CHAPITRE XV
fort laid k l'extérieur, mais qu'intérieurement il a de belles parties, et notamment deux splendides cheminées gothiques, l'une dans la salle du conseil et l'autre dans l'antichambre: excellente méthode de faire attendre en paix et sans murmure les solliciteurs. De tes halles? Qu'elles sont assez agréables à voir, et que les cinq tourelles dont s'orne la façade ne manquent pas de caractère. De Ion pont sur la Lys? Que c'est un vrai pont du xv* siècle, et que j'en aime assez les deux grosses tours.
Je demeure d'accord de tout ceci , et le souvenir des huit mille molettes d'or recueillies par Julien sur le champ de bataille ne me passionne pas au point de me rendre aveugle ou injuste. Mais Saint-Martin est une église dont l'ornementation interne manque de goût. J'excepte toutefois le tabernacle-renaissance en grès d'Avesnes; mais, en fait de tar bleaux, et à part celui de Van Manderen (Scène de martyre à Borne) ^ je ne vois là rien de bon. Ce Van Manderen , peu connu , était un peintre de la fin du xvi' siècle , qui vécut beaucoup en Italie et y produisit peu , mais en revanche fit toute sa vie plus d'histoire et d'esthétique que de tableaux ; le Ghenavard de ce temps-là. Au reste , et pour continuer le parallèle, ses œuvres ne sont pas seulement précieuses parce qu'elles sont rares , et force est d'y reconnaître des qualités très-distinguées.
A Notre-Dame, j'avoue qu'il y a un Van Dyck, une dixseptième édition du Christ en croix; mais elle est belle; plus un tabernacle de Lecreux, plus des bas-reliefs de Gode- Charles.
A Saint-Michel, il n'y a rien qu'un odieux tableau représentant cette journée des Éperons. Toujours ces éperons! Ce qui nous venge un peu , c'est que le tableau est exécrable.
Ah ! par exemple , le musée est parfaitement insignifiant, je le déclare avec bonheur. On assure qu'il grandira : je n'en crois rien , et j'espère bien le contraire.
Et c*est tout. Ah! n'oublions pas nne assez jolie promenade plantée d*aii>res, — la belle merveille ! est-ce qu'elles ne le sont pas toutes ? — qui se nomme l'Esplanade , et un certain parc Saint-Georges oii la société de l'Arbalète a établi le siège de son innocente et rétrospective corporation , lieu du reste assez agréable. Gela dit, je pense être juste quoique sévère , et je demande à passer outre.
Pas encore pourtant. Il nous reste à conter , à propos de la cathédrale de Gourtrai et du Van Dyck qu'elle renferme, un trait de balourdise canonicale qui n'est ni le premier ni le dernier de ce genre que nous ayons à rapporter. Nous l'empruntons à un fort curieux mémoire sur Van Dyck publié récemment en Angleterre , et qu'a traduit M. Hymans.
A son retour d'Italie , Van Dyck avait reçu des chanoines de l'église collégiale de Gourtrai la commande pour leur maître-autel d'une grande toile, représentant une érection de la Groix (celle qu'on y voit aujourd'hui). A cette époque , dit M. William Hookham Garpenter (l'auteur du mémoire anglais). Van Dyck dirigeait tous ses efforts vers l'établissement de sa réputation dans sa patrie , et il avait résolu de mettre tout en œuvre pour rendre ce tableau supérieur k tout ce qu'il avait fait jusqu'alors. Il ressentait d'autant plus d'inquiétude sur ce point que déjà beaucoup de ses contemporains , bien au-dessous de lui , avaient cherché à rabaisser la valeur de ses ouvrages. Aussi, dès que le tableau fut achevé , il se rendit lui-même à Gourtrai pour en surveiller le placement. A son arrivée, les chanoines désirèrent le voir déballé et soumis à leur critique : le peintre les pria d'attendre jusqu'au lendemain, afin qu'ils pussent voir alors le tableau placé convenablement. Mais non; ils insistèrent pour le faire dérouler, et grand fut le désappointement de Van Dyck, en les voyant porter leurs regards de lui à la toile et de la toile à lui , avec une expression évidente de dédain et de mépris. Ses compatriotes avaient montré de l'ignorance: