CHAPITRE V
Dans les autres églises de la ville, et elles sont nombreuses, Saint-Nicolas, Sainte-(/atherine, Saint-Jean du Caudenberg, Notre-Dame de Bon-Secours, le Béguinage, etc., le dilettante et le touriste fervents pourront glaner encore quelques œuvres d'art; mais ils sont en droit de s*en tenir à celles que nous venons de décrire. C'est Sainte-Catherine qui vit s'accomplir vers le milieu du xvn* siècle le fameux miracle du juif et de l'hostie sanguinolente qui valut aux fils de Jacob une persécution inouïe dont ils gardent encore la mémoire. Cette église possède un Crayer, un Janssens et un Otto Yenius {le Christ au tombeau),
«9. Théâtres et pl*ee de 1* Momiale* — I«e ir*udeTtlle« *— lies ITarlétés* — Iie« Menvisauiés. — Iie« Cirques. — S*lle et CMlerles Salnt-Kuliert.
Il y a bien des choses à voir encore dans Bruxelles : les théâtres, d'abord , si vous le permettez. Il en est plus de trois que l'on pourrait citer; mais , pour épargner l'espace et votre temps, je parlerai d'un seul : c'est le Grand-Théâtre ou Théâtre de la Monnaie, sis sur la place de ce nom. Je dois dire que c'est un massif, laid et funèbre monument. Il date de 1819. A l'extérieur, il est décoré d'arcades et d'un péristyle de huit colonnes doriques ; à l'intérieur, de minces colonnettes, montant sans interruption du balcon au cintre. Talma disait que c'était « une botte d'asperges dénouée au fond d'un puits. » La tenture des loges est rouge et l'ensemble de l'ornementation est mesquin. L'orchestre est bon; la troupe lyrique vaut celles de Bordeaux, de Lyon ou de Marseille, ni plus ni moins. Quant au personnel de la danse, le mieux est de n'en pas parler. L'extrême inexpérience des Belges en fait de langue française se trahit là comme partout; car c'est une grande erreur de croire qu'on parle français en Belgique. Il est vrai que nous serions encore bien plus em* pêchés de prononcer leur rauque et rude flamand. Sur les
murs du théâtre , on lit toutes sortes d'affiches d'une linguistique douteuse. J'ai remarqué celles-ci : Police du théâtre : Défense d'y fumer. Au bureau, l'on ne fera aucune difficulté de vous livrer pour votre argent « des cartes bleus {sic)f » et mille autres idiotismes de celte force qui, du moins, ont l'avantage d'opérer une salutaire diversion sur le moral du spectateur et de combattre les idées sépulcrales que tend à éveiller l'aspect de ce théâtre lourd et triste.
La place de la Monnaie est, soit par sa position centrale, soit par le voisinage du théâtre, très-animée, le soir surtout. De nombreux promeneurs la parcourent en fumant ces renommés cigares belges qui coûtent si peu cher et dont on peut dire, comme Xanthus, après l'acquisition d'Ésope : « Je n'ai pas acheté grand'chose, mais, grâce aux dieux , j'ai déboursé peu d'argent. » Les instrumentistes en plein vent remplissent l'air de leurs fanfares; une multitude de cafésestaminets fort luxueux illuminent de toutes les splendeurs du gaz le cristal de leurs devantures. Le coup d'oeil est vraiment fort gai. C'est notre boulevard du Temple en petit. Défiez-vous seulement, lecteur, si vous avez de la vertu, de certains officieux qui pullulent au milieu de cette kermesse vespérale et s'en vont d'oreille en oreille, chuchotant à qui veut les écouter d'insidieuses offres.... sub nocte susurri^ mal déguisées sous la formule consacrée : « Monsieur , le faut-il un commissionnaire?»
Les autres théâtres , que je me borne à nommer et que vous irez sans doute voir, sont le Vaudeville, situé rue l'Èvéque, non loin de l'excellent hôtel de Suède; le théâtre des Variétés ou du Parc, et celui des Nouveautés, situé sur l'un des boulevards extérieurs , près de la porte de Cologne.
Il y a aussi à Bruxelles des Cirques : nous en avons vu inaugurer un fort beau en 4846 par un concert donné à l'occasion des fêtes de l'Indépendance , et auquel la feue reine Louise assistait. Celte entreprise paraît n'avoir pas réussi;