CHAPITRE XV
' Saint- Jacques a un Janssens {Couronnement d* épines) et un Luc-François. Saint-Quentin n'a rien du tout.
Le beffroi, assez pittoresque, date du xv« siècle, où il fut reconstruit à la suite d'un incendie, et contient trois cloches, dont l'une, celle d'alarme, porte l'inscription suivante :
BAMCLOGQDE SUIS DE COMMUNE NOMMÉE , GAE, POUR EFFHOI DE 6UEREE , SUIS SONNÉE.
Le musée de Tournai n'existe qu'à peine et est mal éclairé; il contient pourtant des tableaux d'un très-grand mérite, parmi lesquels un Van Dyck, un Van Thulden, un Jordaens, un Vandermeulen , deux Lorrain , quelques Italiens et même un Léonard de Vinci, dit-on, mais j'en doute.
La bibliothèque est assez riche et possède beaucoup d'incunables, à quoi je me déclare incompétent.
La population de Tournai est considérable (30 000 habitants), et essentiellement industrielle et commerçante. La fabrication des célèbres tapis y est demeurée en honneur. On y fait de la chaux, des bonnets, des .draps et beaucoup de choses encore.
Le château du prince de Ligne ,
Bel-Œil, tout à la fois magnifique et champêtre ,
est en effet, et de beaucoup, la plus grande magnificence des environs de Tournai. Le château, où les étrangers sont facilement reçus et avec courtoisie, date du xir siècle, et l'aspect sévère de ce manoir féodal, avec ses grosses tours, contraste avec les délices toutes civilisées et rectilignes d'un jardin français dessiné par Le Nôtre. Bel-OEil contient une galerie de tableaux des plus grands maîtres, une bibliothèque fort riche, un musée d'artillerie, une collection de souvenirs ou présents offerts à l'illustre famille de Ligne par les plus grands souverains de l'Europe, et, ce qui offre peut-être plus d'intérêt encore , la collection
des portraits de tous les princes de la maison, portraits signés Holbein, Albrecht Durer, Van Dyck, Velasquez, etc., etc.
Ath , à quelques lieues de Tournai , sur la route de Bruxelles, est une place très-forte sur la Dendre, que Ton dit avoir été fondée par le patrice Aétius , qui déût Attila. Ce qui autorise un peu cette étymologie, c'est que les Flamands prononcent : Aét. Dans ce^ grandes kermesses nationales oii figurent encore de temps en temps des géants venus de tous les points de la Belgique, Ath ou Aët s'est toujours fait remarquer par l'ampleur des siens. Je n'ai rien de plus à dire de cette petite ville sans monuments et gaie comme une place forte.
•. Conrtral*— «oumée aux éperons.-— Hôtel de ville.— Halle«. — Pont sur la lijs. — EsUses. — Yan liyck. et les chanoines de Conrtral. — Industrie. — Propriété des |eaux de la Ijys.
De Tournai, l'embranchement de fer se relie, à Mouscron, à la grande ligne qui va d'Anvers à Lille, par Gand et Courtrai. C'est dans cette dernière ville que nous ferons, s'il vous plaît, une courte halte.
Courtrai , qui pourrait peindre la mémoire de cette terrible journée où périt sous tes murs ce que de la chevalerie française avait épargné Crécy l Ville aux éperons d'or, nous te brûlâmes plus tard, mais cela ne nous rendit ni tant de . braves moissonnés, ni tant de dépouilles opimes que recueillirent tes robustes Flamands. Philippe le Hardi te punit à sa manière en t'enlevant ce Jacquemart et son épouse, qui sonnent, depuis, l'heure si agréablement, sur une église^ de Dijon; mais cela ne nous fit qu'un carillon de plus, et les quatre mille braves et leur huit mille éperons te restèrent bien et dûment. Entrons pourtant chez toi , ville équiticide , et vengeons-nous de tes rigueurs en admirant tes monuments le moins possible.
Que dirai-je de ton hôtel de ville? Peu de chose! Qu'il est