‹ BelgiqueChapitre 14 sur 145 · CHAPITRE II. 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 3i

collections en Europe. C'est là que les admirateurs du fameux Hemmling, le rival, le contemporain des Van Eyck , doivent aller pour juger dans son œuvre authentique et dans ses toiles capitales le grand peintre-soldat dont la carrière fut si agitée, si romanesque. Hemmling, qu'on nomme aussi Memelinck , et dont on ignore au juste la patrie, était , sinon natif, au moins originaire de Bruges , suivant l'opinion flamande. Sa jeunesse fut dissipée : ruiné et sans ressources , il se fit soldat. Ayant reçu une blessure , il fut contraint d'entrer à l'hôpital Saint-Jean, et il y demeura dix ans. Il y paya sa pension en chefs-d'œuvre qui ont fait de cet hospice un musée du plus haut intérêt, et dont cet établissement charitable a eu le bon goût de ne jamais se dessaisir. Il reprit ensuite sa course aventureuse ; l'on ne sait pas au juste ^ce qu'il devint, et le même doute qui environne le lieu et les circonstances de sa naissance plane aussi sur ceux de sa mort. Quoiqu'il ait joui dès son vivant d'une grande célébrité,, il produisit peu, et capricieusement. Beaucoup de grandes collections se flattent de posséder de lui des œuvres qu'à la première inspection il est facile de reconnaître pour controu^ vées et apocryphes. Le travail de son pinceau est d'une perfection et d'une délicatesse si grandes, qu'il déjoue les essais plus ou moins heureux d'imitation, et, en examinant se» merveilleuses peintures sur bois et sur toile , on est comme effrayé du temps et des efforts de patience qu'il a dû y consacrer. Digne rival des Van Eyck , il ne voulut jamais adopter leur nouveau système de peinture à l'huile, ou peut-être l'ignora-t-il ; car on conçoit que ceux-ci n'aient pas été trèsempressés de révéler le secret de leur invention à des émules et surtout à un concurrent de cette force. Toujours est-il qu'il continua de peindre et peignit jusqu'au bout suivant l'ancienne méthode. C'était, on le présume du moins, à l'aide d'une dissolution de colle, de gomme et de blancs d'œufs qu'il fixait ses couleurs , demeurées aussi fraîches et aussi

ââ Lk BELGIQUE.

brillantes, après quatre siècles et demi, que si l'œuvre datait d'hier.

C'est donc à l'hôpital Saint -Jean , plus que modeste d'aspect, et dont les murailles noircies semblent plutôt appartenir à une prison qu'à un sanctuaire artistique, c'est là, dis-je, que le voyageur trouvera, entre autres ouvrages capitaux de Hemimling, la fameuse Châsse de sainte Ursule ^ prodigieux travail où l'on ne sait lequel plus admirer , ou du fini moelleux de toutes les parties, ou de l'éclat merveilleux, de l'extraordinaire conservation du coloris, ou de la touche magistrale et toujours large de l'artiste, en dépit du soin précieux qui préside aux moindres détails. Chacune des faces de la châsse représente l'un des émouvants épisodes de la légende sacrée des pérégrinations ainsi que du martyre de sainte Ursuleet des onze mille vierges ses compagnes. M. Louis Viardot, juge si compétent et si sûr en fait d'art, a dit de cet admirable travail , et en général de l'œuvre de Hemmling, qu'on y trouvait l'élévation spiritualiste de Fra-Angelico rendue par le pinceau de Gérard Dow, mais avec une supériorité réelle sur chacun de ces deux grands peintres. C'est complètement notre avis.

A côté de la Châsse de sainte Ursule rayonnent le Mariage mystique de sainte Catherine et V Adoration des Mages , du même auteur, deux triptyques ( tableaux à trois compartiments) à propos desquels il faudrait épuiser les mêmes louanges.

Les autres toiles les plus saillantes du musée de l'hôpital Saint-Jean sont une Pêche miraculeuse de Téniers , le plus beau tableau que j'aie vu de lui en ce genre mi-sacré et mif éalisle ; puis de magnifiques peintures des deux Van Ost, notamment le Savant en méditation , qui passe , et je l'admets sans peine, pour l'œuvre capitale de Van Ost le fils ; plusieurs beaux tableaux de Fourbus , et, sinon de Rembrandt , comme on l'affirme , au moins de ses grands disciples ; enfin

Page 1