‹ BelgiqueChapitre 70 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Visitation^ où la Vierge, par suite du même ordre d'idées, parte le Christ dans son sein , et la Présentation au temple^ où le grand prêtre Siméon le porte aussi dans ses I^as. Puis, il offrit le tout aux arquebusiers, qui tenaient k leur saint Christophe expressément, et ne goûtèrent point TaUégorie. Alors Rubens, fermant les volets du tableau, peignit dessus, cette fois au naturel , le gigantesque Saint-ChristojAe qu'on y voit encore aujourd'hui.

On a quelque peine à admettre qu'une si sublime composition n'ait eu pour origine , en qiïelque sorte , qu'un jeu de mots et une gageure; mais enfin l'exécution dan& toutes ses parties coïncide si bien avec l'intention mi-facétieuae qu'eut réellement Rubens ou qu'on lui a prêtée, que l'histoire semble plausible; néanmoins nous ne la garantissons pas.

C'est sous le même bénéfice d'inventaire que nous rappellerons ici cette autre anecdote à laquelle a donné liea aussi , dans le temps, la Descente de croix y et qui a trait à Van Dyck. Rubens qui , malgré son prodigieux labeur , trouvait moyen de concilier les plaisirs avec la peinture, avait coutume de monter une ou deux heures k cheval entre deux séances de travail. Il s'entourait assez volontiers de mystère , alors surtout qu'il s'occupait de quelque ouvrage important, et l'entrée de son atelier, qu'il fût présent ou absent , était interdite aux élèves. Un jour pourtant ceux-ci forcèrent la consigne , grillant de savoir à quel nouveau chef-d'œuvre travaillait le maître, et séduisant, soit par argent, soit par prières , le fidèle gardien , ils firent irruption dans le sanctuaire où la Descente de croix y presque achevée, s'dFrit à leurs yeux éblouis. Dans leur presse et dans leur émotion , l'un d'eux , le jeune Diep^bek , eut la maladresse de se laisser tomber ou fut poussé sur la toile , et si malheureuse*ment , qu'il emporta au bout de sa manche la gorge et le menton de la Vierge et une main de la Madeleine. Grands

iU LA BELGIQUE.

furent leur trouble et leur efifroi, Rubens, le plus généreux et le plus indulgent des maîtres, ne plaisantant point en pareille matière. Gomme on avait une heure ou deux devant soi, Jean Van Hoek , l'un des plus humbles de cette grande pléiade artistique, proposa que Van Dyck, comme le plus habile, tâchât de réparer le mal. Van Dyck, qui n'avait pas vingt ans alors, 9e fit un peu prier; puis enfin, cédant aux terreurs et aux obsessions générales , il se mit bravement k l'œuvre , et réussit si bien que les jeunes fous purent espérer que leur faute demeurerait inaperçue. L'œil du maître toutefois ne s'y trompa pas : il reconnut la main étrangère ; mais, désarmé par le talent du faussaire, il admira et pardonna.

La Descente de croix a tellement été popularisée par le burin, qu'il serait superflu d'en décrire la composition, et que l'impression du plus extraordinaire coloris est la seule nouveauté qui frappe le visiteur en présence de cette admirable peinture. Toutefois , il ne peut être inutile de reproduire ici , en résumé , l'opinion du critique d'art le plus judicieux et le plus compétent , M. Louis Viardot , que nous avons déjà cité :

ti La composition se recommande par la plus parfaite unité. Tout se meut autour du centre, le corps de Jésus, corps merveilleux , adorable , plein de morbidezza , bien lourd , bien flasque, bien mort, et conservant néanmoins une dignité qu'on peut appeler majesté divine. Lesainl Jean, en manteau rouge, qui, fièrement campé, soutient les restes inanimés du Sauveur; la Vierge, absorbée parla douleur profonde, et la Madeleine dont les pleurs augmentent la grâce et la beauté, forment, au pied de la croix, un admirable groupe. Je ne parle ici que de la composition et du style ; à quoi bon louer la couleur dans le chef-d'œuvre de Rubens? »

Cette couleur, toutefois , commence à s'altérer, soit par

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