CHAPITRE
dations du monument. Il faut toujours tâcher d'accommoder rhistoire et la légende : ce sont deux bonnes sœurs, Tune savante, l'autre artiste, qui aiment à vivre d'accord et, à cause de la grande distance de leurs âges, se complètent mutuellement.
On pourrait à la grande rigueur se dispenser de visiter l'intérieur de l'hôtel de ville. La flèche et la façade sont la meilleure partie du monument. Toutefois , alléché par ce frontispice , j'en ai voulu voir de près les magnificences internes et n'ai pas eu k regretter par trop ma curiosité.
La cour intérieure est décorée de deux statues de fleuves en marbre blanc et bronze ; elles sont médiocres ; celle de gauche me paraît être la meilleure. On trouve ensuite plusieurs salles remarquables, entre autres celle du conseil municipal,, ornée d'un beau plafond de Janssens (l'Olympe), de corniches . dorées et de tapisseries vieux-Gobelins.
Dans la salle qui précède celle-ci , on voit toute l'histoire de Glovis sur de vieilles tapisseries d'Audenarde, belles encore, bien que fort passées.
La salle du Trtee n'offre rien de particulier qu'une décoration gothique moderne, bleu et chêne. Elle a été ainsi ornée lors du mariage du prince Frédéric de Hollande.
Venons aux belles maisons privées qui complètent la décoration de la place. Les cinq ou six dont noua allons nous occuper sont célèbres et à juste titre.
La principale, nommée \sLmaison.du Roi ou maison auPain^ fait face à l'hôtel de ville. Elle est due à Antoine Kildermans, architecte de Charles-Quint, et fut commencée en ISIS. C'est, une construction qui n'est plus gothique , qui n'appartient pas encore à la renaissance, qui serait plutôt sarrasine, et qu'à ses arcatures ogivales on prendrait pour un de ces palais moresques de Venise qui bordent la place Saint-Marc. Egmont passa sa dernière nuit dans l'une des chambres de ce palais original, aujourd'hui occupé par l'une de ces nom-r
breuses sociétés où la bière, la pipe et la lecture réunissent à peu près comme dans nos cercles , mais avec plus de lien et dans un but spécial qui a souvent trait aux arts, la bourgeoisie bruxelloise. On lit sur la façade en grosses lettres d'or ces deux inscriptions :
A peste, famé et belle , libéra nos, Maria Pacis 1 !
Hic votum pacis public» Elisabeth consecravit. I
Et au-dessous de l'horloge, cette énigme que j'ai inutilement cherché à déchiffrer et que je livre à des sphinx plus pénétrants que moi :
Sit patriae aurea quae vis.
Si l'auteur n'a pas mis aurea pour hora , par un de ces lapsus flamands que je croyais ne s'appliquer qu'au français, cette inscription prouverait que ce ne fut pas Louis XIV qui eut la primeur de cette réponse célèbre dans les fastes de la courtisanerie transcendante. Il demandait l'heure qu'il était : « L'heure ,^ lui dit-on , que voudra Votre Majesté qu'il soit *. M
A droite de la place , en regardant l'hôtel de ville , on remarque plusieurs maisons non moins curieuses.
L'une est la maison des Bateliers, qui porte, je crois, le millésime de 1624. Elle figure au sommet une poupe gothique sur laquelle on voit représentés Neptune et les attributs de ^ ce dieu ; tout auprès , et debout , veillent deux matelots. ! Cette maison de l'ancienne corporation des mariniers est | charmante , mais recouverte d'un horrible badigeon blanc qu'on ne cesse d'y appliquer et qui n'épargne ni l'hôtel de ville, ni Sainte-Gudule, ni quoi que ce soit. Rien n'est sacré au badigeon.
A . J'ai trouvé le sphinx que je cherchais ; il m'apprend qu'il faut écrire \
^Muevis par un seul mot , et que cela veut dire : que toute heure soit propice à la patrie! Version infiniment vraisemblable, il en faut convenir, et qui a d'ailleurs le mérite de mettre à néant la mauvaise plaisanterie ci-dessus.