CHAPITRE IX
moins haute que celle de la cathédrale de Strasbourg (il y a iâ ou 15 mètres de différence ), cette aiguille paraît pourtant aussi élevée pour le moins que la pointe du Munster, k cause de ses sveltes proportions qui, au lieu de la forme sévère de la pyramide, afiPectent, dans un style moins pur sans doute, mais plus plein de grâce peut-être , un caprice de ligne brisée et serpentine , que couronne au-dessous de la croix un renflement quasi-oriental et k jour , en forme de poire renversée. On gravit ce hardi clocher, moyennant une modique rétribution , par six cents marches et plus, du haut desquelles on jouit, pour récompense de cette ascension pé* nible, de la prestigieuse vue d'ensemble de la ville et d'un gigantesque panorama comprenant toutes les Flandres et une partie de la Hollande.
Cette église de Notre-Dame, fondée au xiii« siècle , et qui ne fut entièrement achevée que sous Charles-Quint , fut longtemps l'un des plus riches temples de la chrétienté : l'or et l'argent massifs en formaient les vases saints, les flambeaux, les ostensoirs. Elle n'a point à regretter ces trésors perdus : il lui reste deux de ces œuvres capitales et uniques que rien ne peut payer , que rien ne saurait remplacer : la Descente de croix et l'Élévation en croix ^ de Rubens, plus la belle Assomption du même maître, plus une multitude d'objets d'art de la plus grande valeur, mais qui pâlissent auprès de ces immortels tableaux.
C'est dans les deux bras du transsept que sont placés les deux triptyques , célèbres dans le monde entier, où le grand peintre a retracé le commencement et la fin de l'agonie du Rédempteur. La Descente est à gauche en regardant l'autel, et r Élévation est à droite.
Il faut encore , au sujet du premier de ces tableaux , de beaucoup le plus admirable , retomber peut-être dans la redite d'un récit déjà connu du lecteur ; mais , en telle matière, mieux vaut courir le risque d'une répétition que la chance
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de priver certains de rintérêt d'un détail que peiil-être ik ne ccHattaiss^zt pas. Yoki done, saivaikt la traditioa locale, Yongme de ce chef-d'œuvre ;
Rubens, de son vivant, habitait, dans la rue qui porte aujourd'hui son nom , une maisosi splendide qui subsiste , et où tout à l'heure nous pousserons unereeonnâssance. Il était là mur mitoyen avec la compagnie des arquebusiers,, et il arriva que, voulant changer quelque chose à ses plans primitifs (car lui-même était l'architecte de sa deasaeuire)^ ii empi^ sur le terrain du voisin. De là litige , menace de {^oeès; mais akurs intervint le b(mrgmestre RodLOCx, ami particulier du peintre,^qui a fait de lui un portrait jtistemesit iameui. Rockocx apaisa la querelle , et ménagea une transaction aux termes de laquelle Rubens garda le terrain, et s'engagea à fournir à la noble compagnie des arquebusiers une image de saint Christophe,, leur patron , destinée à orner leur chapelle spéciale en l'égUse de Notre-Dame.
Rubens prit ses brosses, et se préparait à payer l'indemnité stipulée , quand une idée étrange, et sublime par les effets qu'elle a produits , se présenta à son cerveaai. Qu'est-ce que Christophe ( Ckristcphôreen grec ) ? C'est , comme l'étymologie du nom l'indique, un saint qui tire son illustration canonique du fait d'avoir porté le Christ, et cela est si ?rai que jamais aucun peintre ne le représente autrement. Le thème parut vulgaire à Rubens ; il imagina de payer sa delte en grand artiste et en grand seigneur, et conçut l'idée d'un tableau où chacun des nombreux personnages concourrait à porter le Christ, et serait par conséquent bien Christopbotre dans le sens le plus vrai du mot. De là , toujours suivant la chronique locale, l'idée et le sujet de la Descente de croix, où en effet le caractère saillant , l'intérêt principal de laoompositicm^ consiste dans cette unité extraiNrdinaire d'action qui, à la lettre^ réalise le plan supposé de Rubens. Il peignit de chaque c&lé du tableau deux volets représentant, l'un la