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CHAPITRE II

la collection complète des portraits des seigneurs-tuteurs de rhôpital Saint-Jean , dont la plupart sont dus aux pinceaux de Fourbus ou des Van Ost père et fils ; belles têtes calmes , recueillies, flegmatiques, doucement sérieuses , et qui n'ont point connu les agitations, les rides prématurées, les laides passions de ce temps-ci.

Le chef ostensible delà société anglaise qui visitait le musée en même temps que moi, le landlord^ je suppose, s'était posté depuis un quart d'heure devant la belle toile de Van Ost, le Savant en méditation y dans une admiration muette.

Tout à coup, il dit au gardien-infirmier-conservateur qui nous servait de cicérone :

« Hoivmuch?

— Plaît-il, monsieur?

— Combien cela ? combien vendez- vous le tableau?

— Monsieur, cela n'est pas à vendre.

— Je sais bien ; mais je dis : combien cela coûte t-îl ?

— Rien, monsieur, ou du moins nous ne le savons pas. Le tableau a été donné à l'hôpital , et il n'en est jamais sorti.

— Oh L.. » fit l'Anglais avec des signés visibles de désappointement. Il tenait déjà ses tablettes pour inscrire le prix du chef-d'œuvre et baser son degré d'estime pour le tableau sur la plus ou moins grande quantité de guinées que représentait ladite toile. Ce critérium de sympathie et d'esthétique lui manquant, il ne savait plus quel jugement porter sur l'œuvre. Je signale ce petit trait comme des plus caractéristiques. Le voyageur anglais aimerait que le monde fût étiqueté , comme l'est toute chose dans les bazars de la terre classique du prix fixe : à cette condition, le monde serait plein d'intérêt pour lui. Ce qu'il admire dans certains débris de l'antique, dans les principales peintures de Raphaël, ce n*est pas le ciseau de l'artiste grec, ni les divins linéaments du Sanzio ; c'est un million.

24 LA B£LGIQU£.

Les libéralités artistiques faites à Thôpital Saint-Jean ne sont pas purement gratuites; lorsque l'on va au fond des choses, on s'aperçoit qu'il est peu de dons de ce genre. Les donateurs se sont tous fait plus ou moins décerner l'immortalité par les peintres illustres auxquels ils ont commandé leurs triptyques. Sur les volets de gauche et de droite, eux et les leurs figurent rangés processionnellement et dévotement agenouillés : il en est même qui ont obtenu, à prix débattu, la faveur de passer le nez dans le tableau, et c'est ainsi qu'on voit plus d'une épaisse tête flamande figurer avec bonhomie dans une Adoration des Mages ou dans le Jardin des Olives. Gela rappelle les marquis et leurs tabourets sur la scène du temps de Molière et de LuUi. La vanité, le privilège, furent jusqu'ici de tous les temps et de tous les pays. La dévotion, sous couleur de leur opposer une digue, n'avait fait en réalité que leur ouvrir un nouveau refuge.

s* Motrf -iMiBie d« Brnse** — Vombea^x 4e Cliarlc* l« Téaié» ratre et de inarie de Boursosne. — Ylerge «UrtlMiée 1» mieliel-AiiSe*

. Noire^Damey l'église principale de Bruges , a peu d'extérieur, et se fait remarquer seulement par une tour d'une prodigieuse hauteur. Elle contient de fort beaux tableaux, des Van Ost, de Crayer, de Seghers, de Fourbus, de Quillinus et de Qaell3rn ; une de ces chaires de bois sculpté, oeuvres de l'art espagnol, que les Flandres présentent à l'admiration des connaisseurs et des touristes; enfin les éclatants tombeaux du grand Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne, morceaux plus remarquables par la richesse de la matière que par les beautés de l'exécution. Les socles sont en marbre noir, les statues en bronze doré. Sur le tombeau de Charles, dont les pieds reposent sur un lion, se lit la célèbre et fière devise : Je l'ai empris, bien en aviengne! Dans le chœur de l'église, sur le maître autel, se voit une fameuse

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