CHAPITRE V. K
Une autre, la première à droite, est couronnée d'une conque d'or et de différents agréments de même métal.
Une troisième, dont les fenêtres sont en retraite et de forme semi-circulaire , se distingue par ses bas-reliefs d'Amours joufflus , dignes de Boucher et de Yanloo.
De l'autre côté de la place, la maison dite des Brasseurs est supportée par des colonnes cannelées, et brille par des dorures d'assez mauvais goût. Elle est inférieure aux autres. . Enfin, la maison dite de la Balance, qui forme l'angle de la place et de la rue de la Colline , date du commencement du xvii" siècle. Elle est extrêmement jolie , mais fort badigeonnée. A la hauteur du premier étage , une sorte d'auvent ou de balcon est soutenu par deux cariatides de nègres qu'on a oublié de blanchir.
Il y en a encore une fameuse, c'est la maison de la Louve, ainsi nommée d'un groupe de de Vos, figurant l'allaitement de Romulus et de Rémus , qui en décore le devant. Elle est ornée en outre de quatre empereurs romains , accompagnés des quatre inscriptions suivantes : Firmamentum imperii; Insidiœ status ; Salus generis humani ; Eversio reipublicœ. Veuillez bien chercher, s'il vaus plaît, dans Suétone à qui ces titres conviennent. La maison de la Louve sert de récep» tacle à la société de la Parfaite Union. Le bas est un estaminet où l'on boit d'excellent faro en mangeant des pistolets de pain beurré.
3. Place Royale ) places du Sabioii et des martyrs* I<es blessés de sepiembre*
Voilà certes une belle place. Visitez-la souvent et la revisitez, car vous ne trouverez rien, ni de supérieur ni de comparable, à Bruxelles. Il y en a d'autres pourtant; mais quelle différence ! Ce n'est ni la place Royale, contrefaçon de notre place d'Armes de Nancy ^ ni la place du Sahlon , où l'on ne voit de remarquable qu'une Marie -Thérèse «n fontaine.
empruntant les traits de Minerve, et élevée par la munificence d'un riche Anglais, content de Bruxelles où il était venu s'établir pour une quinzaine et avait passé quarante ans , ni même la place des Martyrs , qui peuvent entrer en parallèle. Cette dernière pourtant mérite une description ^éeiale.
Ce square, entouré d'édifices superbes que rehaussent des colonnades doriques, et planté d'une double haie de tilleuls, contient le monument érigé aux héros de 1830. Ce mausolée est d'une structure très-nouvelle. Les Belges , que Ton accuse tant de plagiat en tout genre , ont su du moins cette fois éviter la contrefaçon. Nous avons érigé une colonne aux glorieux morts de Juillet ; ils ont creusé une crypte à ceux de Septembre. Du fond de ce souterrain k ciel ouvert, surgit un bloc quadrangulaire au haut duquel s'élève la statue colossale de la Belgique , foulant aux piedis ses chaînes et flattant d'une main leXion. Quatre bas-reliefs décorent les faces de ce piédestal : l'un représente la Bénédiction des sépultures, un second la Belgique décernant les palmes civiques aux héros; le sujet des deux autres m'échappe. L'auteur est M. Guillaume Geefs, le sculpteur populaire, bien qu'officiel, des Belges , dont le ciseau facile et élégant , mais peu énergique, nous semble présenter certain air de famille avec celui de Pradier.
Au fond de la crypte règne un cloître sous chaque arcade duquel on lit, sur des tables de marbre noir, les noms des victimes connues , ainsi que leurs lieux de naissance. J'ai compté 450 noms. Un pareil nombre, ou à peu près, de martyrs est resté anonyme. 3e relevai, non sans une certaine fierté, sur les tablettes funéraires, une vingtaine de noms français.
Ce fut précisément le 25 septembre , l'un des jours anniversaires de la lutte pour l'indépendance nationale, que je visitai ce monument. A l'un des angles de la voûte se te-