CHAPITRÉ V
recommandable chez un petit peuple; mais encore n'en faut-il point abuser.... ne quidnimis!
A propos des débats législatifs du palais de la Nation et du singulier spectacle que présente aujourd'hui la Belgique, divisée comme un fruit en deux parts, entre ses deux grands partis politiques , fait qui a paru généralement grave, et où quelques-uns même ont vu un symptôme menaçant tant pour l'avenir du pays que pour celui du régime constitutionnel, un publiciste distingué m'a donné des explications spécieuses et persuasives. Selon lui , bien loin que l'antagonisme déclaré des libéraux et des catholiques ait nui jusqu'ici ou doive nuire aux intérêts de son pays , la Belgique a progressé et grandira en raison même de cette compétition émulative des deux grandes fractions rivales. « Tout pouvoir est de sa nature envahissant, a dit Montesquieu , jusqu'à ce qu'il trouve un obstacle. » Si l'obstacle est permanent , et , pour ainsi dire , endémique, qu'en résulte-t-il? une transaction naturelle et de tous les instants entre les deux partis. Chacun d'eux sent le besoin de s'amoindrir, d'émousser ses aspérités, afin de se rendre acceptable. Autant que possible, il élargit le terrain où il est permis de s'entendre; la différence entre les deux parties, belligérantes est tellement peu accusée, c'est tellement une affaire de nuance, qu'elle devient imperceptible k quiconque n'a pas une notion profonde de la nature spéciale des passions en jeu et des intérêts en litige. Nulle part on ne trouvera des libéraux plus religieux, des catholiques plus constitutionnels. Le maintien du culte et du gouvernement, voilà sur quoi tout le monde est d'accord. On voit qu'il y a loin de ces querelles aux nôtres, où le principe même de l'ordre existant, tantôt l'autorité, tantôt la liberté, est sans cesse battu en brèche. Le clergé voudrait une extension de crédit, une pari dans l'éducation, que les libéraux lui refusent; mais il ne prétend pas pour cela, comme certains publicistes le récla-
ment chez nous , à là suprématie univereelle par La négation de la raison. De ces mutuelles concessions, qui n'auraient peut-^re pas lieu si chacun des deux partis ne tenait perpétuellement l'autre en respect, la Belgique recueille une stabilité et une prospérité faites pour rendre jaloux des États plus puissants qu'elle.
La rue de la Loi , qui contient le palais de la Nation et la plupart des ministères, les rues Royale et Ducale, qui embrassent le Parc de leurs longs bras symétriques, sont en revanche tout à fait dignes de la splendeur d'une plus grande capitale.
9. lie pare. '— Souvenir de Pierre le Ctrand. — Statoe du général llelllard*
Le Parc , ancienne dépendance du palais des archiducs ou gouverneurs autrichiens , a été remanié et isolé par l'architecte Guymard, auteur de tout ce magnifique quartier. C'est une promenade agréable , entourée d'une grille comme nos Tuileriesetplantée de fort beaux arbres. Elle n'est pas trèsvaste, et l'art du fleuriste n'y occupe pas une grande place. Ce jardin est du genre mixte ; il tient le milieu entre le parc anglais et nos jardins académiques. On y trouve quelques groupes ou statues passables de Yervoort, de Delvaux et de Duquesnoy , et au milieu un fort joli kiosque servant aux concerts publics. Il y avait autrefois de l'eau dans un bassin que l'on voit maintenant tari au fond d'une sorte d'entonnoir. Le grand tzar Pierre, durant son séjour à Bruxelles, s'amusa un jour à boire, en vrai charpentier altéré, une bouteille de vin qu'il avait préalablement fait rafraîchir dans l'eau du bassin et qu'il vida suh Jcve , assis au bord de la margelle. Un fait si mémorable n'était point fait pour passer inaperçu ; on lui donna la consécration de l'histoire sur les lieux mêmes, et une inscription latine se chargea d'instruire la postérité des circonstances de ce grand acte, avec mention