ANVERS
I. Structure, légende et physionomie d'Anvers. — Place Verte et statue de Rubens. — 2. Notre-Dame. — Origine de la Descente de Croix de Rubens.
— Anecdote sur ce célèbre tableau. — VÉlévation en Croix. — Jugements artistiques. — L'Assomption. — Autres richesses de Notre-Dame. — Tombeau de Quinlin-Metzys. — 3. Saint-Jacques. — Chapelle et Tombeau de Rubens et de sa famille. — 4. Détail des ornements de l'Église Saint- Jacques. — 5. Épilaphe de Rubens et détails sur la fin de ce grand homme, d'après des documents nouveaux. — 6. Église Saint-Paul. — La Flagellation. — Portement de croii, de Van Dyck. -^ 7. L'église Saint- André. — 8. Souvenu" de Marie Stuart. — Saint-Augustin. — 9. Église Saint-Charles Borromée ou des Jésuites. — <0. Le Musée. — il. Les tables de la corporation de Saint-Luc. — 12. Jardin et légende du musée d'Anvers. — 43. Notice sur Van Dyck. — 44. Collections particulières. — 4 5. La maison de Rubens. — 46. L'hôtel de ville. — La Bourse. — La maison hanséatique. — La citadelle. — La tète de Flandre. — 47. Le port et les bassins.
— 48. La Porte de l'Escaut. — 49. Le marché du vendredi. — 20. Le théâtre. — Le jardin botanique. — La Grande-Harmonie. — 24. Borak- Strael. — 22. De la vie à Anvers. — Habitudes locales.
I. Stractnre^ lé^eiide et physionomie d' Anvers. — Place Verte et «tatne de Rnben«.
On a si souvent comparé la structure d'Anvers à la figure géométrique d'un arc dont le Schelde (Escaut) forme la corde, que j'ose à peine employer cette figure rebattue. Pourtant , je dois convenir qu' elle ne manque pas de vérité : arc superbe, puisque la ville ne compte guère moins de 100000 habitants; corde imposante, puisque l'Escaut, en avant d'Anvers qu'il sépare de la tête de Flandre , ouvrage fortifié qui protège et indique l'extrême limite du territoire flamand , s'étend, majestueux, sur une largeur de près d'un demikilomètre.
L'étymologie légendaire HAntwerpen (Anvers) n'est guère
moins connue. Elle ne remonte qu'au temps de César. Un géant, un de ces géants dont la Belgique a gardé le culte et promène les images processioniadlement à certains grands jours de Tannée, habitait au bord du fleuve, où, en vertu du droit incontestable du plus fort, il avait établi une petite douane à son profit particulier sur toutes les marchandises qui passaient. Il avait la délicatesse de s'en rapporter volonliers aux marchands sur la valeur de leur paco^tille, base de la perception qu'il exerçait. Seulement, il avait soin de vérifier le dire, et, si on le trompait, il usait de son droit de préemption^ non-seulement en prenant pour rien toute la marchandise, mais en coupant les mains aux faux déclarateurs et en les jetant dans le fleuve. Cette situation commerciale manquant tout à fait de gaieté , un certain Brabon ou Brabant , qui n'avait pourtant que la taille du commun des martyrs, se dévoua pour tous, et, nouveau David, osa attaquer Goliath. On en vint aux mains, et Brabon vainqueur infligea à son ennemi dompté la peine du talion. C'est pour cela que la ville se nomme Antwerpen {mzm jetée), et qu'elle porte dans ses armoiries deux mains, accompagnées d*un château triangulaire, qui fut celui du géant mutilé après avoir été mutilaieur, et qui s'élevait sur la place où l'on voit aujourd'hui Anvers. Il n'y a pas longtemps encore que cette grande et belle Yille présentait à l'arrivant artiste un coup d'œil tout à fait rétrospectif et poétique. A chaque coin de rue, des madones ou de grands Christs blêmes et ensanglantés, de hauteur naturelle, entourés de tout l'attirail sinistre de la Passion, servaient tout à la fois de petite ehapelle et de luminaire aux passants; car une lanterne fumeuse était accrochée au-dessus de ces images saintes , d'un inexprimable effet de terreur, et, comme dit M. Théophile Gautier, cette sinistre lanterne leur tenait lieu d'auréole. Les maisons, grâce au ciel encore nombreuses, qui datent du moyen âge et de la renaissance, conservaient sans altération la vénérable teinte des siècles ,
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i>iii se revêtaient, sst goàx des propriétaires, de tons multiflcs et imprévus , quelquefois agrësÉKles et attestant le fefids Ra* tional de ealerisme qui distiague rAnversois.
