CHAPITRE m. 4i
cédée de la veille, et j'assistai à cette pieuse cérémonie. Non sans émotion , je vis le corps de la défunte porté par quatre de ses sœurs, qui succombaient sous le fardeau, mais se conformaient, malgré F âgé (toutes étaient déjà avancées dans la vie), à Tune des règles formelles instituées par sainte Begge. Le gouvernement intérieur de ce petit monde dans un monde, de cette solitude au sein d'une cité si populeuse , serait digne d'étude; il est fort curieux; mais passons. Nous ne pouvons que donner un coup d'oeil à cette proprette, paisible et édifiante Thébaïde.... Il nous reste, non à décrire, mais à mentionner, parmi cette foule d'églises de tout rang que renferme la noble capitale des Flandres, celles que recommandent quelques objets d'art précieux : Saint-Michel, par exem-* pie, où l'on voit, avec des Gaspard Grayer et des Philippe de Ghampaigne, un beau Christ en croix , de Van Dyck ; Saint- Martin, qui contient une Résurrection^ estimée le chef-d'œuvre de Grayer ; Saint-Nicolas et Saint-Pierre, qui possèdent encore des Grayer (toujours Grayer), des Seghers et dea Rombouts.
Saint-Pierre, placée sur une petite éminence, est une église moderne et qui, bien que moderne, ^ne manque pas de caractère. Saint-Nicolas en a beaucoup : c'est un temple gothique du style pur et sévère, il faudrait dire aussi du genre fortifié; car l'église, avec ses deux hautes tours poivrières qui flanquent le portail principal , semble de force à pouvoir soutenir un siège. Sainte-Nicolas a sur Saint-Bavon l'avantage d'être assez isolé pour que l'on en puisse saisir facilement l'ensemble. La tour de Saint-Michel est malheureusement tronquëe, ce qui écrase l'édifice. Le beau Christ en croix de Van Dyck , l'orgueil de Saint-Michel , partage avec trois tableaux modernes les honneurs de la serge verte. La serge verte est un rideau tiré sur les tableaux de prix , dans l'apparent dessein de les protéger, mais en réalité pour procu-* rer le prétexte de percevoir sur le visiteur une contribution
pevsottiielle et extraordinaire. La serge verte est trèB-usUée ^1 Belgique : on l'emploie à propos de tout, et même de rien. Je ne dis pas cela pour Van Dyck , Dieu m'en garde ! mais ces troifi tableaux modernes , estimables assurément , mais rien de plus , qu'ont-ils à faire de la serge? Enfin le voyageur est prévenu : il sait maintenant qu'une peinture sous rideau est l'équivalent d'une gravure avant la lettre, qui, bonne ou médiocre, coûte moitié en sus des épreuves ordinaires. C'est à lui , par conséquent, à ne faire tirer la serge qu'à bon escient et à retourner le proverbe à son usage en se disant : « Tout ce qu'on cache n'est pas or. »
' Beffroi. — iHAlMiM «es llateltera. — Héiel «tociMbayMm. — ^ «trand- Théâtre. — l^es stalles debout. — ^ Château «e« eomtes de Vlaudre. — Marehé aux poissons.
Parlerai-je maintenant du Casino, joli édifice moderne entouré d'un fort beau jardin et dédié à Flore, première du nom.... Florœfestis solennibus? de la Coupure et du K(mter y ces belles promenades à qui ne manquent que des promeneurs? ou bien encore du Gros Canon de la place du Vendredi (place du marché), Dulle Griete ou Margtêerite F enragée ^ comme l'a dénommé la voix populaire ?
Cette pièce , réputée la plus forte qui soit en Europe , paraît remonter aux premiers temps de l'artillerie. Elle a 18 pieds de long sur iO et demi de circonférence; l'ouverture a 2 pieds 9 pouces de diamètre. Elle pèse trentre-lrois mille six cents livres. On suppose qu'elle fut forgée, à l'époque du siège d'Audenarde par Philippe Van Artevelt (1382), et l'on s'étaye sur le passage suivant de Froissart : « Pour plus esbahir ceux de la garnison d'Audenarde, ils (les GfUfitMs) firent faire et ouvrer une bombarde merveilleusem^t grande, laquelle avait S3 pouces de bec, et jetait cairreâcix merveilleusement grands et gros poisans; et, quand