CHAPITRE II
courir aux artisles français pour illustrer le moindre album.
Après le musée, le voyageur fera bien de demander à visiter, s'il est foncièrement amateur de peinture, la belle collection de tableaux et d'estampes de M. Imbert des Molettes.
s* Chapelle de ^émMileni. — BeArol* — 9f«i«e« de l^emperenr maxtintltei»* — Chapelle du Saliit«Sai»s« — Cheminée de !• «aile du Vrane* — liésende du senlpteur.
n convient aussi de visiter la Chapelle de Jérusalem , reproduction, imitation, contrefaçon des Saints-Lieux; la Tour du Beffroi, élégante, svelte, dentelée, prodigieusement élevée, pourvue d'un carillon argentin des plus compliqués, et l'un des chefs-d'œuvre du genre ; la maison dite de /'«wpereur Maximilien, échantillon fort remarquable et merveilleusement conservé de ce qu'était un noble gîte aux XV* et XVI* siècles ; la jolie chapelle du Saint-Sang^ où je retrouve deux triptyques attribués, mais à tort, je crois, à Hemmling ; la belle cheminfie de la salle du Franc , cet admirable monument de la Renaissance, qui orne la grande salle aujourd'hui affectée aux assises dans le palais de jus^ tice. Cette cheminée, qui représente, au centre, Charles- Quint; à droite, Charles le Téméraire et Marguerite d'Angleterre; à gauche, Marie deBourgogne etMaximilien d'Autriche; le tout, merveilleusement sculpté en bois et de grandeur à peu près naturelle, raconte en outre, dans une frise de marbre blanc, l'histoire de Suzanne au bain. Mais ce que rien ne peut décrire, c'est le goût de l'agencement général, la perfection du ciseau, l'harmonie de tous les détails. On raconte, — que ne raconte-t-on pas en Flandre, cette terre vraiment classique de la légende? — que ce splendide ouvrage fut exécuté par un bandit de mérite, comme il s'en trouve, du nom de Halsmann , et qui , condamné au dernier supplice , avait demandé 9 au lieu du poulet obligé que réclament les
criminels inférieurs, la faveur de servir un plat de son métier d'ymaigier (sculfteuT sur bois j. On accéda à son désir, et il en résulta la cheminée du Franc, telle qu'on la voit aujourd'hui en original k Bruges, et, par surmoulure, à Paris. Il va sans dire que Halsmann obtint sa grâce pleine et entière du gouvernement artiste qui régissait alors les Flandres ; et ce fut justice : les coquins de génie qui portenten euxmêmes la rédemption de leur chute ont droit à la clémence des hommes ; il n*y a que les coquins vulgaires auxquels il ne soit rien dû.
•• Place Simon Stéirli».
Sur la place dite Simon Stévm, s'élève la statue, récemment érigée, d'un illustre Brugeois du xvi« siècle, Simon Stévin, qui fut à la fois grand marin, grand physicien, grand ingénieur,, et que l'on considère comme le f<Hidateur de la statique et de l'hydrostatique. C'est lui qui, dit*on, détermina le premier scientifiquement la cause des marées et l'influence des révolutions de la lune sur le flux et le reflux. Il passe aussi pour avoir commandé la flotte victorieuse des Provinces-Unies à Nieuport, Qikoi qu'il en soit, son nom, beaucoup moins connu qu'il ne mériterait de l'être, est en grande vénération k Bruges. L'auteur de sa statue est M. Simonis, au ciseau duquel cet ouvrage fait de l'honneur. Il a été inauguré en 1847.
Il faut voir anssi l'hôtel de ville gothique, analogue, mais inférieur, dans sa mignonne structure, à la Maison commune de Louvain, et Téglise cathédrale de Saint-SoMveury remarquable par son admirable jubé en marbre blanc et noir et par quelques tableaux des Van Ost, de Quellyn et de HenùDaling (ou du moins censés tek). Â Notre-^Domey la ri^
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vale de Saint-Saiiv«ur, on trouve des Seghers, des Crayer, un Fourbus et un Quellyn, plus une magnifique chaire en bois sculpté, legs de la domination espagnole.
L'église du couvent dit des Dames anglaises contient un rare autel en marbres précieux d'Egypte et de Perse , et le couvent lui-même a aussi son musée , où Ton trouve d'assez bonnes copies de grands maîtres italiens.
Chose remarquable, et dont je suis vivement frappé pour ma part, la plupart de ces grands artistes que les Flandres comptent par centaines sont à peu près égaux entre eux. Si l'on met à part deux ou trois per-eonnalités éclatantes, comme Rubens, Van Eyck, Hemmling, qui appartiennent au monde entier, on ne sait véritablement auquel donner la préférence : tous ont gagné le prix et méritent de l'avoir tfo? xquOy ce qui, pour le dire en passant, est un argument bien fort en faveur de la parité, beaucoup plus grande qu'on ne croit, des intelligences artistiques. Ceci prouve aussi la puissance d'une bonne école, appuyée de la conscience individuelle et des patients efforts de tous.
s» Café mtdWÊe et café Vj. — Vu «ml des Vraçaiiu •* Ii€Mi femmes 4le Bruges*
Rien ne lasse comme l'admiration. Pour me refaire de tant de merveilles accumulées sur ma tête durant tout un jour d'architecture et de peinture, j'entre dans l'un des deux cafés situés sur la place principale, aux deux côtés du Cranienbourg, édifice moderne assez laid dont la spécialité et la destination sont, je pense, de faire ressortir avantageusement le beffroi et Y Hôtel des Halles, contigus. Ces deux établissements sont le café Suisse et le café Fotj; mais là j'acquiers la certitude que, sur la terre classique du faro, du lambick, dans la patrie de la bière véritable et non contrefaite, il est impossible d'en boire. Le garçon qui m'en refuse me donne pour explication et pour excuse que si Ton servait
de la bière , comme elle est à fort bon marché , ou ne tarderait pas à voir arriver toutes sortes de gens. démocratie, ô vieille terre des g'ueux! « Eh bien! où serait le jual? lui dis-je en jetant un coup d'œil sur le café désert ; cela vaudrait mieux que de n'avoir personne. — Ah ! monsieur est Français ! me dit ce garçon , lent comme une tortue et joignant à l'agilité de langue de Brid'oison la prestesse d'un bourgmestre ; monsieur est de la France ? — Oui, lui dis-je. — J'en suis enchanté.... J'aime beaucoup les Français. — Et pourquoi cela? — Us.... sont.... vifs.... et.... moi.... je.... suis.... vif.... aussi! »
Non, rien ne peut traduire le ton endormi dont cet homme si vif me psalmodia ce compliment!
Je soupçonne les femmes de Bruges — formosis Bruga puellis — avec leurs mantes andalouses et leurs yeux noirs comme la nuit, mais brillants comme les étoiles, vivants et très-vivants témoignages de la prépondérance espagnole, de posséder de mère en fille une animation plus franche et de beaucoup meilleur aloi que celle de l'honnête garçon du café Suisse. Simple soupçon, et rien de plus. Quoi qu'il en soit, ces belles Madrilènes ou Sévillanes dépaysées, qui se souviennent du soleil, ne sont pas le moindre ornement de cette ville tortueuse, gothique, à chaque pas coupée de canaux et de ponts {brûcke, brugge) qui lui ont fait donner trèsvraisemblablement le nom qu'elle porte, au surplus, de temps presque immémorial.