CHAPITRE XY
n*exhale-t-il pas une puanteur aussi insupportable que celui qui séjourne dans les mares. Un fait très-remarquable , s'il est avéré, et on le donne comme tel, c'est qu'en J852, au moment où le choléra sévissait en Belgique» les communes qu'arrose la Lys furent toutes épargnées.
C'est ce lin qui devient dentelle, batiste, toile , fil, nappe et serviette damassée. Le prix du lin qui sert à la fabrication de la dentelle est énorme, et la fibre peignée se vend jusqu'à cent francs la livre, ce qui fait plus de deux cent mille francs la tonne. Ces chiffres contribuent à expliquer la grande prospérité commerciale et agricole de Courtrai.
M» JkudenmHke^ Tlpres, Dlxatudle.
Ces trois petites villes , non comprises dans le réseau des chemins de fer belges , sont à ce titre peu visitées ; mais toutes trois contiennent de délicieux monuments de l'art gothique ou de la renaissance ; nous ne pouvions donc les omettre ici , d'autant que , si Ton y tient, on peut les voir toutes trois, en rayonnant de Courtrai.
L'hôtel de ville d'Audenarde est un des plus curieux spécimens et des plus originaux de Fart gothique appliqué à la construction des édifices communaux. Il ne date pourtant que du commencement du xvi* siècle ; mais l'élément envahissant de la renaissance ne s'y fait que fort peu sentir, et il est l'œuvre de Van Pide, grand artiste en ce genre, ce que cet échantillon suffirait pour prouver. La porte de la chambre collégiale des échevins et bourgmestres est tout simplement une merveille de goût, de grâce, de riche ciselure. Cela vaut, dans son genre, la célèbre cheminée de Simon le Franc , à Bruges. C'est un morceau en bois, sculpté au X?* siècle par Van Schelden. Audeuarde est le lieu natal de Marguerite de Parme et de cet ivrogne de génie, Adrien
Brauwer, qui , s'il n'eût pas tant bu et ne fût pas mort jeune, aurait éclipsé les Téniers, les Ostade et tous ces grands faiseurs de trognes avinées, de panses redondantes, de jambes titubantes , qu'à force de talent ils ont su naturaliser dans l'art.
Ypres est encore une de ces villes flamandes si nombreuses qui, après avoir joué un rôle dans l'histoire, après avoir été florissantes et très-peuplées, sont, par je ne sais quel mystérieux flux et reflux de maux et de prospérités , tombées au-dessous de zéro. Cependant Ypres compte encore iS 000 habitants; mais on lui en attribua, au xv« siècle, 200 000. C'est beaucoup, et il ne faut croire que la moitié de ce qu'on dit. Néanmoins, le déchet est énorme. Les halles d'Ypres, surmontées d'une grosse tour carrée , flanquée de quatre tourillons , et comprenant l'hôtel de ville, sont un monument colossal, irrégulier (il est de forme trapézoïde), mais où règne pourtant, avec le style flamand pur, une grande sévérité de goût. Cet édifice est plus ancien qu'aucun de ceux du même genre que nous ayons vus jusqu'ici en Belgique. La fondation en remonte au commencement du xiii* siècle , et l'on prétend que le comte Baudouin de Flandre, celui qui régna sur Constanlinople, en posa la première pierre; mais il ne fut guère achevé qu'un siècle plus tard. Ce monument est vraiment beau : bien situé, bien isolé, il est d'un effet imposant.
Dixmude, qui eut l'honneur d'être prise par Turenne, n'a vraiment qu'un jubé ; mais il est admirable, et figure, non sans raison , dans toutes les collections gravées ou lithographiques des plus belles choses de ce très-pittoresque et opulent pays de Belgique. C'est une merveilleuse et délicate ciselure où éclatent , dans une suprême efflorescence et avec un goût exquis, toutes les divines mignardises des derniers temps del'artgothique. Parfait, délicieux, charmant! il.n'est rien de moins à en dire.