CHAPITRE XII
Pierre le Grand, qui vint redemander, en 4747, aux eaux de Spa le retour d'une santé débilitée par les travaux et plus encore par les excès. Il y guérit , et, en reconnaissance de cette cure, fit graver à la fontaine du Pouhon une inscription latine dont voici la traduction :
'« Pierre I*', par la grâce de Dieu empereur de Russie, religieux,
« Heureux, invaincu,
« Qui a rétabli la discipline parmi ses troupes,
« Fait éclore dans ses États toutes les sciences et les arts,
« Armé une puissante flotte de vaisseaux par le seul secours de ses lumières,
« Augmenté ses armées presque à l'infini,
« Ef qui, ayant mis en sûreté ses royaumes et ses conquêtes,
« Même au plus fort de la guerre,
« A quitté ses États pour voyager parmi les étrangers ;
« Et, après avoir examiné les mœurs des différents peuples de l'Europe,
« S'est rendu par la France, Namur et Liège, en ce bourg de Spa,
« Où , ayant pris avec succès ses eaux salutaires,
tt Et particulièrement celles de la fontaine de Géronstère,
« A repris ses premières forces et recouvré une santé parfaite, ♦
« L'an 4747, le 22 juillet.
» Étant retourné dans son empire par la Hollande,
t II a fait mettre ici ce monument éternel de sa reconnaissance,
u L'an 4748. »»
Cette inscription peu modeste, mais véridique, est gravée sur une table de marbre noir. Durant son séjour à Spa, le czar allait volontiers à pied aux fontaines, et en revenait de même. Il prenait plaisir k voir travailler aux ouvrages de
vernis, et tel était le génie d'imitation de cet inimitable homme, qu'il y travaillait lui-même. Il faudrait, modifiant pour lui le mot de Siéyès, dire « qu'il voulait tout, pouvait tout, faisait tout. »
Louis-Philippe vint très-jeune à Spa avec sa mère , et , en souvenir de la guérison de la duchesse d'Orléans, il fit depuis planter à ses frais une belle promenade près de la •fontaine de la Sauvenière.
s. lies sources de Upm.
Les sources de Spa sont au nombre de six ou sept, différant peu de composition et de température (ce sont des eaux froides) : le Pauhon^ la Géronstère , la Sauvenière, le Grrœsbeck, le Tonnelet (deux fontaines), et\eBarisart; ajoutons-y la Fontaine des Crapauds. Les sources, dans les mots, bravent la propreté. Il y a une Fontaine des Galeux à Vichy et à Aix-la-Chapelle.
Ces eaux, que l'on prend surtout en boisson, conviennent généralement dans les cas de gastrites ou de maladies de foie, hypocondries, leucorrhées, stérilité, épuisement, engorgements intérieurs, ascarides, pierre, gravelle, et leurs vertus sont résumées dans le distique suivant :
Obstructum reserat, durum terit, humida siccat : Débile fortiGcat, si tamen arte bibîs.
Parmi les illustres modernes, M. Jules Janin et M. Meyerbeer sont des habitués de Spa. L'auteur i\x Prophète et de Robert le Diable a adopté, dans cette villégiature minérale , des habitudes excentriques à force de simplicité. L'été dernier, il allait voir fréquemment M. Jules Janin, son vieil ami. Il arriva une fois qu'il ne le trouva pas. H. Jules Janin, au retour de son excursion champêtre, apprend que quelqu'un l'est venu visiter. Il demande qui, naturellement. La bonne