CHAPITRE VIII. ii
domi egestas dont se plaint si souvent Mme Deshoulières , triste chaîne parfois bien autrement pesante que celles des prisons d'État,
Vilvorde est la plus ancienne commune du Brabant et le berceau du béguinage. De riantes villas l'entourent.
A partir de Vilvorde cessent les pâturages qu'a traversés le railway depuis Bruxelles , et nous entrons dans une suite de champs fertiles , admirablement cultivés.
Ces deux clochers qu'on voit pointer à droite sont ceux de Perck et d'Elewyt, petites communes illustrées par le souve» nir de Rubens et da Téniers. Tous deux y furent seigneurs campagnards : le premier possédait , auprès d'Elewyt, Tantique château de Steen, où il a composé un grand nombre de ses ouvrages. Le second , plus modeste , était propriétaire d'une maison de campagne connue sous le nom des Trots- Tours, à Perck, dont il a reproduit les sites dans une infinité de toiles.
Voici l'église de Sempst, une des plus anciennes de la province. Bientôt après , nous quittons le territoire du Brabant pour entrer dans celui d'Anvers ; déjà nous distinguons au loin l'énorme tour et les hauts clochers de Malines.
•4. IM province d'^Auverm. — I<« l»yle« — Ia If ètlie.
La province d'Anvers , une des neuf provinces de Belgique , qui fut sous l'Empire français le département des Deux- Nèthes, contient une population de 370 000 habitants environ , répartis sur une superficie de 284 000 hectares. Elle est divisée en 3 arrondissements judiciaires, subdivisés euxmêmes en 19 cantons. Elle renferme 4 villes, dont une de premier ordre, et 138 communes rurales. Elle envoie 4 membres au sénat et 9 à la chambre des représentants. Elle relève du diocèse archiépiscopal de Malines, où siège le primat de Belgique, qui a pour suffragants les évoques de Namur, Tournai , Bruges, Gand et Liège.
Nous franebissons , à petite viftesse et swt un pon4; mobâie , le eanal de Louvaîn^ et nous arrivons à Malines, dans la vaste station centrale où convergent les lignes de fer du Nord, de TEst et de l'Ouest.
Nous avons déjà esquissé cette ville. Nous continuerons donc, sans nous y arrêter, notre route vers la patrie du grand Pierre-Paul et de tant d'artistes fameux.
En quittant la station de Malioes, le train longe k ville, qu'il laisse à gauch*; bientôt après, il traverse la route pavée de Louvain, puis laDyle, petite rivière qui baigne Ma- Unes et donna son nom sous FEmpire au département composé de la province du Brabant, dont Bruxelles était le dieflieu.
Le terrain s'accidente un peu depuis Malines : lasplendide monotonie du paysage fait place à un mélange de bruyères incultes, de champs, de bois et de prairies. Ce haut clocher est celui de Wavre-Sainte-Catherine , l'une de ces grandes communes rurales très-muUipliées en Belgique et dont le développement , égal pour le moins à celui de nos petite villes, révèle l'importance et le perfectionnement de r agriculture nationale. Nous saluons les ruines de l'illustre abbaye de Rosendael ( y«//ee des Roses) qui fut de l'ordre de Cileaux; puis nous arrivons à larN^e, que nooM traversons à grand bruit sur un pont de bois tournant.
Il y a deux Nèthes : la petite et la grande, qui ne Test guère. Leur confluent forme la Nèthe proprement dite que nous venons de traverser. Elles ont donné, comme les deux Sèvres, qu'elles égalent à peu près en importance , leur nom à un département dont le chef-lieu fut Anvers.
s. Iilerre. — Tarnetaont. — I<« Camplme.
A moitié chemin à peu près de Malines et d'Anvers, et à deux ou trois lieues à droite du railway, s'élève la vieille ville de Lierre, assise au point de jonction des deux Nètbes. Quand
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il n'y avait pas de chemin de fer , on n'eût pas manqué de visiter cette gothique et pittoresque cité. Elle possède , outre plusieurs églises remarquables , une maison de ville très^ bizarre et un beffroi qui ont inspiré à M. Victor Hugo un dessin de beaucoup d'effet et de couleur publié par l'Illustration^ il y a plusieurs années. Si le chantre des Orientales n'eût pas été un grand poète , il eût pu être, comme on sait, un artiste de haut mérite. Le moyen âge règne en plein à Lierre , aussi bien dans les constructions privées que dans les monuments publics. Cette ville, assez importante, puisque la population en est de 15 000 habitants environ , a dû sans doute à sa situation en dehors des grandes lignes de communication de résister aux progrès de la civilisation en général et de l'architecture en particulier. Il est question depuis longtemps de la doter d'un embranchement de chemin de fer. Dieu l'en préserve !
Puisque nous sommes à Lierre, poussons, si vous le voulez bien, jusqu'à Turnehout, point extrême du territoire belge au nord-est, et dont la distance de Lierre est de 36 kilomètres ; d'Anvers, à peu près autant. Turnehout, qui n'est pas moins peuplée que Lierre, est le chef-lieu de ce pays assez sauvage, et couvert de bruyères que l'on nomme Campine, et dont les habitants sobres, rudes, attachés à leur indépendance, offrent une physionomie tout k fait à part des types campagnards du Brabant ou des deux Flandres. Ces braves gens, robustes et fiers, seraient prêts à recommencer les prodiges qu'ils firent autrefois contre les Espagnols. Il y a eu trois combats mémorables à Turnehout ( d597 , 1648, 1799 ), et à chaque fois les patriotes brabançons , unis aux terribles mangeurs de pappe (bouillie) de la Campine, ont fait essuyer de cruels échecs aux Espagnols d'abord et aux Autrichiens ensuite. Très-commerçante et très-industrieuse, celte ville n'a de monuments remarquables que son église Notre-Dame , assez belle , et dont le clocher est extrêmement élevé.
•. DnlTel. — Comtleh. — Tleax-l»leu.
Duffel, haute baronnie dont le nom a marqué souvent dans les annales belliqueuses et agitées des Provinces-Unies, riche aujourd'hui par l'industrie et le commerce, est assis au bord de la Nèthe. En nous éloignant de ce bourg considérable , nous touchons à Gontich , commune d'égale importance, entourée d'antiques châteaux et de magnifiques jardins.
Voici Vieux-Dieu , dernière station avant Anvers , ainsi nommé d'un tertre, qui subsiste encore, où les Bataves adoraient une célèbre idole païenne. Le hameau est k gauche • du même côté, on voit Berchem, où était établi le quartier général de l'armée française pendant le siège de la ville , dont la flèche si svelte et si hardie de Notre-Dame nous annonce bientôt l'approche. D'admirables villas se pressent sur la gauche et sur la droite du railway. Le train franchit le mur d'enceinte et s'arrête enfin à la porte du Boergerhout. Nous avons , depuis Bruxelles , parcouru 44 kilomètres en deux petites heures , car les chemins de fer belges sont modestes dans leurs allures et ne se piquent point de gagner le vent ni l'éclair à la course.