‹ BelgiqueChapitre 43 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mais on vient de construire dans la capitale de la Belgique un nouveau cirque qu'ont ouvert les fêtes du mariage du duc de Brabant avec l'archiduchesse Marie-Henriette , et où il a été question de donner des combats de taureaux. L'Espagne a laissé dans les Flandres une assez forte empreinte de son passage pour que cet ibérique spectacle y soit accueilli sans épouvante et même avec une certaine faveur.

Il faut citer encore la salle plus récente dite des Galeries Saint-Hubert, l'une des magnificences du Bruxelles moderne. Ces deux splendides passages^ dont la façade s'ouvre sur le marché aux Herbes , mettent en communica^ tion deux quartiers importants de la capitale de la Belgique. La ligne principale de plus de 200 mètres qu'ils décrivent vient aboutir près de la place de la Monnaie. De la première dépend un marché aux Fleurs, et la seconde renferme un fort joli théâtre, oîi l'on joue habituellement le répertoire italien. Ces deux galeries se font suite, en traversant une rue sous un passage vitré , à peu près (plus ce dernier perfectionnement) comme les passages JoufFroy etVerdeau, à Paris. Ce bel ouvrage est dû k M. Cluysenaar, non moins bon calculateur qu'habile architecte, et qui, ayant promis d'achever tout le monument pour un peu plus de 3 millions, n'a pas excédé d'un seul centime son devis primitif. Les deux galeries Saint-Hubert ont été livrées à la circulation après quinze mois de travaux , le 20 juin 1847, jour où le roi des Belges en a fait l'inauguration solennelle; et, contrairement à ce qui a lieu d'habitude, cette nouvelle voie de communication s'est trouvée, en même temps qu'un ouvrage d'art et un embellissement utile de la cité, une spéculation excellente.

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Nous ne saurions avoir ici la prétention de passer en revue tous les monuments de Bruxelles. Il faut bien d'ailleurs

laisser quelque carrière aux investigations propres du voyageur et à l'esprit de découverte. Nous enregistrons seulement pour mémoire le palais des expositions et des beauxarts, construction peu riche d'extérieur et toute moderne, en nous bornant k avertir le lecteur qu'il existe sons cette façade prosaïque des collections scientifiques et une bibliothèque dignes de l'intérêt du savant et du bibliophile. Cette bibliothèque est celle des ducs de Bourgogne, et, bien que fort diminuée danfi les vicissitudes politiques et révolution* naires qu'a eu à traverser la Belgique, elle possède encore en assez grand nombre des livres rares et de précieux manuscrits.

La tnaisûn des Poissonniers^ sur le quai aux Tourbes, mérite un pèlerinage spécial. Elle est restée l'un des plus beaux types de ces admirables logis que les corporations des XT* et xvi* siècles se construisaient pour y débattre leurs intérêts communs et célébrer joyeusement, le verre en main, les fêtes patronales et autres. Us n'y plaignaient, ni au dedans ni au dehors les somptuosités de tout genre. Us recouraient, pour décorer leurs demeures collective», au ciseau du sculpteur et au pinceau du peintre, et Ton voyait alors de simples artisans soutenir l'art et les artistes. Que les temps sont changés , hélas !

Nous ne saurions décemment omettre, en fait de monuments ou de curiosités bruxelloises, le Manneken-piss. Qui ne connaît, au moins de réputation , cette facétie locale, d'un sel un peu gros et d'une définition assez embarrassante en la prude langue française? Le Flamand ne connaît aucune de nos vergognes; le Flamand dans les mots brave l'honnêteté : Her ist verhoden tepissen est une inscription qui se lit couramment sur les édifices pubhcs. Or, le Manneken-piss est l'ornement assez.... flamand d*une assez hideuse fontaine fovraant l'angle des rues de l'Étuve et du Chêne. La statuette elle-même est jolie ; elle est de Duquesnoy, en bronze , et a

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été substituée, au xyii^ siècle, à une précédente en pierre, qui existait là de temps immémorial. Il n'est sots contes qu'on n'ait faits à propos de cette petite impudicité artistique. C'était le palladium de la ville , comme Test le fameux Perron à Li^e : y toucher eût été comme porter la main sur les dieux-oignons ou dieux-chats de FÊgypte. Ce qu'il y a de certain , c'est que cette gaillardise très-hardie a été depuis plusieurs siècles et est encore parfois un texte de plaisanteries peu variées. Le Jâmmehen-piss est chevalier de je ne sais combien d'ordres. A certains grands jours , on l'habille de pied en cap; on lui met l'épée au côté et ses crachats en sautoir. C'est dans cet équipage majestueux qu'il remplit son office de borne-fontaine ; le quartier ne se sent pas d'aise, et les passants rient à se tordre. Voilà un beau sujet de gaieté, en effet. Plusieurs souverains ont cru faire leur cour aux Bruxellois en flattant cette assez ridicule manie, et c*est ainsi que cet affreux petit bonhomme est à lui tout seul chambellan de l'électeur de Bavière, chevalier de Saint-Louis, grenadier de la garde , officier de la garde civique , et je ne sais plus quoi encore.

Un grand nombre de cabinets ou galeries particulières de tableaux , toutes volontiers ouvertes à l'étranger, suppléent , à Bruxelles, à Tinsuffisance relative de la collection officielle et publique. Il est inutile d'en donner ici la liste ; elle serait fort longue. Nous citerons seulement celles do M» le prince de Ligne, de M. Yanden Berghen et de M. Beceektere^ toutes trois riches en tableaux modernes, et, avant toutes, la magnifique galerie de M. le duc d'Arenberg, oà le visiteur est toujours admis avec empressement.

Les promenades de Bruxelles sont» indépendamment do Parc que nous avons déjà décrit, l'Allée Verte, les Boulevards et le Jardin botanique* L'Allée Verte, longufi avenue plantée de plusieurs haies d'arbirea séculaires, aboutit, ou plutôt commence, à la porte du Rivage* Elle est, ou, pour

ga LA BELGIQUE.

mieux dire, était, k Bruxelles, ce qu'était à Paris Tancien Goursla-Reine. Aujourd'hui elle est moins suivie. Néanmoins, les fringantes cavalcades et les files d'équipages Tenvahisseat encore en certaines belles après-midi de la saison d'été* Les boulevards n'offrent rien de l'animation des nôtres. Ils ne sont rien de plus qu'un large chemin de ronde planté d'arbres, un peu dans le genre de nos boulevards extérieurs. Le Jardin botanique commence et n'offre encore qu'un intérêt scientifique. Les vraies promenades de Bruxelles sont dans Bruxelles même, et je ne sache rien, en effet, de plus digne de l'attention d'un étranger tant soit peu observateur que le contact direct de la population à l'intérieur d'une grande ville inconnue. Il y a là, k chaque pas, pour qui sait voir du moins, d'amples moissons de faits nouveaux et d'impressions k recueillir. Évitez donc, si vous en. avez le temps, k Bruxelles et ailleurs, les cicérones tarifés, les guides en chair et en os, et lancez-vous résolument k travers rues, un plan dans la main, un guide dans la poche : vous connaîtrez mieux ainsi , au bout de deux heures , la physionomie propre de Bruxelles, qu'en cent pages peut-être nous essayerions ici vainement de vous retracer.

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