‹ BelgiqueChapitre 61 sur 145 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

ment, fut livrée aux flammes toute remplie de blessés, au nombre de cinq ou six cents 1

Du haut des tertres qui supportent les monuments funèbres dont j'ai fgit mention, l'œil embrasse toute la superficie du champ de bataille : au nord, le plateau occupé par l'armée anglaise; immédiatement au-dessous, le ravin où eurent lieu ces belles et furieuses charges de cavalerie qui eussent assuré le gain de la bataille si Murât les eût dirigées ; à droite et à l'ouest, les débris de la métairie d'Ougoumont, et la montagne artificielle marquant la place où combattaient les légions belges et hollandaises, et où fut blessé le prince d'Orange; à gauche, les lignes hanovriennes et, dans le lointain, à l'horizon , ces arbres du milieu desquels l'Empereur vit avec stupeur déboucher l'armée de Blûcher, au lieu de Grouchy attendu et de ses 40 000 hommes; au sud enfin et sous les pieds du spectateur, dans la direction de la chaussée, ces fermes. dont le nom est acquis à l'histoire et qui sont encore debout, paisibles et silencieuses : la Haie-Sainte^ théâtre d'une mêlée sanglante , arrachée par Ney aux Anglais dès le début de l'action; la Belle- Alliance ^ où s'opéra après la bataille la jonction de Blùcher et de Wellington ; la MaisoniV Ecosse près de laquelle l'Empereur avait pris position pendant le combat , sur un petit tertre , devant une table grossière que lui avaient fournie , avec une chaise de bois , les habitants de la maison ; plus loin , la ferme du Caillou^ où il passa la nuit du 17 au 18, et le village de Planchenois.

On peut ainsi se rendre compte et des principaux mouvements deia bataille , et de l'habileté supérieure que montra Napoléon dans cette journée , habileté dont un concours de circonstances aussi fortuites qu'accablantes put seul déjouer les calculs, et de la faute qu'avait commise lord Wellington en s' adossant à une forêt, c'est-à-dire à un défilé qui ne lui laissait aucune issue en cas d'échec. Sans doute il s'assurait ainsi l'avantage réel de dominer son adversaire et de l'atten-

dre dans une position retranchée; mais qu'il faillit le payer cher ! Que de fois , immobile sous son arbre et voyant ses divisioits en pleine déroute, il se crut perdu sans ressources ! Il y avait plus de danger pour lui à reculer qu*à se mainte-nîr , et ee Alt ee qui le sauva. Quelques minutes encore peutêtre, et Bliicher arrivait trop tard. Il est certainement injuste d'attribuer au seul général prussien, comme on le fait généralement , tout l'honneur de cette journée. Le mérite en ap* partient d'abord à la trahison , à une suite de fatalités sans exemple , à Tinfériorité numérique de nos troupes qui «ombaittaient un contre trois, harassées de fatigue et privées de nourriture depuis la veille , et à la faute de Grouchy. Ces réserves laites, il faut reconnaître que Wellington soutint, avec son corps d'armée , à peu près tout le choc de la ba* taille; que, s'il n'eût pas tenu aussi énergiquement contre les foudroyantes attaques de l'artillerie et de la cavalerie françaises , et réparé sa faute première à force de ténacité et de flegme , les i 00 000 hommes de Bluch^ fussent arrivés sur le terrain pour constater un grand revers, et que, pris à leur tour entre Grouchy arrivant et notre armée victorieuse, ils eussent été probablement anéantis , malgré la disproportion du nombre. Sous ce point de vue, ce n'est donc pas sans quelque apparence de raison que les concitoyens de Wellington se sont plu à lui déférer le mérite de la victoire. Blucher lui-même l'entendit ou feignit de l'entendre ainsi, lorsque, se rencontrant à la Belle-Alliance avec le duc qui l'embrassa et lui dit dans l'effusion de ce premier moment d'ivresse :

« Monsieur le maréchal, vous êtes le premi^ général du ffionde,car vous avez battu l'Empereur; » il rép<Midit modestement : « Après vous, mylord ! » Depuis cette époque, œy* lord se l'est tenu pour dit.

Il paraît que son mot de ralliement et son immuable refirani furent, durant toute la bataille : « Pour Dieu , ne bou* gez pas, my h&ys; quoi qu'il arrive, ne bougez pas! » U

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