Mais, depuis une ymgtaine d'années, il sentble que la de- TOtion ait diimoui dans la pairie du grand Pierre-Paot, en fNToportion inverse des progrès faits par le goût de la pr»qptreté , c'est-knlire du blanchiment et de tontes les variélés connues du badigeonnage. Je me trompe ponrtamt : usnboiorgjaiestre a £aii un coup d'État contre les murailles et le choix «les nuaifeces dont il est permis de les affubter est Vdbfet d*use céglemeniationtrès-striete. Les Anverseâs ont la liberté de la presse, msà& non celle de la peinture, eA. ils doiveaot se conformer , dans rhabilkment de lenrs maisons, k la gamme licite de cottlecETS décrétées par le pouvoir municipal, et dont xm spédmai est af&ché ad hoc à la maison de ville. J*ai lieu Ae croire que ce dmix somptuaire n*est pas des pins heureux , puisque le jaune de tous les tons , depuis le canari jusqu'à l'orange, est actuellement ce qui domine dans la parure des habitations d'Anvers. Par contre, les madones et les Christs s'édipsent, et ce n'est plus guère que dans la partie vraiment gothique delà ville, dans les fouillis de rues quiavoisinent le port et le grand bassin, que Ton voit scimtiller encore la nuit à l'angle des carrefours ce gros oeil rouge, indice et lampe votive de ces signes extériears de la pi^ caâiolique.
On entre dans Anvers, à la descente du chemin de fer, par une belle porte relevée de trophées et d'armoiries, et Ton s'engage k peu près inévitablement dans la place de Meer qui vous conduit au centre et au cœur de la ville, selon la civilisation eï selen la topographie. Cette place de Meer n'est autre qu'une longue et spacieuse rue qui va toujours s'élargissant en manière d'entonnoir , jusqu'à ce qu'elle aitteigae, en effet , au bqut de son parcours , aux proportions d'une véritable place. Comme c'est là la grande artère de la ville et
lâO LA BELGIQUE.
le point de repère nécessaire des étrangers, il convenait d'en déterminer d'abord l'emplacement et le caractère. Située dans le voisinage de presque tous les hôtels abordables, elle est le centre du commerce d'objets d'art et de fantaisie qui intéresse plus spécialement l'étranger. En l'adoptant pour quartier général et étoile fixe, on rayonnera sans peine et en peu d'instants vers tous les points de l'hémicycle que figure à peu près Anvers.
Non loin de Ik est la place Verte , ainsi nommée de la plantation de beaux arbres qui en ombragent le quadrilatère régulier, et du milieu de laquelle surgit sur son haut piédestal la statue du grand Rubens. Puisque ce bronze, dû au ciseau du sculpteur national belge , M. Guillaume Geefs , se trouve sur nos pas et sous nos yeux, nous l'apprécierons tout de suite. Cette statue, érigée sur la place Verte en 1843 , a du mérite et rend assez bien la fierté, le cavaliérisme d'allure particuliers au grand artiste anversois , comme il appert des portraits qu'il nous a laissés de lui-même. Mais cet ouvrage un peu froid, nonobstant cette crânerie de la pose, manque aussi de ce que nos voisins d'outre-Manche nomment pecu- Uarity. Hormis la palette, rejetée comme un attribut secondaire derrière la figure, rien absolument n'indique la nature ni la profession du personnage, et l'on croirait plutôt avoir devant les yeux quelque guerrier qu'un grand peintre.
9. Wotre-name. — I^es trol» sraiid« tableaux de Rabem». — Anecdotes «ur la Descente de Croix. — Jugements artistiques. — Antres richesses de ivotre-name. — Tombeau de Qnlntin-MetBy s .
Cette place Verte, qu'encadrent de trois côtés de belles maisons pour la plupart modernes, a pour quatrième et magnifique face la splendide église Notre-Dame, la cathédrale d'Anvers, dont l'espagnole flèche monte au ciel, déliée, comme le mât-géant de cette ville maritime. Quoique un peu