau : grâce! Mais à celui qui avait été sans pitié, d'Aremberg fut sans pitié , et , l'ayant frappé k la gorge , il le foula sous les pieds de son cheval. Le corps du malheureux évêque, meurtri, ensanglanté, roula dans la mare d'eau que formait le ruisseau de la fontaine de Wez. »
Ces évéques de Liège étaient prodigieusement belliqueux. Le village de Chiévremont est fameux par un autre château qu'occupait, au x* siècle, un certain Idriel, grand mécréant, malgré sa devise :
Ami seulement de Dieu , Ennemi de tout le monde.
Le repaire de. ce grand forban fut pris par l'évêque Notger , de Liège , et ses soldats , déguisés en prêtres et portant sous leurs chapes de bons estocs qu'ils montrèrent au moment voulu à Idriel, dont ils étaient censés venir baptiser le fils nouveau-né. Idriel, pour ne pas être occis , se jeta du haut de son donjon dans la Vesdre , où , roulant de rocher en rocher, il tomba fracassé et mort.
Moins lugubre est la légende de Ghâudfontaine , k la fois le bois de Boulogne et l'Enghien des Liégeois. Il y existe des eaux chaudes , très-douces , peu chargées de particules salines , et d'un effet calmant , dont la vertu était connue dès le xiii* siècle. Au xvi' , un certain Simon Sauveur y établit des bains dont la vogue n'a fait qu'augmenter depuis. Les Liégeois s'y rendent en foule dans la belle saison , et les étrangers les imitent. Le site de Ghâudfontaine est un des plus délicieux de ce beau pays de Liège.
Quincampoix est un bois, comme son homonyme, la fameuse rue du même nom ; mais on n'y vole point. Des pro-
menades charmantes, un ermitage, des cascades, un étang, des gazons frais, voilà la carte du lieu. Ce n'est pas le Mississipi , mais c'est mieux et moins , et on n'y connaît que les jeux innocents.
Boverie, entre la Meuse et l'Ourthe, est peuplé d'aimables guinguettes. C'est le Belleville , ou, pour parler plus géographiquement , c'est l'île Saint-Ouen de Liège.
Tilf , à deux lieues de Liège , sur la rive droite de l'Ourthe, mérite d'être visité à cause de la grotte remarquable que des ouvriers y ont mise assez récemment à découvert en faisant sauter une mine. Il ne faut pas moins de trois ou quatre heures pour la parcourir en entier, et il est bon d'être bien guidé et éclairé , car les précipices y sont nombreux. L'Ourthe est une rivière très-capricieuse et très-accidentée , qui a des rapides et des cascades comme les fleuves d'Amérique. Cela n'arrête point les intrépides, et l'on y navigue jusqu'à Tilf, soit à l'aller, soit au retour,. en franchissant cinq cataractes dont plusieurs assez élevées. Ceux qui ont Vœs triplex seront dédommagés de leurs émotions et de ces grandes secousses par la vue de bords délicieux dans leur sauvagerie native. Les timides n'ont qu'à prendre la voie de terre. îl en est même jusqu'à deux : l'une par Chénée, et l'autre par Chaudfontaine.
Les environs de Liège ne sont pas seulement un des points les plus pittoresques de ce beau pays des Ârdennes ; ils sont aussi le quartier général de l'industrie belge , si active et si féconde en résultats. Celle de la métallurgie , favorisée par des gisements de houille et de minerais de tout genre , y est surtout portée à ses dernières limites , et c'est non loin de Liège, sur la ligne parcourue par le chemin de fer, qu'est la célèbre usine de la Vieille-Montagne , dont le zinc s'est fait or aux mains de ses heureux possesseurs, et passe pour avoir enrichi notamment un des plus fougueux adversaires de l'ex-montagne politique.