‹ BelgiqueChapitre 33 sur 145 · CHAPITRE V. r · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. r

naient debout, près d'une table chargée d'un plat d'ëtain où chacune des personnes qui venaient accomplirle pèlerinage de la noble nécropole déposait ou une petite pièce d'argent on tout au moins quelques cents , deux manchots vêtus de Tuniforme tyrolien des chasseurs de Chàstelaer ^ Thabit vert serré à la taille,^ orné d'une fourragère d'or, et le feutre boîp très-pointu , aigrette de plumes de coq et incliné sur une oreille, avec un des bords retroussé un peu plus que crânement sur l'autre. Ainsi affublé» à la Freyschûtz , ces braves gens avaient assez l'air de bandits de la classique Forét"^ Noire ; mais leur excellente figure contrastait avec leur costume de brigands d'opéra comique et pouvait rassurer sur le sort de l'aumône confiée à leur perception. Ces invalides pittoresques n'étaient autres que deux doyens du corps des blessés de Septembre^ dont les privilèges consistent à se déguiser de la sorte à certains grands jours de l'année, à faire seuls la garde autour du monument, et à toucher une pension de 450 francs. Je causai quelque peu avec ces bonnes gens en leur présentant mon offrande , et je tiens d'eux ces renseignements. Ils me dirent que leur petit corps était déjà bien réduit. A l'époque dont je parle, il n'en restait déjà plus que vingt membres ou environ. Je souhaite de grand coeur que ce mince effectif n'ait pas diminué depuis.

4* Place des Barricades. — Stetae d'André vésale*

Sur la place dite des Barricades s'élève la statue d'André Yésftle , de Bruxelles , inaugurée solennellement le 34 dé^ cembre i847, anniversaire du jour natal de ce grand homme. André Vésale, qu'on a justement surnommé le Père de l'anatamiey fut assez malheureux et est assez illustre pour méri«ter ici une courte notice. Né au commencement du xvi* siècle (31 décembre i514), Vésale étudia d'abord k Louvain , où il se prit de noble passion pour la science qu'il devait pévor^ lutionner. Ce n'était pas chose facile alors d'expérimcfnter

sur le cadavre. Yësale ne craignit pas de disputer aux vautours les corps des suppliciés, et ce fut, dit-on, entouré de ces hideux débris, qu'il systématisa, en le recomposant, le premier squelette humain.

A vingt-trois ans , Vésale vint en France, où il étudia suc^ Cessivement à Paris et à Montpellier. Sa réputation ne tarda point k luire ; de nombreux élèves accoururent à lui , et il leur montra, par la théorie et par l'exemple , que Tanatomie pouvait être et devait être autre chose que la description des corps de porcs, singes et autres animaux réputés semblables à l'homme.

Au moyen âge , c'était crime , et crime digne du bûcher, que la dissection d'une créature humaine. L'Église avec ses foudres, et en s' armant du bras séculier, tenait paralysé l'effort de la science. Bien que les temps se fussent un peu adoucis et éclairés par la renaissance des lettres , le jeune anatomiste brabançon eut à triompher d'obstacles sans nombre : le préjugé vaincu ne lui pardonna point sa défaite, et devait se venger de lui tôt ou tard.

Devenu médecin de Charles-Quint , et, après l'abdication et la retraite au monastère de Saint-Just, attaché à la personne de Philippe II , Yésale se fixa en Espagne, d'où une aventure malheureuse , qui rappelle la fin iristenaent tragique de notre abbé Prévost , devait le bannir au moment le plus brillant de ses travaux, de ses succès.

Il avait, comme tous les novateurs, une multitude d'ennemis qui n'attendaient que l'occasion de fondre sur lui en masse. Chargé du traitement d'un noble espagnol atteint d'une affection grave et fort équivoque dans ses symptômes, Vésale perdit son malade. Il demanda, dit-on, et obtint avec peine de la famille du défunt, la permission d'ouvrir le corps pour éclaircir un point douteux de la science , et il arriva que, lorsqu'il toucha le cœur de la pointe de son scalpel , cet organe , soit reste de vie , soit irritabilité en

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